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Comment accompagner les professionnels de l’orientation et de l’offre de formation ?

Par Centre Inffo

“L’orientation, dans le meilleur des cas c’est de la prescription, au pire, de la sanction.” D’accord, ou pas ? “La formation professionnelle, un bien de consommation comme les autres ?” Plusieurs acteurs-clés de l’orientation-formation, réunis en “plateau débat” le 2 février à Biarritz, ont répondu à ces questions.

Innover pour accompagner les professionnels dans les transformations attendues. Tel était l’intitulé d’un plateau débat réunissant notamment deux directeurs d’administration centrale, les présidents du Cnefop [1] et du Copanef [2] et des parlementaires ou ex-parlementaires, et les représentants d’associations d’organismes de formation, au dernier jour de l’Université d’hiver de la formation professionnelle, le 2 février à Biarritz. Les intervenants ont répondu à tour de rôle à un certain nombre de questions ou assertions sélectionnées par Centre Inffo afin d’illustrer les préoccupations des utilisateurs finaux de la formation professionnelle.
Parmi ces interpellations, celle-ci n’a pas manqué de faire réagir les intervenants : “L’orientation, dans le meilleur des cas c’est de la prescription, au pire, de la sanction.”

Prescription

Le président de l’Union nationale des Missions locales, Jean-Patrick Gille, est plutôt en phase avec cette formulation. Son constat est tranchant : “On n’a pas de vrai concept de l’orientation en France. Il y a l’autoroute pour faire Sciences Po et l’Éna, dont la plupart sont écartés par manque supposé de compétences. Le système d’orientation est en fait une voie de réorientation. Seuls les élèves dits « à problèmes » se rendent dans des centres d’information et d’orientation. Les bons éléments n’y vont jamais.”

Confiscation

Pour la députée (La République en marche) de Gironde Catherine Fabre, il conviendrait de “sortir d’une logique de confiscation du projet de l’individu par des experts”. “Tout l’enjeu est de donner envie aux gens d’aller vers des projets de formation. Accompagner les personnes vers plus d’autonomie, donner une info qui soit claire et objective”, argumente-t-elle.

Progrès

Président du Cnefop et directeur général de l’Apec [3] (prescriptrice de conseil en évolution professionnelle), Jean-Marie Marx s’inscrit en faux contre cette affirmation. Laquelle fait fi, selon lui, des progrès accomplis à la faveur, notamment, de la mise en œuvre de la loi du 5 mars 2014 : “Il y a eu un chemin de parcouru avec le CEP, des changements de pratiques sont intervenus au cours des dernières années. Il convient de laisser à l’individu le pouvoir d’agir et de choisir sa voie. Mais en même temps, il faut des garanties collectives pour nourrir son choix dans un contexte collectif”, analyse Jean-Marie Marx.

Investissement

Abondant dans le sens du directeur général de l’Apec, Misoo Yoon, directrice générale adjointe de Pôle emploi, évoque l’importance cruciale du conseil en évolution professionnelle. De quoi justifier un investissement massif sur l’accompagnement des conseillers. “Le conseil en évolution professionnelle a fait l’objet d’un effort de formation des conseillers et des managers, en interne. L’idée était précisément de sortir d’une approche prescriptive de la formation. Parallèlement à la montée en compétences de nos équipes, nous mettons à la disposition des demandeurs d’emploi l’expertise de psychologues du travail, présents dans chaque agence”, précise la numéro deux de Pôle emploi.

Paradoxe

De son côté, Jean-Marc Huart, directeur général de l’enseignement scolaire, souligne l’injonction paradoxale consistant à œuvrer pour la valorisation de l’enseignement professionnel... tout en considérant que, hors de la voie générale, il n’y aurait pas de salut ! “Nous souhaitons que les élèves de troisième soient orientés selon leurs goûts et non en fonction de clichés”, exhorte-t-il.

Consommation

“La formation professionnelle, un bien de consommation comme les autres ?” Cette question a été posée aux intervenants du plateau débat lors de la deuxième séquence, dédiée à l’accompagnement des professionnels de l’offre de formation.
Les services d’achat des entreprises les plus grandes ont longtemps “acheté de la formation comme d’autres biens. Mais depuis la nouvelle réglementation sur la qualité, ils se sont rapprochés de leurs collègues des services ressources humaines”, estime Stéphanie Lagalle-Baranès, directrice générale d’Opcaim (Opca de la métallurgie) et présidente du groupement d’intérêt économique D2OF – la base de données qui recense les organismes de formation répondant aux critères qualité du décret du 30 juin 2015.

Utopie

À rebours de cet énoncé de principe, Pierre Courbebaisse, vice-président de la Fédération de la formation professionnelle [4], appelle de ses vœux la banalisation marchande de l’achat de formation. “Aujourd’hui, l’offre n’est pas complètement mature. On ne peut dire que la formation est un bien de consommation comme un autre, mais il s’agit d’une utopie qui devra se réaliser un jour. Tôt ou tard, la formation deviendra un acte de consommation similaire à un acte de consommation culturelle”, prédit le dirigeant de la FFP.

par David Garcia, Centre Inffo, 2018

APPELS D’OFFRES ET QUALITÉ
“Les appels d’offres, c’est toujours moins disant en termes de qualité.” D’accord, ou pas ? “Ce n’est pas la nature du contrat ou la procédure qui déterminent la qualité, répond Michel Clézio, président du Syndicat national des organismes de formation de l’économie sociale. Les formations en direction des jeunes requièrent une forme spécifique d’intelligence. Or, le marché fige la réponse des prestataires et des commanditaires.” Et d’ajouter : “La qualité, pour nous, ne peut être une bibliothèque bien rangée, mais une culture. Elle requiert du temps, un effort continu de formation des salariés et un dialogue renouvelé avec les institutions représentatives du personnel.” Pour sa part, le vice-président de la Fédération de la formation professionnelle, Pierre Courbebaisse, “voit mal une autre procédure que l’appel d’offres, dans une forte période de renouvellement”.

[1Conseil national de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles

[2Comité paritaire interprofessionnel national pour l’emploi et la formation.

[3Association pour l’emploi des cadres.

[4Pierre Courbebaisse est par ailleurs administrateur de Centre Inffo.

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