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Un référentiel de formation par compétences pour les ostéopathes

Par Centre Inffo

Alors que la formation des ostéopathes continue de déchirer la profession, la publication d’un référentiel de formation par le Syndicat national de l’enseignement supérieur en ostéopathie pourrait changer la donne. Explications.

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Patrick Féval (DR)

“L’ostéopathie est en danger et la France se distingue par un triste double record du monde  : d’abord un volume d’heures de formation qui présente un déficit d’au moins 1 800 heures par rapport aux normes internationales  ; ensuite, un nombre d’organismes de formation agréés [1] par le ministère de la Santé supérieur à ce qui existe dans le reste du monde”, a prévenu le président du Sneso [2] Patrick Féval, lors d’une conférence de presse organisée le 5 juin à l’occasion d’une double actualité  : d’une part, la parution d’un rapport de l’Igas consacré à la formation des ostéopathes jusqu’ici resté dans les tiroirs, d’autre part, la publication d’un référentiel de formation par compétences à l’initiative du Sneso.

Aucune des 18 recommandations de l’Igas mise en œuvre

Concernant le rapport de l’Igas, obtenu par la profession seulement en avril dernier, après plusieurs saisines de la Commission d’accès aux documents administratifs, Patrick Féval rappelle notamment qu’aucune des 18 recommandations formulées par les inspecteurs dès avril 2010 n’a à ce jour été mise en œuvre. La commission d’agrément décrite comme inexpérimentée et dotée d’un fonctionnement imprécis  ? “Elle vient encore de se réunir  !” La fixation d’un volume minimal de formation clinique encadrée  ? “Certains organismes ne disposent d’aucun support et dispensent leurs formations sur écran dans des hôtels  !” Préciser le nombre d’étudiants admis en première année  ? “Rien n’a été fait  !” Le référentiel de formation à l’ostéopathie  ? Force est de constater que jusqu’ici, ni le référentiel de formation élaboré en 2000 par la Collégiale académique de France [3], ni la recommandation n° 14 des inspecteurs de l’Igas d’“élaborer un référentiel de formation à l’ostéopathie” à échéance 2010, n’auront retenu l’attention de l’administration de tutelle. Patrick Féval espère au moins que le référentiel de formation par compétences que propose désormais le Sneso servira “d’assise solide” aux pouvoirs publics.

Six compétences essentielles mises en fiches

Pourquoi un référentiel de formation par compétences  ? “En règle générale, les professions sont décrites à travers trois référentiels  : un référentiel métier, un référentiel activités et compétences professionnelles et un troisième qui concerne la formation”, rappelle Patrick Féval. Or si les deux premiers ont déjà été réalisés avec différents représentants de l’ostéopathie, poursuit-il, “nous nous sommes très rapidement rendu compte que la complexité de notre métier entraînait une complexité dans la formation et qu’il ne fallait plus concevoir les choses de façon séparée”. À l’origine de ce revirement, Jacques Tardif, professeur à l’Université de Sherbrooke (Canada) et auteur du référentiel. “C’est lui qui a eu cette idée géniale d’une architecture représentant les activités de l’ostéopathe par compétences, décrivant toutes les facettes de l’ostéopathie avec une précision extraordinaire”, salue-t-il. Les six “compétences essentielles” de l’ostéopathe sont ainsi mises en fiches, précisées par des “composantes essentielles”. Chaque compétence est également décrite par des “situations professionnelles”, associées à des “trajectoires de développement qui correspondent à un parcours d’étude et de formation”.

Autre originalité du référentiel, “la possibilité d’une lecture à plusieurs niveaux”, complète Stéphane Niel, directeur de l’Idheo [4]. En résumé  : affirmation du choix d’orientation professionnelle pour le candidat à la formation d’ostéopathe  ; identification du lien entre enseignement et contexte professionnel pour l’étudiant en formation  ; orientation plus spécifique des cours grâce à des objectifs mieux définis pour les enseignants  ; proposition aux pouvoirs publics d’un document de référence.

Peu de chances de progrès sans l’intervention des pouvoirs publics

Suffisamment bien construit et travaillé pour servir de base, selon les vœux du vice-président du Sneso Roger Caporossi, à l’instauration d’“une formation uniforme au niveau national qui corresponde aux normes internationales de l’OMS”, le référentiel proposé par le syndicat a cependant peu de chances de parvenir à organiser la profession si le sujet n’est pas rapidement repris en main par les pouvoirs publics. Car, souligne-t-il, c’est bien notamment en raison des dysfonctionnements administratifs pointés par l’Igas que la France forme “autant d’ostéopathes avec si peu de qualité de formation”. Et si la situation a progressivement dégénéré depuis la loi de 2002 et ses décrets d’application de 2007, elle semble aujourd’hui hors de tout contrôle  : que deviendront les étudiants des trois quarts des écoles jugées inaptes à enseigner le métier d’ostéopathe par le ROF [5], lorsque les procédures d’agrément seront revues  ? Même si les adhérents du Sneso ont déjà fait savoir qu’ils étaient prêts à ne plus accueillir de nouvelles promotions jusqu’à ce que ce “passif” soit apuré, ce n’est pas sans doute pas là une question de nature à motiver une action rapide de l’État.

Comment choisir son école ?
Comment choisir entre 74 organismes de formation agréés par le ministère de la Santé, là où une partie de la profession − non démentie par l’Igas − estime le nombre d’organismes “sérieux” inférieur à 20  ? “Il faut s’appuyer sur une convergence d’indicateurs”, estime Patrick Féval, le président du Sneso. Parmi ceux-ci, la capacité à délivrer un titre professionnel de niveau I enregistré au RNCP [6] (détenue à ce jour par 10 établissements), l’existence d’une activité clinique encadrée au moins égale à 1 000 heures, de locaux adaptés, ou encore la qualité pédagogique des équipes. À noter, cependant, qu’aucun de ces indicateurs ne se suffit à lui-même, certains établissements détenteurs d’un titre de niveau I au RNCP ne proposant pas, par exemple, l’examen final clinique que recommande l’OMS.
Autre solution, le site Devenir-ostéopathe.org, proposé par le président du Registre des ostéopathes de France (ROF), Guy Villemain. Si aucune liste d’organismes “recommandés” n’est disponible par souci d’indépendance, au moins les conditions de fonctionnement des établissements sont-elles décrites. À charge pour le futur étudiant de se documenter…

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2012

À consulter

  • Devenir ostéopathe. Agir avec compétence, Jacques Tardif, 115 p., mai 2012. À commander auprès du Sneso au tarif de 10 euros.

[174 à ce jour. Voir aussi L’Inffo n° 784, p. 8, et n° 807, p. 8.

[2Syndicat national de l’enseignement supérieur en ostéopathie.

[3Ancêtre du Sneso, alors dirigé par Guy Villemain, actuel président du ROF.

[4Institut des hautes études ostéopathiques.

[5Registre des ostéopathes de France.

[6Répertoire national des certifications professionnelles.

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