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Validation des Acquis de l’Expérience

Entretien avec Vincent Merle, professeur au Cnam, chaire "travail, Emploi et acquisitions professionnelles". Extrait d’un dossier de L’Inffo Formation consacré aux 10 ans de la validation des acquis de l’expérience [1].

« La VAE est en marche pour devenir une évidence dans 20 ans »

Tirez vous un bilan positif de dix ans de VAE  ?
Beaucoup de choses ont bougé grâce à la mise en œuvre de la VAE. Cela relativise la question du nombre de personnes qui accèdent à un diplôme par cette voie. Même si persistent encore ici ou là des résistances qui expliquent le découragement de certains candidats,
la VAE change notre regard, et c’est extrêmement positif.
Lorsque qu’une personne non diplômée qui a travaillé vingt ans dans des pays en voie de développement, pour le compte d’un organisme international, sur des projets de développement rural, et qui a notamment aidé au remplacement de la culture du pavot par des cultures vivrières, obtient un diplôme d’ingénieur agronome, ce n’est pas seulement une satisfaction personnelle. Après les blocages initiaux au sein de l’école concernée, par crainte de “brader le diplôme”, son directeur a joué le jeu et s’est servi de ce cas pour engager avec son équipe une réflexion sur le professionnalisme des ingénieurs agronomes que cette école forme. Ici comme ailleurs, l’excellence académique avait fini par l’emporter sur la préoccupation de former à un métier. C’est aussi cela que la VAE fait bouger.
Notre regard sur ce qu’est un diplôme évolue grâce à la VAE  :
elle permet de mieux mettre en relation les connaissances délivrées,
les aptitudes nécessaires et la nature des métiers auxquels prépare
un cursus de formation.

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Vincent Merle (DR)

Pourtant, les chiffres attestent de la stagnation du dispositif...
Dans l’enseignement supérieur, il faut tenir compte de la réticence encore très forte de certains enseignants et de l’inadaptation de certains référentiels de diplômes, qui sont encore très largement exprimés en termes de disciplines et de contenus de connaissances. Cela dit, les Universités sont de plus en plus ouvertes à l’idée d’accompagner des adultes dans un parcours d’acquisition de connaissances et de compétences, à travers la formation continue mais aussi grâce à la VAE. Comme par hasard, ce sont les Universités où la formation continue est particulièrement développée qui ont
le plus joué le jeu de la VAE. Ce qui contredit d’ailleurs l’idée,
souvent exprimée, que la VAE irait à l’encontre du développement
de la formation continue.
D’autre part, au début, le dispositif a souvent été perçu par
les entreprises comme une menace  : risque de demandes d’augmentation de salaire ou de départ vers une autre entreprise. Il s’avère que ces risques sont très limités au regard de tous les avantages
d’une validation des acquis des salariés  : plus grande motivation et plus grande confiance en soi, envie de progresser, fierté d’être reconnu dans son identité de métier, etc. C’est de cette façon que la VAE se développera. Mais toutes les entreprises ne sont pas prêtes à miser sur la progression professionnelle de leurs salariés et à remettre en cause les formes d’organisation que cela implique parfois. Ce sont sans doute celles qui cherchent à tirer vers le haut les qualifications et qui sont prêtes à jouer le jeu de “l’ascenseur social” qui sont les plus ouvertes à l’engagement de leurs salariés dans la validation de leurs acquis.

