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Opérateurs de compétences : vers une cartographie des filières économiques

Un travail d’analyse des filières économiques va précéder la mise en place des opérateurs de compétences (appelés à remplacer les Opca). Reçue par l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis) le 15 mars, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a détaillé les grandes lignes du projet de réforme de la formation professionnelle.

Muriel Pénicaud annonce pour fin 2018 une cartographie des filières économiques auxquelles seront adossés les opérateurs de compétences – qui remplaceront les Opca. C’est la principale annonce formulée par la ministre du Travail devant l’Association des journalistes de l’information sociale (Ajis) le 15 mars. Elle a mis l’accent sur la nécessité absolue de cette nouvelle structuration.

“La digitalisation bouscule tous les secteurs d’activité. La question de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences et de la prospective des métiers doit dépasser le cadre des actuelles branches professionnelles”, a-t-elle argumenté, appelant les partenaires sociaux à s’inspirer de l’Allemagne, dont l’économie est structurée autour de 50 branches, contre 700 en France. Des branches déjà en voie de regroupement – le précédent gouvernement avait fixé l’objectif de réduction à 200 branches à l’horizon 2019.

Regroupements

Parallèlement à ce mouvement de fond, le futur projet de loi relatif aux parcours professionnels s’appuiera sur la construction de filières économiques et la création concomitante d’opérateurs de compétences. “Il faut procéder à des regroupements en fonction des secteurs d’activité”, a souligné la ministre, prenant pour exemple les bouchers et les charcutiers qui ne relèvent pas du même Opca. “Comment réfléchir au niveau paritaire dans un même secteur professionnel si tout le monde n’est pas assis autour de la table ?, a-t-elle interrogé. Une fois la loi votée, nous demanderons aux acteurs de nous proposer des regroupements.” L’objectif étant de “finaliser une cartographie des filières économiques fin 2018, pour être en marche en 2019”. La vingtaine d’Opca pourrait ainsi être remplacée par une dizaine d’opérateurs de compétences.

Conversion

Sur la monétisation du compte personnel de formation, innovation phare de la nouvelle réforme, Muriel Pénicaud s’est voulue rassurante : “L’intégralité des heures sera convertie en euros dans le nouveau système. Personne ne perdra ses droits précédents.” Le coût moyen horaire de prise en charge s’élèvera à 14,28 euros. “C’est plus que les financements Afpa par exemple, qui sont de 12 euros. Nous avons choisi de mettre un peu plus”, a exposé Muriel Pénicaud. Aujourd’hui, la prise en charge horaire moyenne des CPF à destination des demandeurs d’emploi est de 9 euros.
Les représentants des partenaires sociaux soulignent que les salariés bénéficient actuellement d’une prise en charge moyenne de 35 euros. Avec des différences très accentuées selon les Opca. Chacun fixe un plafond différent pour le financement de l’heure de CPF en fonction, notamment, des priorités de sa branche et des contraintes de régulation financière.

Co-investissement

Reste que dans la nouvelle configuration, les salariés bénéficieront de 500 euros de financement annuel, à concurrence de dix ans, soit 5 000 euros. Quant aux salariés faiblement qualifiés, ils auront droit à 800 euros annuels, soit 8 000 euros en dix ans. Faut-il prévoir des financements supplémentaires ? La ministre ne l’exclut pas et encourage les entreprises à abonder le CPF de ses salariés. “La loi va continuer à encourager le co-investissement. Une entreprise peut passer un accord et décider par exemple d’abonder toutes les formations dans le domaine de la logistique”, a exhorté la ministre.

Formations longues

Interpellée sur le remplacement du congé individuel de formation par un CPF Transition, inscrit dans l’accord national interprofessionnel conclu par les partenaires sociaux, Muriel Pénicaud a assuré qu’il ne signait pas la fin des formations longues, faute de financement, comme le craint, notamment, la CGT. “L’abondement paritaire sera toujours possible sur les formations très longues”, a-t-elle souligné. Tout en incitant les partenaires sociaux à promouvoir les formations découpées en blocs de compétences.
Partant du principe et de la réalité que les formations modulaires sont moins coûteuses que les formations complètes, Muriel Pénicaud invite les salariés à valoriser les acquis de leur expérience et à construire des parcours de formation adaptés.

Présenté en conseil des ministres fin avril, le projet de loi relatif aux parcours professionnels devrait être adopte et promulgué au début de l’automne. 

par David Garcia, Centre Inffo, 2018

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