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Une école de gestion sociale pour l’ESS

Par Centre Inffo

La Faculté libre d’études politiques et en économie solidaire (Flepes), récemment fondée dans les Hauts-de-Seine, s’est donné pour ambition de répondre aux besoins de professionnalisation des dirigeants de structures de ce secteur. Pour que “associatif” ou “coopératif” ne soient pas, ou, plus, synonymes de gestion... approximative.

Fin novembre 2013, pas moins
d’une dizaine de personnalités
politiques, dont les anciens
ministres Jean Gatel [1], Patrick
Devedjian et André Santini,
avaient participé à l’inauguration
de la Faculté libre d’études politiques
et en économie solidaire (Flepes) à
Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine). “Le
développement de l’économie sociale et
solidaire, nous le savons, ne se fera pas à
n’importe quel prix. Sa réussite passera par
la professionnalisation de ses dirigeants”
,
avait indiqué à cette occasion Patrick
Devedjian, président du Conseil général,
qui a soutenu l’initiative.

Besoins de professionnalisation considérables

En effet, “l’économie sociale et solidaire
a besoin d’embaucher et de former. 19 %
des salariés de notre secteur ont moins
de 30 ans et 27 % ont plus de 55 ans.
Le déséquilibre de la pyramide des âges
nous oblige à embaucher et à former. Le
vivier d’emplois pour les dix prochaines
années sur des postes qualifiés est important”
,
explique Sébastien Darrigrand,
délégué général de l’Union des employeurs
de l’économie sociale et solidaire
(Udes). Son organisme soutient
“toutes initiatives visant à renforcer les
liens entre les universités et les entreprises
de l’ESS. Nous ne pouvons que
nous réjouir de cette création, car elle
permet de répondre aux besoins importants
en formation dans notre secteur,
notamment au poste de direction, qualifiant
dans le management des entreprises,
d’experts sur l’accompagnement
concernant les nouvelles contraintes qui
pèsent sur les employeurs, de contrôle
de gestion, de recherche de partenariats
financiers, etc..

Le titre d’“expert en économie solidaire”

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Isabelle Ullern (DR)

Cette première faculté privée − reconnue
par l’académie de Versailles − entend
donc satisfaire les besoins en formation
d’un secteur en plein essor et
en pleine mutation. Elle propose un
titre d’expert en économie solidaire
et gouvernance sociale (EESGS) de
niveau I (master 2, bac + 5) enregistré
en 2012 au Répertoire national des certifications
professionnelles (RNCP). “Il
s’agit pour nous de proposer à des acteurs
du terrain (en activité ou en situation de
reconversion) les outils leur permettant de
professionnaliser leurs pratiques”
, précise
Isabelle Ullern, doyenne de la Flepes.
En effet, une des conditions d’admission
est d’avoir un vrai projet dans le
secteur de l’ESS.
Le titre s’articule autour de quatre
grands domaines de formation. “Nous
travaillons sur les fondamentaux
de la création d’une entreprise
(mode de gouvernance, fiscalité,
comptabilité, choix des statuts,
business plan...), avec également
tout un aspect lié à la capacité à
étudier la faisabilité d’un projet,
à partir d’un repérage des besoins
ou des problèmes rencontrés sur un
territoire”
, explique la doyenne.
Normal, les stagiaires étant des
acteurs du terrain, “tout est en
rapport avec le territoire”
.

S’exercer à monter une entreprise coopérative

Mais le fil conducteur de la formation
reste la capacité pour le
stagiaire de monter un projet
fiable et viable. L’ensemble des
stagiaires de la promotion monte une
Scop [2] fictive constituée du projet de
chaque membre, avec de réels enjeux :
rédaction des statuts, définition des
modes de gouvernance, élaboration et
pilotage de la stratégie financière, de
développement du projet, etc.

