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Rebondir dans l’usinage

Par Centre Inffo

Pour pallier des difficultés de recrutement d’usineurs-opérateurs sur machines à commande numérique, l’entreprise Farella, à Montauban, a sollicité la branche métallurgie, qui a monté une formation avec Pôle emploi. Quinze stagiaires de 18 à 50 ans sont en pré-qualification au pôle Formation de l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) Occitanie, près de Toulouse.

Depuis trois semaines, Denis Chimello, formateur technique en usinage, embarque en minibus quinze demandeurs et demandeuses d’emploi de Montauban. Direction, le pôle Formation de l’UIMM Occitanie, près de Toulouse, où ils suivent une formation préqualifiante de 330 heures. “L’entreprise Farella, en forte croissance, n’arrivait pas à embaucher des usineurs-opérateurs sur machines à commande numérique par les canaux habituels, explique-t-il. Elle voulait recruter localement des personnes partant de zéro sur le métier, pour avoir un groupe homogène en formation.” Ils apprennent la théorie (mathématiques, dessin industriel, etc.) à Montauban et les travaux pratiques au pôle Formation.

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Le demi-groupe de quatre femmes et trois hommes en reconversion professionnelle s’initie à l’usinage manuel avec Frédéric Moisson,
leur formateur.

Reconversions

Ce jour-là, ce formateur expérimenté avait fixé comme objectif aux six hommes de son demi-groupe de réaliser une pièce avec une fraiseuse et un tour parallèle. “C’est dangereux. L’apprentissage est long”, signale-t-il en surveillant du coin de l’œil ses stagiaires. Parmi eux, un ex-patron de bar, un plaquiste, un vendeur, un jeune bachelier pro en mécanique… et Julien Setier, ancien technicien en maintenance d’ascenseur de 38 ans.
“Mon métier ne me plaisait plus, raconte-t-il : je faisais davantage de déplacements et de devis que de maintenance. J’ai eu envie de me reconvertir et je me suis intéressé à l’usinage sur le conseil d’un ami.” L’information collective proposée par Pôle emploi en janvier lui a permis de confirmer son projet. Il a visité l’entreprise Farella, passé des épreuves techniques qualificatives et un entretien avec le DRH du groupe, avant de commencer la formation le 12 février, à raison de trois jours en salle et deux jours en TP. Fin mars, il a suivi un stage de deux semaines dans l’entreprise.

Recrutement par simulation

Julien Setier, comme ses quatorze collègues, a été testé sur ses habiletés par la méthode de recrutement par simulation (MRS) de Pôle emploi, notamment sur la géométrie dans l’espace et la lecture de plan.
“Sur les 70 personnes volontaires après les informations collectives, une trentaine avaient les habilités pour aller vers ce métier. L’entreprise les a toutes reçues en janvier, précise Christophe Abella, responsable emploi UIMM Occitanie. Malgré des profils différents, ils sont motivés. Aller chercher les gens sur leurs habilités est une technique qui fonctionne très bien.”
Benoît Rensonnet, 36 ans, a été pâtissier pendant vingt ans avant d’arrêter — par ennui. “J’ai demandé cette formation parce que j’avais envie d’apprendre de nouvelles choses dans un domaine qui exige de la minutie et qui est prospère pour l’avenir, dit-il. J’accroche bien sur le métier, qui a des qualités communes avec celui de pâtissier : la rigueur et le point d’honneur mis à avoir un beau résultat. On reprend tout à zéro, mais pour de bonnes raisons.”

Les femmes ont leur place

Sur les quinze stagiaires retenus, quatre sont des femmes. C’était une demande de l’entreprise. “Les femmes ont leur place. Elles ont des bons profils et sont dans la partie haute du groupe, se félicite Denis Chimello. L’une d’elles est même la meilleure.”
Ce jour-là, elles sont toutes dans le demi-groupe en atelier s’exerçant à l’ajustage manuel avec Frédéric Moisson, formateur technique, pour la réalisation d’une pièce en utilisant limes, scies, pieds à coulisse ou perceuses à colonne.
“J’ai découvert le métier en voyant travailler des tourneurs-fraiseurs à la centrale et cela me plaisait”, témoigne Aurore de Conti, 35 ans, dont dix passés comme magasinière dans l’industrie nucléaire. Elle a démissionné en août 2017 car son emploi l’éloignait trop souvent de chez elle, parfois pendant deux mois consécutifs. “Je pensais que les femmes en étaient exclues, mais ce n’est pas le cas. C’est même le contraire. Apparemment, nous sommes plus précises et minutieuses”, sourit-elle.
Sa collègue Béatrice Dolzan, 50 ans, est tout aussi à l’aise qu’elle dans un atelier et semble beaucoup apprécier cette nouvelle activité. La reconversion de cette mécanicienne monteuse dans la maintenance aéronautique est liée à des problèmes de santé, des troubles musculo-squelettiques aux cervicales. “Faute de poste adapté, sans port de charge, j’ai dû demander une rupture conventionnelle et chercher une solution de reconversion”, relate-t-elle.

À l’issue de la période de préqualification, les quinze stagiaires pourront enchaîner sur un an de professionnalisation (six mois de contrat en entreprise et 800 heures de formation) leur permettant d’obtenir un certificat de qualification paritaire de la métallurgie (CQPM) et d’être embauché en CDI chez Farella. “C’est inespéré d’avoir une formation dans laquelle l’entreprise s’investit !, se réjouit Charlotte Delchidre, 32 ans, titulaire d’un CAP menuiserie d’agencement, qui a fait de nombreux jobs avant d’arriver là. Farella a une bonne réputation et c’est à côté de chez moi, ce qui est assez rare. Et avec le CQPM, nous aurons aussi la possibilité de changer d’entreprise après.” 

par Catherine Stern, Centre Inffo, 2018

Un dispositif partenarial

À la demande de Farella, l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) a monté un groupe de demandeurs d’emploi éloignés du métier avec Pôle emploi. L’Adefim (Association de développement des formations des industries de la métallurgie) [1] a retenu le pôle Formation de l’industrie de Beauzelle (Haute-Garonne) pour assurer une préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC) de 330 heures. Les stagiaires bénéficient d’un maintien de leurs allocations par Pôle emploi et l’Adefim finance la formation (16 euros par heure et par stagiaire). Elle prend en charge une centaine de parcours de ce type par an, soit une dizaine de groupes, pour une ou plusieurs entreprises.

[1L’Opcaim (Opca de la branche) délègue aux Adefim la mise
en œuvre des missions nécessitant une relation directe avec
les entreprises.

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