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Tchat avec Lucie Charles, chercheuse en neurosciences

Par Onisep

À l’occasion de la Fête de la Science, Lucie Charles chercheuse en neurosciences à l’INSERM et au CEA, a répondu mercredi 12 octobre 2011 à toutes vos questions sur son métier. Voici l’intégralité des échanges.

Modérateur : Bonjour et bienvenue sur le Tchat Onisep. Aujourd’hui, à l’occasion de la Fête de la Science (du 12 au 15 octobre), l’Onisep reçoit Lucie Charles, chercheuse en neurosciences à l’Inserm et au CEA. Le tchat va débuter dans 5 minutes mais vous pouvez déjà lui poser vos questions.

Le tchat démarre…

Sami : Qu’est-ce que les neurosciences ?

Marie : Pouvez-vous tout d’abord donner une définition très simple des neurosciences ?

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Lucie Charles (DR)

Lucie Charles : Les neurosciences, c’est tout simplement l’étude du système nerveux, de l’échelle de la cellule, le neurone, aux fonctions cognitives chez l’être humain.

Mathilde : En quoi consiste réellement votre métier ?

Lucie Charles : Mon métier consiste à enregistrer l’activité cérébrale de sujets sains (des adultes acceptant de passer nos expériences) et d’analyser les données recueillies à l’aide d’outils informatiques.

Christian : Bonjour, quelles études avez-vous faites ?

Myrtille : Vous avez l’air jeune pour exercer ce métier. Quel âge avez-vous ? Combien d’années d’études avez-vous faites ?

Lucie Charles : J’ai fait des études de biologie, et à partir du Master, je me suis spécialisée en sciences cognitives.

Hello34 : Quel cursus avez-vous suivi pour faire ce métier et avez-vous travaillé au sein du CNRS ?

Lucie Charles : J’ai 24 ans et j’ai commencé ma thèse cinq ans après le bac. J’ai fait un stage dans un laboratoire du CNRS mais maintenant je fais partie de l’Inserm, qui est aussi un grand organisme de recherche médicale.

Algernon : Pensez-vous que des études en neurosciences sont accessibles à quiconque souhaite s’y engager ou faut-il avoir à la base des facilités dans certaines matières ?

Lily : Je suis actuellement en terminale, et le métier de chercheur en neurosciences pourrait m’intéresser. Mais les études de médecine ne m’attirent pas. Faut-il obligatoirement suivre un cursus médical pour se former à ce métier ?

Spoghetta : Bonjour ! Je suis en terminale S et j’ai toujours voulu faire médecine. Depuis quelques mois les neurosciences m’intéressent ! Mais je n’y connais RIEN ... Quelles études faut-il faire ? Et à quoi aboutissent-elles ? ... Merci d’avance ;)

Lucie Charles : Les études en neurosciences sont accessibles si on est très motivé et qu’on aime les sciences en général. Le cursus pour accéder au poste de chercheur est très sélectif mais on n’est pas obligé de passer par médecine pour y arriver.

Algernon : Une classe prépa (du type BCPST) est-elle un bon choix avant de s’engager dans des études de neurosciences ?

Lucie Charles : Oui ! C’est la formation que j’ai moi-même suivie, comme beaucoup d’autres membres de mon laboratoire...

Algernon : Quel est votre parcours ? Est-il déjà arrivé que vous remettiez votre choix d’orientation en question ?

Lucie Charles : J’ai fait tout d’abord de la biologie et je savais depuis très longtemps que je voulais travailler dans le domaine des neurosciences.

J’ai un peu hésité sur le sujet sur lequel je souhaitais travailler, chez l’homme ou chez l’animal. Mais c’est vrai qu’arriver si jeune à faire ce qu’on veut, cela conduit parfois à se poser des questions !

Algernon : Les études en neurosciences sont-elles difficiles ? La recherche en neurosciences est-elle un domaine difficile pour une femme ?

Lucie Charles : Les études en neurosciences sont aussi difficiles que toutes les autres études scientifiques, à la différence qu’il faut aimer l’interdisciplinarité : la biologie, les maths, la physique et même parfois la philosophie !

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Lucie Charles (DR)

Je ne trouve pas que ce soit un domaine plus difficile qu’un autre pour les femmes mais c’est vrai que pour l’instant, il n’y a pas encore une égalité totale entre le nombre de chercheurs homme et femme...

Surtout, certains domaines, très intéressants par ailleurs, sont plus « féminisés » que d’autres, comme, par exemple, les études chez le bébé. Mais il ne faut pas se fermer de portes et tout est accessible si l’on s’en donne les moyens.

Charlie : Pensez-vous que ce secteur soit un secteur d’avenir, et pourquoi ?

Lily : Ce métier a-t-il des débouchés ?

Algernon : Y a-t-il beaucoup de débouchés après des études en neurosciences ?

