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"Silver économie" : offre de formation en plein développement..., débouchés encore rares

Par Centre Inffo

Depuis le 24 avril 2013 et la déclaration conjointe des ministres en charge du Redressement productif et des Personnes âgées, Arnaud Montebourg et Michèle Delaunay, la France est officiellement entrée dans l’ère du développement de la Silver economy [1], cette filière dédiée à l’accompagnement des personnes âgées.

Il était temps de lancer le top départ d’une structuration de ce secteur car, aujourd’hui, les seniors de 60 ans et plus sont déjà 15 millions et les prédictions portent leur nombre à 20 millions d’ici à l’horizon 2030. Quant au poids démographique des octogénaires, il devrait quadrupler dans les quarante ans à venir, passant de 1,4 million à 4,8 millions d’ici 2050.

« C’est un véritable changement de société qui s’annonce avec l’allongement de la durée de la vie », résumait Michèle Delaunay alors que son collègue Arnaud Montebourg lui emboîtait le pas en vantant « l’opportunité en matière de croissance et d’emplois » susceptible d’être générée par le développement d’une telle filière consacrée à « l’économie du vieillissement ». Et en matière d’accompagnement technologique et humain des seniors, la France reste très en retard par rapport au monde anglo-saxon ou à ses partenaires européens.

Le retard français en matière de "gérontechnologies"

Ainsi, alors que l’Espagne ou l’Angleterre comptent chacun près de deux millions de foyers équipés de la télé-assistance (dispositif permettant de connecter un transmetteur sur la ligne téléphonique du domicile pour permettre le déclenchement d’appels d’alerte et la mise en relation avec une hotline depuis un émetteur radio portatif), l’Hexagone atteint péniblement les 450 000. Idem pour l’insuffisance française en matière d’appareillage des sourds et malentendants puisque la Société française des technologies pour l’autonomie et la gérontechnologie (SFTAG) estime à 20 % seulement le nombre de déficients auditifs correctement appareillés. « Question de culture et de rapport personnel au vieillissement, peut-être », avance le professeur François Piette, président de la SFTAG et chef de service du pôle Allongement de la vie de l’hôpital Charles-Foix (AP-HP) d’Ivry-sur-Seine, « on se souvient du mini-scandale qu’avait suscité la révélation de l’appareillage de Jacques Chirac voici quelques années alors que Bill Clinton, lui-même équipé et plus jeune que l’ancien président français, n’avait jamais fait spécialement mystère de sa déficience auditive. »

Coquetterie ou fierté mal placée face au vieillissement, il n’empêche que la France compte aujourd’hui près de 800 000 malades d’Alzheimer à accompagner, 1,15 million de personnes dépendantes, un nombre croissant de papy-boomers dont les habitudes de consommation n’ont rien à voir avec ceux des générations précédentes. En 2015, les seniors assureront près de 54 % des dépenses nationales (dont 64 % du marché de la santé et 56 % de celui des assurances). De quoi générer, selon la ministre des Personnes âgées et de l’Autonomie s’appuyant sur une étude de la Dares, entre 300 000 et 400 000 emplois dans les années à venir. A condition, cependant, que l’offre de formation à ces métiers, dont la plupart n’existent pour l’instant pas, suive...

Des débouchés concrets encore à trouver

« Le problème avec cette vision de l’accompagnement du vieillissement, c’est que la plupart des acteurs se positionnent d’ores et déjà dans une logique marchande alors qu’un modèle économique viable n’a pas encore été trouvé », regrette Claude Jeandel, professeur de gériatrie à l’Université de Montpellier. « Pour l’instant, en matière de formation professionnelle continue adaptée à la Silver economy, l’heure est plutôt au tâtonnement puisque peu de débouchés ont été identifiés dans ce secteur dont le modèle est encore à structurer », reconnaît François Piette. Toutefois, davantage que de "nouveaux métiers" dans la branche, ce que le président de la SFTAG imagine plus volontiers, c’est une upgrade des professions existantes intégrant les évolutions technologiques à leurs missions dans le but de permettre une plus grande autonomie des seniors. « C’est à l’époque où Jean-Louis Borloo occupait le poste de ministre du Travail dans le premier gouvernement Fillon qu’a été évoquée l’assistance aux personnes âgées comme source d’emplois. Mais le plan de prise en charge des seniors doit tenir compte du fragile équilibre qui existe entre l’accompagnement humain et l’aide technologique car il ne faut jamais oublier qu’une personne âgée peut manifester le désir de disposer d’un maximum d’autonomie. »

Une aspiration à l’autonomie dont tiennent compte la plupart des programmes européens consacrés à la thématique du « vieillissement en bonne santé » à l’image de l’European Innovation Partnership on Active and Healthy Ageing (EIP-AHA) qui dispose d’un groupe transversal « formation » dans lequel siègent diverses instances françaises, même si la dominante de l’innovation reste portée par les pays "nordistes" (Scandinavie, Pays-Bas, Royaume-Uni, etc.).