Dans le contexte de la crise, y a-t-il une place pour la VAE  ?
Les cristalleries de Saint-Louis sont là pour le prouver. La VAE n’est
pas seulement pour les périodes fastes. Cette entreprise l’a utilisée alors qu’elle avait épuisé les possibilités de recours au chômage partiel, pour garder ses salariés – il faut plus de dix ans pour former
un maître verrier – et pour que l’outil de production puisse redémarrer avec la reprise. La direction a proposé à tous ceux qui le souhaitaient de s’engager dans la démarche. Cela a très bien fonctionné, avec des effets de remotivation, de connaissance des métiers dans l’entreprise, car l’accompagnement s’est fait en grande partie par petits groupes rassemblant des personnes exerçant des métiers différents.
Une fois passées par là, certaines entreprises l’ont en quelque sorte “inscrite dans leurs gènes” et relancent le processus régulièrement.
Dire que la VAE est une solution à la crise, certainement pas. Mais dire que des entreprises pourraient justement saisir ce moment pour tirer les gens vers le haut et être mieux préparées pour la reprise, j’en suis convaincu.

Alors, comment s’y prendre pour développer la VAE  ?
C’est bien souvent à travers des actions au niveau territorial que l’on peut parvenir à donner toute sa portée à ce dispositif. Par la valeur de l’exemple, mais aussi grâce à la coopération de l’ensemble des acteurs qui font “vivre la VAE”. L’entreprise qui a réussi une telle expérience peut témoigner auprès des autres et des formes
de coopération peuvent se nouer pour favoriser la diffusion de “bonnes pratiques” entre des acteurs aussi divers que les organismes qui délivrent des diplômes ou des titre, la Direccte, les Carif, des cabinets conseils, l’Anact, les chambres consulaires, etc. Si c’est bien au niveau territorial que ces coopérations se nouent le plus aisément, cela marque les limites des initiatives prises par les pouvoirs publics au niveau national. Le volontarisme politique n’a guère d’effet, même s’il est parfois nécessaire, pour faire progresser un dispositif qui bouscule bien des habitudes et des manières de faire.
Les branches sont aussi concernées. Si un secteur comme le bâtiment s’y intéresse peu, puisque les diplômes jouent un faible rôle dans la gestion de la carrière, d’autres, comme le tourisme où l’hôtellerie-restauration, peuvent y trouver une réponse à de réels besoins
de reconnaissance et d’évolution des compétences. Par exemple,
Elior a permis à des salariés de premier niveau de qualification d’évoluer vers des fonctions d’adjoint de responsable d’exploitation grâce à l’obtention d’un CQP par la VAE.
Il faut aussi continuer à travailler sur la réécriture des référentiels.
Ils doivent davantage prendre en compte les “résultats des processus d’apprentissages”, selon l’expression désormais en usage dans de nombreux pays européen, plutôt que l’accumulation de connaissances évaluées de façon sommative.

Peut-on envisager des incitations pour les entreprises ou même une VAE obligatoire tous les cinq ans  ?
Obligatoire, certainement pas. Chacun doit rester libre de s’engager dans cette démarche. Proposée régulièrement dans le cadre
des entretiens professionnels et débattue avec les représentants
du personnel dans le cadre de la GPEC, sûrement. La loi le prévoit d’ailleurs déjà.
La VAE est un dispositif qui fascine ceux qui le découvrent, mais c’est aussi un dispositif qu’une société comme la nôtre, très attachée
aux vertus distinctives des diplômes, a du mal à “digérer”. Souvenons-nous que lorsque la loi promue par Philippe Séguin sur l’ouverture de l’apprentissage à tous les niveaux de formation a été adoptée, cela n’a pas déclenché un raz de marée. Vingt ans plus tard, non seulement la plupart des écoles, y compris les plus grandes, proposent des parcours de formation en apprentissage, mais l’alternance est en train de devenir une composante essentielle des parcours. Sans doute faudra-t-il le même délai pour que la VAE ne soit plus considérée comme une voie détournée pour obtenir un diplôme, mais qu’elle s’impose comme une sorte d’évidence aux futures générations.

Propos recueillis par Béatrice Delamer, Centre Inffo, 2012

[1Les 10 ans de la VAE, entre désabusement et nouvel élan.- B. Delamer, L’Inffo n° 806 du 1- au 29 février 2012 (accès réservé aux abonnés)

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