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Service public de l’orientation : quelle place pour les CIO ?

Pour l’Association nationale des directeurs de centres d’information et d’orientation (ANDCIO), qui tenait ses huitièmes rencontres le 23 novembre dernier à Paris (Inetop), l’accroissement des compétences régionales dans l’orientation n’est pas synonyme de disparition de ces structures, si l’État et les Régions parviennent à les contractualiser sous une forme “juridiquement forte”. Explications.

Les CIO souhaitent un statut d’établissements publics

En 2003, on les avait connus braqués contre les premières tentatives de les régionaliser. Presque dix ans plus tard, le troisième acte de la décentralisation (induisant la création de services publics régionaux de l’orientation) vient remettre sur le tapis le sujet du transfert des compétences des CIO aux Conseils régionaux, d’ores et déjà dénoncé plusieurs organisations syndicales (notamment le SNFOLC [1] et Sud Éducation).
Entretemps, en 2005, les questions d’orientation et d’emploi des jeunes avaient ressurgi à la suite des émeutes périurbaines. La prise de conscience s’était, cependant, faite au travers d’un prisme focalisé sur la sécurité publique et lutte contre la délinquance juvénile, mais elle avait permis de repenser ces structures en tant que clés de voûte de l’insertion professionnelle. “À l’époque, nous avions pu lire que si les voitures brûlaient, c’était la faute de l’orientation”, se souvient Thierry Berthet, directeur de recherche au CNRS et membre du groupe d’experts du CNFPTLV [2]. N’empêche : les événements eurent pour conséquence la nomination d’un délégué interministériel à l’orientation, un changement de point de vue des partenaires sociaux sur les CIO et la mention du rôle des conseillers d’orientation psychologues dans le rapport parlementaire Cherpion-Gille, qui devait aboutir à la loi du 24 novembre 2009. Mais des CIO, il en fut également question en juillet 2012, à l’occasion de la conférence sociale, lors de la table ronde consacrée aux questions d’éducation, où il fut question de leur transfert dans le giron des Régions au nom de l’imminent acte III de la décentralisation.

“Ras le bol”, “déception”, “colère” face à la régionalisation.

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Yvan Souleliac (DR)

“En fonction des académies, les CIO relèvent soit du Rectorat, soit de la Direction des services de l’académie”, explique Yvan Souleliac, directeur du CIO d’Arcachon et nouveau président de l’ANDCIO, depuis ce 26 novembre, “il n’est donc techniquement pas possible de transférer un CIO aux services d’une Région, mais d’en transférer les services extérieurs, ce qui ne présente pas d’inconvénient spécifique dès lors que, sur un plan opérationnel, la structure est contractualisée par l’État et la Région sous forme, par exemple, d’un EPA [3] ou d’un GIP [4]. Moins optimistes, plusieurs directeurs de CIO évoquent pêle-mêle “le ras-le-bol”, “la déception”, voire “la colère” que représenterait un tel transfert. L’une d’entre elle, dirigeant l’un des centres d’information et d’orientation de l’académie de Strasbourg avoue souffrir de voir son CIO “pris en otage entre le Conseil général, le Rectorat et la Communauté de communes” et n’ose imaginer les conséquences si l’échelon régional venait se rajouter à ce nœud gordien. Emmanuelle Reille-Baudrin, psychologue et chargée de recherche au Centre de recherche sur le travail et le développement (CRTD) reconnaît l’éventualité d’une disparition des CIO si “le transfert aux Régions venait à n’être qu’un transfert de pouvoirs”.

Régions et intérêt public. “En 2003, les employés des CIO ne voulaient pas devenir des personnels régionaux”, se rappelle Jean-Robert Pitte, actuel délégué à l’information et à l’orientation, interrogé par Centre Inffo en marge des rencontres. “Je ne suis d’ailleurs pas certain que les Régions aient réellement envie de récupérer la gestion des CIO.” Ce qui n’empêche pas, selon lui, ces structures “d’avoir toute leur place dans les Comités de coordination régionaux de l’emploi et de la formation (CCREFP) et d’avoir un rôle à jouer dans les politiques régionales, y compris au sein du futur service public régional de l’orientation”. Néanmoins, l’ancien président de la Sorbonne reconnaît les risques d’une régionalisation excessive, celui “d’enfermer les personnes dans leur région, à l’heure où les besoins de mobilité territoriale et professionnelle sont si prégnants. Une telle décentralisation se ferait par ailleurs au détriment des moins aisés, puisque les enfants de professeurs et de bourgeois, eux, auront toujours les moyens d’accéder à une mobilité nationale, voire internationale”. Thierry Berthet, pour sa part, comprend les craintes exprimées par les directeurs de CIO, mais “se refuse à croire que les collectivités territoriales soient incapables de penser à l’intérêt collectif… on ne peut pas éternellement suspecter les Conseils régionaux de réfléchir dans une logique adéquationniste entre orientation scolarité, formation et emploi ! L’adéquationnisme, c’est le Commissariat au Plan qui l’a inventé, pas les Régions !”