Lucie Charles : C’est certainement un secteur d’avenir. Il reste beaucoup de choses à découvrir dans tous les domaines scientifiques mais le fonctionnement du cerveau reste très peu compris aujourd’hui.

Charlie : Pour quelles raisons recommanderiez-vous votre métier ?

Lily : Y a-t-il de nombreux débouchés ou est-ce un métier très sélectif ?

Lucie Charles : Le débouché de mes études est la recherche fondamentale. En pratique, cela veut dire obtenir un poste de chercheur permanent, au sein d’un organisme de recherche comme l’Inserm ou le CNRS.

Algernon : Pour réaliser un doctorat en neurosciences puis travailler dans la recherche, quel parcours peut-on faire ?

Lucie Charles : Je trouve que c’est un métier très intéressant car il est au carrefour entre les sciences du vivant, la physique et les questions philosophiques pour comprendre la pensée.

C’est un métier sélectif pour lequel il faut surtout être passionné.

Vivi94 : Bonjour, vous avez dit que vous aviez fait une prépa BCPST. Est-elle obligatoire pour être chercheur en neurosciences ?

Lucie Charles : Il n’y a pas besoin de faire de prépa bio en particulier pour faire des neurosciences. Dans mon laboratoire, certaines personnes ont fait de la physique, des mathématiques, de la psychologie ou encore de la médecine.

Pour commencer une thèse, il faut, en revanche, être au moins titulaire d’un Master 2 (bac+5) dans un domaine assez proche de celui de la thèse.

Alyst : Concernant le financement de vos études, avez-vous eu des difficultés ? Sont-elles des études chères ? Comment vous y êtes-vous prise ? Avez-vous eu besoin d’aides ?

Lucie Charles : J’ai eu la chance de pouvoir rester chez mes parents pendant mes études. Ils ont accepté de m’aider financièrement jusqu’au début de ma thèse. J’ai fait des petits boulots l’été et à partir du moment où j’ai commencé à faire des stages, j’ai pu être un peu rémunérée.

Elody : Est-ce qu’on peut travailler parallèlement à sa thèse ? Je veux dire, a-t-on le temps d’avoir un job d’appoint ?

Lucie Charles : Maintenant, j’ai un financement de thèse. Par contre, avoir un job d’appoint est très difficile car les thèses en « sciences dures » sont très prenantes et c’est un travail à temps plein.

Charlie : La recherche française en neurosciences dispose-t-elle de suffisamment de moyens pour pouvoir exercer dans des conditions convenables ?

Philo : Où travaille le chercheur en France ? Quelles sont les conditions de travail ?

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Lucie Charles (DR)

Lucie Charles : Dans mon laboratoire, nous avons beaucoup de moyens et c’est difficile de se plaindre ! Mais tous les laboratoires ne sont pas à égalité concernant les moyens techniques et financiers. Je pense qu’en règle générale, les neurosciences sont assez favorisées par rapport à d’autres sujets car c’est un sujet « en vogue ».

Les chercheurs en France travaillent au sein de laboratoires dans les universités ou les centres de recherche (comme le CEA) et sont le plus souvent rattachés à des grands organismes nationaux de recherche comme le CNRS ou l’Inserm.

Les conditions de travail sont variables selon les labos et surtout le type de recherche effectuée.

Elody : Quel type de financement (pour votre thèse) ?

Lucie Charles : J’ai un financement de la Direction générale de l’armement. Ils ont accepté de financer ma thèse en recherche fondamentale afin de développer éventuellement par la suite des casques améliorés pour les pilotes d’avion.

Mais il y a toutes sortes de financement qui proviennent du Ministère de la recherche, des organismes privés comme des fondations privées ou des entreprises, etc.

Elody : Y a-t-il beaucoup de chercheurs comme vous en France (neurosciences) ? Et des femmes ?

Lili :Quand on parle de chercheur, on ne pense pas forcément à une « chercheuse ». Qu’en pensez-vous ? Qu’avez-vous envie de dire aux filles qui envisagent une carrière scientifique dans la recherche ?

Lucie Charles : Oui il y a beaucoup de chercheurs et de chercheuses ! C’est une discipline assez bien représentée en France.

Aux filles qui envisagent une carrière scientifique : allez-y !

Je pense que les stéréotypes du vieux chercheur tout seul dans son labo sont en train de changer et c’est aux femmes de faire évoluer les mentalités.

Alyst : Comment avez-vous géré la pression, la concurrence et les restrictions de places dans le cadre de vos études ? Vous est-il arrivé de remettre en question vos capacités ou une réorientation ?

Lucie Charles : Le système français est très sélectif et la compétition est parfois rude. C’est d’autant plus difficile de travailler de façon intense quand on ne sait pas très bien si on y arrivera à la fin.