“Mémoire d’évaluation politique”

“Cette phase de la formation, très pratique
et très réaliste, est suivie par l’intervention
des universitaires. C’est l’étape
où les étudiants réalisent leur mémoire
d’évaluation politique”
, indique Isabelle
Ullern. Mais l’obtention du titre ne se
limite pas à la soutenance de ce “mémoire
de recherche ou expertise comparative
axée sur une initiative d’économie solidaire
et de gouvernance sociale à échelle
européenne et internationale”
(conception,
conduite, évaluations humaines
et qualitatives de projets d’économie
solidaire). D’autres épreuves écrites
permettent d’évaluer également ses
capacités d’“analyse ESS de la situation
financière et du financement d’un établissement
ou service ou d’une entreprise
d’économie solidaire avec gouvernance
sociale”
, de conception de “stratégies
de développement ESS d’une entreprise,
d’un service, d’un réseau”
.

Un “Sciences Po de l’ESS”

“Notre objectif avant tout est de former
des stratèges capables d’innover. Nous
formons des stratèges dans leur domaine.
Dans le secteur de l’ESS, comme dans les
autres d’ailleurs, il ne faut pas simplement
prendre un projet, remplir les cases
et attendre la réponse des financeurs.
Monter un projet n’est pas une démarche
administrative, mais volontaire et stratégique.
Il faut un sens d’analyse politique”
,
indique Isabelle Ullern. Qui dit
vouloir faire de sa faculté un “Sciences
Po de l’ESS”
. Selon elle, plusieurs éléments
le permettent : les parcours atypiques
des stagiaires (qui recherchent
des diplômes rattachés à des métiers ou
à des secteurs), leurs expériences (dans
divers domaines), le refus de proposer
une formation élitiste tout en ayant
“la prétention de capacité d’analyse politique
et stratégique qu’a Sciences Po”
.

Pour quels emplois ?

Sans prétendre cependant ni à la même
aura ni au même taux d’insertion que
l’école de la rue Saint-Guillaume à
Paris, Isabelle Ullern annonce que les
opportunités d’insertion de ses étudiants
sont multiples. “Le fait même
d’être enregistré au RNCP nous oblige
à rendre compte à la Commission nationale
des certifications professionnelles des
placements des nos stagiaires.”
Certains
retournent dans les secteurs (public ou
privé) social, médico-social ou “tiers
secteur”
de l’économie sociale et solidaire.
D’autres choisissent de rejoindre
les structures du secteur national et
international de l’économie solidaire
(associations, fondations, coopératives
et mutuelles, organisations non
gouvernementales), les établissements
publics, semi-publics ou privés des
collectivités, les organismes internationaux
(telle que l’ONU,
etc.) de toutes tailles budgétaires.
Mais la majorité des
stagiaires choisissent de créer
leurs propres activités − et des
emplois.

“Ils ont des débouchés parce qu’ils les créent eux-mêmes”

“Ces créateurs de structures
viables sont accompagnés par
les formateurs de la faculté,
dont près des deux tiers sont
des experts consultants (juristes,
économistes, etc.). Ils ont des
débouchés parce qu’ils les créent
eux-mêmes. Ceux qui sont issus
du médico-social y restent. Ceux
qui viennent de l’international
y retournent et développent
des activités à très forte valeur
ajoutée”
, se réjouit la doyenne de la
faculté. Dans tous les cas, à l’issue de
leur formation, “nos stagiaires sont capables
d’occuper divers types d’emplois”
 :
responsable ou directeur d’entreprise
d’économie sociale ou d’économie
solidaire, manager encadrant ou directeur
général d’une association ou d’un
réseau, concepteur-développeur de
projet d’économie solidaire, responsable
d’entreprise, d’établissement ou
de service d’insertion, gestionnaire de
services du secteur privé, élu ou chef
de projet dans les structures territoriales,
consultant ou expert en audit
et communication, formateur international
en développement solidaire
ou “développement communautaire”
(conseil en ingénierie et formation permanente).

“Sciences Po de l’ESS”, dans quelques
années peut-être. Mais pour l’instant,
le plus important est que les projets
des diplômés participent à l’ambition
d’Initiatives, l’association qui a imaginé
et poussé le projet de la Flepes.

par Knock Billy, Centre Inffo, 2014

À consulter :

[1Jean Gatel fut premier membre d’un gouvernement
à avoir dans le libellé de sa fonction explicitement
l’Économie sociale (gouvernement de Laurent Fabius,
de 1984 à 1986).

[2“Société coopérative et participative” (jusqu’en
2010, le sigle désignait une “société coopérative
ouvrière de production”), entreprise collective dont
les associés sont majoritairement salariés.

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