Culture coopérative. Ancien président de l’ANDCIO, Robert Poisson regrette “que le service de l’orientation ait été construit sur le même modèle qu’un service administratif ou comptable, alors que l’orientation aurait pu constituer un service central dans la gestion des phénomènes sociaux”. Quant à son successeur, il espère que les différents pouvoirs publics, étatiques et régionaux, sauront travailler en développant une “culture coopérative”, à l’image de celle qui existe au sein de plusieurs CCREFP (Aquitaine, Bretagne) au sein desquels les CIO ont su nouer des partenariats avec d’autres acteurs avec lesquels ils parlaient traditionnellement peu, comme les Direccte. “Les Régions où ces instances ont su fonctionner et les CIO y trouver leur place sont celles dans lesquelles les différents échelons territoriaux ont su travailler en bonne intelligence.” Des relations de bonne intelligence qui pourraient, selon Yves Souleliac, être renforcés par une contractualisation des CIO sous forme d’établissements publics. Un souhait que son prédécesseur avait déjà exprimé l’an passé (voir notre article).

En quête de positionnement

Dans l’œil du service public régional de l’orientation... Au début du mois dernier, le 7 novembre, se réunissaient pour la première fois l’ANDCIO, l’Acopf [5], l’AAIIO [6] et l’ACSAIO [7], soit les quatre associations nationales de l’information et de l’orientation. Objet de la rencontre ? “Faire le point sur ce sur ce que les uns et les autres avaient comme information” en matière d’évolution du système d’orientation. L’anecdote, évoquée par Yvan Souleliac, témoigne selon lui du “niveau d’incertitude” des décideurs. Et de constater avec regret qu’en ce qui concerne les CIO, ceux ci soient “plus des éléments de négociation que des structures au service des politiques”. De fait, confrontés au désengagement croissant des Conseils généraux, partagés entre l’État, auquel leurs personnels sont jusqu’ici rattachés, et les Régions, bientôt aux commandes du service public de l’orientation, les CIO s’interrogent sur leur avenir. Et pour conquérir toute leur place dans le nouveau paysage de l’orientation, Yvan Souleliac appelle à respecter trois fondamentaux : le “changement”, le recentrage sur le “paradigme de la culture sociale, économique et professionnelle” et l’adoption d’une “structure” qui tienne la route.

L’établissement public, “coquille” des CIO ?

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Zbyslaw Adamus (DR)

Sur ce dernier point, Zbyslaw Adamus, administrateur de l’ANDCIO, témoigne avoir entendu l’expression “donner les CIO”, avec pour procédure suggérée celle de les livrer “démontés”. À procéder ainsi, prévient-il, ce sera “un enterrement de première classe”. Et puis, comment “donner” un CIO alors que celui ci n’est pas un établissement, mais un service ? Répondant en égratignant au passage le modèle des Cités des métiers, l’ex-directeur du CIO de Verdun répond : “Il existe des coquilles vides qui drainent beaucoup de subventions, mais qui ont pour bilan celui de toutes les structures qui veulent bien travailler bénévolement à l’intérieur. Et bien, le CIO, c’est le contraire d’une coquille vide, c’est un contenu sans coquille ! Il n’est pas possible de donner un contenu, donc, s’il doit y avoir un transfert, le préalable est de donner une existence administrative au CIO.” Écartant la fondation, l’association ou le groupement d’intérêt public comme possibles modèles, Zbyslaw Adamus en appelle à l’établissement public à caractère administratif, statut d’ailleurs réclamé par le nouveau président comme par l’ancien. Recommandant de s’inspirer du modèle des lycées agricoles (dont le président du conseil d’administration est le président de la Région, ou un conseiller régional), il voit dans cette solution la possibilité donnée à tous de “sortir par le haut” et de “calmer le jeu”. Fonctionnement, personnel, pilotage, “tous les points de désaccords pourraient être traités à l’intérieur des divers collège du conseil d’administration”, estime-t-il.

L’orientation, un terme “trop polysémique pour être unificateur”

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Robert Poisson (DR)

Alors que Vincent Guillon, chercheur enseignant à l’Inetop, en vient à préférer “l’idée de la culture de la coopération” à celle, souvent évoquée dans le cadre de la mise en œuvre du SPO, d’une “culture commune de l’orientation”, le directeur du CIO de Nantes, Robert Poisson, en donne un exemple, en affirmant la nécessité de développer des “structures pluri-professionnelles”. Et d’inviter à adjoindre aux conseillers d’orientation psychologues, personnels administratif et directeurs qui composent aujourd’hui les CIO, “des professionnels venus d’autres réseaux” : à savoir “des ingénieurs pour s’occuper de la relation école-entreprise, des documentalistes, des techniciens multimédias et hypermédias, des enseignants situés sur l’aspect pédagogique, des observateurs du système éducatif et du système d’emploi, mais aussi des conseillers de Missions locales”. De quoi, selon lui, aller “vers une coopération des acteurs plutôt que vers une diminution des acteurs”. Et si l’on n’avait pas compris l’attachement des CIO à leur identité professionnelle, Vincent Guillon le souligne une fois encore en évoquant les contributions de l’ANDCIO à la concertation “Refondons l’école de la République” [8] : “La culture de coopération, garantit le respect de l’identité de tous les acteurs, sans lequel aucun travail réel de partenariat ne peut être envisagé. Elle ne confond ni les métiers ni les publics ni les institutions.”

par Benjamin d’Alguerre et Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2012

À consulter

  • Association nationale des directeurs de centres d’information et d’orientation, ANDCIO

[1Syndicat nationale Force ouvrière des lycées et collèges.

[2Conseil national pour la formation tout au long de la vie.

[3Établissement public à caractère administratif.

[4Groupement d’intérêt général.

[7Association des chefs de service académiques d’information et d’orientation.

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