Silver Valley

Le lancement officiel de la filière Silver economy en avril dernier aura donné un coup d’accélérateur à un certain nombre de projets liés aux développement des compétences des accompagnants du troisième âge, même si des initiatives avaient déjà vu le jour avant que le politique ne donne son impulsion au mouvement. En témoigne le développement de la Silver Valley d’Ivry-sur-Seine, portée par le cluster Soliage (Solutions innovantes pour l’autonomie et la gérontechnologie), rassemblant professionnels de santé (AP-HP, hôpital Charles-Foix), assureurs (Ag2r La Mondiale, Prémalliance), pôles universitaires (Université Pierre-et-Marie-Curie) et institutionnels (ville d’Ivry, Chambre de commerce du Val-de-Marne, Conseil général) destiné à constituer un premier réseau dédié à la production de biens et services concernant l’autonomie des personnes âgées.

Si ce cluster se dotera, dès la rentrée 2014, d’un bâtiment de 5000 m2 au cœur d’Ivry et promet la création de 5000 emplois dans les cinq ans, une partie de son action aujourd’hui est consacrée à l’animation de formations spécialement dévolues aux innovateurs en matière d’assistance technologique aux seniors. « L’objectif est d’aider les porteurs de projets à élaborer leurs business plans, mais aussi à savoir présenter leurs innovations à de potentiels financeurs pour leur permettre de les rendre viables », explique Guillaume Lebreton, responsable de communication au sein de la Silver Valley. Et les profils des stagiaires sont variés, qu’il s’agisse d’étudiants sortis frais émoulus de leur école de commerce misant sur ce nouveau marché ou d’ingénieurs ayant conçu des dispositifs novateurs à destination de l’aide aux seniors.

Cursus universitaires expérimentaux...

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Michèle Delaunay, ministre déléguée aux Personnes âgées
et à l’autonomie, au Forum des gérontechnologies (6 décembre 2013)

Preuve que la thématique de l’accompagnement du vieillissement ne relève plus uniquement aujourd’hui du champ strictement médical, c’est dans les campus de sciences humaines que se sont développés les quatre masters proposés actuellement par l’Université sur ce sujet (Paris, Grenoble, Montpellier, Strasbourg). Des masters expérimentaux à l’audience encore timide (en 2012, celui de Grenoble comptait six étudiants ; quatre l’année suivante), ce que Vincent Rialle, enseignant à l’Université Joseph Fourier de Grenoble justifie par leur nouveauté sur un marché des diplômes surchargé, mais aussi par l’absence, pour l’instant, de débouchés identifiés en termes de métiers. « Actuellement, la moitié des étudiants engagés dans ces cycles sont des professionnels — kinésithérapeutes, ergothérapeutes, responsables de structures, éducateurs, etc. — qui viennent se sensibiliser aux problématiques de la dépendance au titre de la formation continue », souligne le responsable du diplôme. Mais si les inscrits demeurent encore peu nombreux, les universitaires comptent sur le développement de dispositifs e-learning pour atteindre une cible plus vaste.

... et à distance

Des cursus numériques, l’hôpital Charles-Foix et le réseau FormaticSanté en proposent déjà. Le premier grâce à TIL (« Trans Innov Longévité »), un dispositif d’enseignement à distance accessible aux étudiants de certains diplômes universitaires "gérontechnologies" dispensés par l’Université Pierre-et-Marie Curie ; le second au travers d’« hôpital numérique », un programme destiné à populariser l’usage des nouvelles technologies auprès des personnels infirmiers et d’offrir à ceux-ci la possibilité de se familiariser avec les outils de gérontechnologie. « Dans le cadre du développement professionnel continu des personnels de santé, l’un des objectifs de notre dispositif est de permettre à l’ensemble des personnels infirmiers de pouvoir obtenir la certification C2i [2] », espère Lizette Cazele, de FormaticSanté, « les médecins et pharmaciens y ont déjà droit, alors pourquoi pas l’ensemble des personnels de santé ? » Néanmoins, au sein du corps infirmier, les réticences envers la gérontechnologie demeure encore forte, là encore, question de culture. Normal, pour une profession habituée à l’approche relationnelle avec les patients et qui se méfie de la tentation du « tout technologique ».

Innovation et éthique

En dépit de l’ambition affichée en avril 2013 par les deux ministres, les premiers pas de la Silver economy restent encore titubants. Vincent Rialle avoue d’ailleurs « voir dans la situation actuelle des technologies et des services innovants beaucoup d’incandescence et un peu de dégénérescence... Incandescence par l’impressionnante vitalité créatrice de notre pays dans ce domaine ; dégénérescence en ce que les objectifs et les stratégies de développement et de pérennisation de toutes ces initiatives se font plus ou moins concurrence, ce qui donne globalement une impression de suractivité impuissante ». Normal, pour François Piette, puisque l’innovation en matière d’assistance aux seniors demeure encore le fait de PME (voire de TPE) ou d’expérimentations universitaires. « Les grands groupes restent frileusement en embuscade et attendent de voir les premiers développements concrets avant de se lancer. Mais gardons cependant en mémoire que la gérontechnologie tout comme la formation ne sont que des moyens d’améliorer le quotidien des personnes âgées.... la finalité, celle qui compte réellement, demeure le service rendu aux patients. L’innovation ne doit jamais faire oublier l’éthique. »

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2013

[1] Ou Silver economie, filière regroupant toutes les entreprises agissant pour et/ou avec les personnes âgées (services personnalisés, technologies pour l’autonomie, etc.

[2] Certificat informatique et internet.

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