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Zoé Cohen-Solal, objectif : anthropologue documentariste

Par Centre Inffo

Fâchée avec l’école à 15 ans, sur la route à 18, Zoé Cohen-Solal a très tôt eu envie de partir à la découverte du monde. Pas pour faire du tourisme mais plutôt pour rencontrer, comprendre et raconter. Un triptyque qu’elle a su transformer en métier en conjuguant audiovisuel et sciences humaines.

Go West...

Zoé Cohen-Solal, 30 ans, réalisatrice par la voie de l’apprentissage informel et anthropologue en devenir, formée à l’Ehess. Parce qu’elle les aura souvent évoqués en cours d’entretien, clin d’œil à ses parents : le très normé système d’orientation français n’a pas dû leur être d’un grand secours. En rupture avec l’école et peut-être davantage, mais suffisamment armée et, sans doute, entourée, elle ira cependant jusqu’au bac. Obtenu à ras des pâquerettes, grâce à un brillant exposé sur un film de Jean Renoir qu’elle ne verra que bien plus tard. Bravache ? Sincère, plutôt. Choisir sa voie la confronte à ce drôle de paradoxe : une passion tend à s’émousser lorsqu’elle se transforme en travail. Aimer lire n’est pas forcément suffisant pour devenir bibliothécaire, éditeur ou professeur de français… Pas vraiment du genre à composer, elle rêve à nouveau de larguer les amarres en se souvenant avoir jadis renoncé à parcourir la Russie en mobylette. Ce sera finalement l’aventure en solo, sur les routes de France. Pas de quoi viser un diplôme, mais imparable pour vivre sa première expérience de liberté. Et toucher du doigt l’objectif qu’Albert Jacquard voudrait voir graver au fronton de toutes les écoles : “Ici, on enseigne l’art de la rencontre.” Peut-être parce que le voyage initiatique détonne moins chez les anglo-saxons, elle finit par prendre l’Eurostar. Sans projet ni contact, elle trouve appartement et job en deux jours. Et, surtout, se passionne pour le cinéma jusqu’à inonder de lettres de motivation détonantes les boîtes de production. Résultat ? “On ne peut rien pour toi, mais viens nous voir, t’es trop drôle !” De retour à Paris et après une tentative de formation académique rapidement abandonnée, elle met un pied dans le milieu à la faveur d’un stage. Selon ses propres mots, “greffée aux équipes de tournage”, elle apprend le métier sur le terrain et travaillera sans peine pendant sept ans. Pour faire quoi ? “Tantôt assistante, tantôt chef opérateur en fonction de la taille des projets… un peu comme vous qui pourriez être rédacteur en chef dans un gratuit !”

“Je ferai des documentaires.”

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Zoé Cohen-Solal (DR)

Lancée, mais manifestement décalée, elle finit par tomber gravement malade. Guérie un an plus tard, mais pas vraiment pressée de s’y remettre, elle remporte un concours qui l’envoie voyager au Québec. Sa mission ? Tirer de son périple une quinzaine de courts-métrages qui seront diffusés à la télé. Ce qui aurait pu se limiter à la version vidéo d’un guide touristique vire à l’épopée. “Mon ignorance sera mon guide”, déclare-t-elle à la première livraison. S’épuisant sur un bateau de pêche en campagne, s’essayant à la vie sauvage, partant à la rencontre de bûcherons coupés de leur famille ou écoutant des indiens évoquer leur double culture, la voici attelée à revisiter l’identité québécoise. Récompensée par plusieurs prix, elle n’en revient pas moins une nouvelle fois décontenancée. “Qu’est-ce que je fais maintenant que j’ai réalisé tous mes rêves ?” Elle se le demande, mais avait pourtant présenté la solution au jury du concours : “Je dois avouer que je n’ai toujours pas renoncé à devenir un jour bergère, aventurière, garde-barrière, charpentière, anthropologue, exploratrice… En fait, je crois que j’ai trouvé la solution : je ferai des documentaires.” Toujours est-il qu’il lui faut d’abord tourner la page : “Le Québec a représenté la fin de mes voyages, je ne pouvais pas aller plus loin.”

“Une recherche, un film !”

Décidant de “changer de mode de voyage”, elle devient écoutante bénévole pour SOS Amitié. Déroutant parfois les recruteurs, son parcours se met pourtant en place. Pour la réalisatrice sans diplôme, le déclic viendra de la prestigieuse École des hautes études en sciences sociales (Ehess). Passionnée d’anthropologie, elle avait dû renoncer quelques années auparavant à un parcours universitaire. Profitant d’une voie d’accès ouverte aux candidats ne répondant pas aux critères académiques de sélection, elle réussit maintenant à intégrer l’Ehess. “La grande idée, explique-t-elle, c’est que je ferai une recherche, un film !”. Et de poursuivre : “Je gagnerai ma vie en réalisant les enquêtes de terrain et j’en profiterai pour faire des films avec une parfaite maîtrise du sujet, je serai... anthropologue documentariste.” Pour l’heure engagée dans une étude sur la fin de vie en cancérologie, elle découvre une nouvelle forme de voyage au contact des soignants et des familles endeuillées. Évoquant “l’inracontable dans la beauté et dans l’horreur”, elle se reconnaît une qualité d’empathie dans ce travail, qui consiste à écouter les gens pour essayer de réussir à obtenir des informations objectives sur ce qui se passe à l’hôpital. “D’avoir été malade, je suis assez intolérante avec tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre d’exceptionnalité de rapports”, prévient-elle : “Le partage du poids de l’humanité, c’est ce que j’ai envie de voir, c’est un peu ça, l’anthropologie.” À la recherche de financements pour un premier projet de documentaire, on la devine plus que jamais déterminée à réaliser ce qu’elle avait écrit sur son CV voici déjà bien des années : “Je veux continuer à écouter le monde. Se déplacer, rencontrer et raconter.” On a hâte de voir…

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2012

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