Mais même s’il y a eu des moments très difficiles (la prépa n’a pas toujours été une partie de plaisir !), je pense que ça valait le coup.

Augustin : Quelles sont les différences entre les neurosciences chez l’homme et chez les animaux ?

Lucie Charles : Les neurosciences chez l’homme sont limitées par les techniques que l’on peut utiliser : on ne peut pas mettre une électrode dans le cerveau d’un sujet humain !

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Lucie Charles (DR)

La recherche chez l’animal est donc particulièrement passionnante car on peut vraiment regarder les choses précisément, même si ce n’est pas tout à fait le même cerveau...

Lily : Y a-t-il un nombre de places limité pour exercer ce métier ? Est-il possible qu’il n’y ait plus de « place » à la sortie de nos études ?

Charlie : Quelles peuvent êtres les voies de « secours » si l’on échoue à être chercheur ?

Anne-Gaelle : A-t-il été difficile de trouver du travail ?

Lucie Charles : C’est effectivement sélectif et tout le monde ne trouve pas une place en thèse. Mais, en fonction des domaines, on peut toujours trouver une solution de repli. Si par exemple, on fait des études d’ingénieur, il est toujours possible de travailler dans une autre filière.

Après, cela dépend beaucoup du domaine de compétences. En maths et en physique, il y a souvent moyen de trouver du travail dans d’autres domaines. En biologie, un peu moins, quoique le secteur privé recrute aussi beaucoup...

Elody : Est-ce qu’on peut travailler dans le privé ?

Lucie Charles : En neurosciences, c’est possible, notamment dans l’industrie pharmaceutique. Mais c’est surtout de la recherche appliquée dans ce cas-là.

Algernon : À quoi ressemble la journée typique d’un chercheur ?

Lucie Charles : La journée typique du chercheur commence par un café ! Ensuite, en général il faut regarder les articles scientifiques qui viennent d’être publiés. Nous avons souvent des réunions en équipe pour discuter de nos travaux.

Une partie du temps, je fais passer les expériences et je teste les sujets avec des techniques d’enregistrement cérébral. Mais la plus grande partie de mon temps est passée devant mon ordi, à programmer les analyses de données.

Charlie : Sans vouloir être indiscret, pourriez-vous nous donner une fourchette des salaires pratiqués dans la recherche en neurosciences publique (et privée si vous les connaissez) ?

Algernon : Quel est le salaire moyen d’un chercheur ?

Lucie Charles : C’est difficile de donner des indications précises car dans le public il y a des barèmes précis en fonction du niveau d’études. Mais la plupart des financements de thèse sont entre 1 400 et 2 000 euros nets par mois.

Et le salaire augmente bien sûr ensuite, en passant les concours internes. Pour le privé, je ne sais pas bien.

Algernon : Lorsque l’on travaille sur la conscience/inconscience comme vous, les études faites jusque-là nous permettent-elles ensuite de nous rediriger vers la recherche sur les maladies du cerveau ?

Lucie Charles : Oui. Travailler sur la conscience permet en particulier de s’intéresser à tout ce qui est coma, état végétatifs, etc. C’est passionnant de voir qu’on arrive grâce à la recherche à diagnostiquer si un patient va se réveiller du coma ou pas !

Le Tchat Onisep avec la chercheuse en neurosciences Lucie Charles va se terminer dans 5 minutes, merci pour vos dernières questions.

Anne-Gaelle : Est-ce que ce métier permet le contact avec des « patients » ? Si oui, ce temps représente-t-il une petite ou grande part de votre métier ?

Lucie Charles : Je ne travaille pas directement avec des malades mais comme je le disais, c’est possible.

Par contre je teste des sujets sains, qui viennent passer les expériences en échange d’une rémunération. Cela n’occupe qu’une petite partie de mon temps néanmoins.

Algernon : Après avoir fini une thèse, que fait-on ?

Lucie Charles : Après avoir fini une thèse, on est officiellement docteur. On fait ensuite en général un « post-doc », c’est-à-dire une ou deux années dans un labo à l’étranger, avant de postuler pour un poste permanent de chercheur.

Lily : Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ? Le moins ?

Alyst : Quelle partie de votre métier vous apporte le plus plaisir ?

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Lucie Charles (DR)

Lucie Charles : Ce qui me plait le plus c’est quand je trouve ! Et quand on a l’impression de comprendre même un tout petit peu comment le cerveau marche...

Ce qui me plaît le moins, ce sont les transports pour aller au labo tous les jours !

Merci à tous ;-)

Modérateur : Le Tchat Onisep avec Lucie Charles, chercheuse en neurosciences à l’Inserm et au CEA, est maintenant terminé. Vous retrouverez dans quelques jours sa retranscription dans la page des Tchats du site de l’Onisep. Merci beaucoup pour votre participation et à bientôt pour un nouveau Tchat.

par Onisep, 2011

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