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Un atelier pour donner du sens à l’orientation

À rebours des dispositifs centrés sur le retour immédiat à l’emploi, un nouvel atelier proposé par la Cité des métiers de Paris en partenariat avec l’Inetop-Cnam fait le pari de l’insertion durable. Baptisée "Sens de la vie, sens du travail" (SVST), l’action prend le temps d’appuyer l’orientation par une réflexion sur le sens.

« Le dispositif avait été testé il y a quatre ans dans le cadre d’une innovation de l’Inetop portée par Jean-Luc Bernaud, professeur de psychologie passionné par les questions de sens », explique Paul de Maricourt, conseiller-formateur orientation-CEP [1] Pôle emploi en poste à la Cité des métiers de Paris.

Par questionnement personnel, lui-même a suivi le dispositif à titre individuel avant de se former et se souvient d’une expérience « passionnante et très stimulante » : « Cela m’a permis de pousser assez loin ma réflexion sur mon identité professionnelle et m’a donné une nouvelle énergie, qui m’a procuré l’ envie d’écrire un livre sur les trajectoires professionnelles », sourit-il. Dès lors, l’idée d’implanter la prestation dans le cadre de la Cité des métiers prenait corps et, avec l’adhésion du pôle Changer sa vie professionnelle (CSVP), débouchait sur l’organisation d’une première session en février 2016. « La Cité des métiers accueille un nombre grandissant de personnes en transition professionnelle, qui se questionnent fortement, parfois douloureusement, sur le sens de leur activité ou de leur parcours. Ces questions sont bloquantes pour un individu », alors que leur « prise en compte dans un espace de parole, de réflexion, de partage et de progression, libère une énergie précieuse », assure-t-il.

Une réelle demande

Concrètement, le dispositif repose sur un parcours de sept ateliers d’une demi-journée et sur trois entretiens individuels inspirés de la psychologie positive animés par des praticiens de l’orientation formés et supervisés par l’Inetop. La participation à l’ensemble des séances est obligatoire et suppose l’engagement des participants à réaliser un travail personnel lors des intersessions. Destinée à couvrir les différents angles de la question du sens, la réflexion est menée, pour une part en individuel sur la base d’un carnet d’exercices, et pour l’autre part, en binôme et en collectif. « La dimension collective permet d’ouvrir le jeu », témoigne Xavier Marchal, l’un des bénéficiaires de la première session.

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« La perte de sens rend malade »

À 52 ans, cet architecte autoentrepreneur sans revenu depuis près de vingt mois explique avoir, « pour la première fois de [sa] vie, pris le temps de réfléchir sur ce qui faisait sens pour [lui] et pouvait servir de socle à l’élaboration de [son] projet de vie ». D’abord accompagné par l’association Solidarités nouvelles contre le chômage, il relate une vie sociale longtemps perturbée par l’addiction à l’alcool et un isolement progressif et insidieux. Aujourd’hui en quête de stabilité professionnelle, il demeure convaincu que « travailler pour travailler peut causer des dommages » et a commencé à repenser son projet autour du développement durable et social. Il insiste sur le fait que les « liens » créés dans le cadre de l’atelier, et qu’il maintient à ce jour, lui ont permis d’élargir sa vision. « Savoir ce que je pouvais chercher, seul dans mon coin, ce n’était pas possible », résume-t-il, « l’atelier m’a permis d’entrevoir de nouvelles possibilités et de trouver l’énergie de faire quelque chose de différent. » Ce qui lui reste à accomplir ? « Il manque peut-être une étape finale de brainstorming pour finaliser l’émergence du projet professionnel. » À cet égard, Paul de Maricourt précise que le dispositif SVST répond aux questionnements du CEP niveau 2 (conseil personnalisé) et peut permettre d’outiller le CEP niveau 3 (accompagnement à la mise en œuvre du projet professionnel).

Pour des politiques sociales de long terme

Depuis cette première session, « la demande est très forte, voire explosive », avec des sessions qui se remplissent sans peine, relate Paul de Maricourt. Pas question pour autant d’accueillir toutes les demandes, prévient-il : « L’atelier ne convient ni aux personnes complètement perdues qui sont tentées de se raccrocher à toute proposition en substitut d’une thérapie, ni aux personnes qui expriment un sentiment d’urgence. » Et d’insister : « Les questions de sens sont trop bousculantes pour des personnes en dépression profonde, il faut au contraire une certaine sérénité et stabilité. »

Parfois difficile à porter auprès des donneurs d’ordre en raison d’effets sur l’emploi inscrits dans le moyen et long termes, la démarche n’en est pas moins porteuse d’espoir d’insertion durable. Quatorze des dix-huit premiers bénéficiaires se sont ainsi engagés dans un processus de mobilité pendant et après le parcours (reprise d’activité salariée ou indépendante, changement de métier, mobilité géographique, PMSMP [2], prestations Activ’ Projet ou bilan de compétences, bénévolat, formation).

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2016

LES SOURCES THÉORIQUES
Principal support de l’atelier "Sens de la vie, sens du travail" (SVST), la psychologie positive vise à la prise de conscience de ses ressources. « Il s’agit de se concentrer sur ce qui marche pour trouver l’énergie d’avancer », commente Paul de Maricourt. Dans cette perspective, « les forces sont les compétences pour lesquelles on a une appétence ». La logothérapie de Viktor Fankl, la bibliothérapie de Marc-Alain Ouaknin ou encore le life designing contribuent également à outiller le dispositif.

En savoir plus :

[1Conseil en orientation professionnelle.

[2Périodes de mise en situation en milieu professionnel.

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