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Seine-Saint-Denis - Un projet pour « libérer les choix professionnels des stéréotypes de sexe »

Par Centre Inffo

En 2014, une femme peut conduire un bus et un homme devenir auxiliaire de puériculture. Question de bon sens ? Pas seulement. Face à la persistance des préjugés de genre, aider les jeunes à réaliser des projets professionnels libérés des a priori de sexe et former les professionnels de l’insertion à l’accompagnement s’avère aussi nécessaire qu’efficace. C’est ce que vient de démontrer l’expérimentation "Libérez votre avenir professionnel", projet développé en Seine-Saint-Denis depuis 2011 et dont les principaux résultats ont été présentés à Paris mardi 30 septembre 2014.

Formation-action de 49 conseillers

Chargée de projet au Conseil général de Seine-Saint-Denis, Nathalie Souksavat livrait d’emblée les données chiffrées des deux étapes qui ont structuré le projet. D’abord, la formation-action de 49 conseillers emploi-insertion pour agir sur les stéréotypes des métiers dits « sexués » ; ensuite, l’accompagnement de 250 jeunes, dont 45 hommes, traduit par l’élaboration de 128 projets atypiques, dont 75 ont abouti à un emploi. « Ineptie au regard des besoins sociétaux », selon Françoise Fillon, chargée de mission à Retravailler Lorraine, la division du travail n’en demeure pas moins une réalité qu’il a fallu combattre. En guise d’armes, un « kit pédagogique » a été élaboré, pour à la fois poser les « raisons d’y aller » et « outiller » le conseiller.

Visites d’entreprises

Également partenaires du projet, la Cité des métiers de Paris, la Fondation Agir contre l’exclusion de Seine-Saint-Denis (FACE 93) et l’Association de la visite d’entreprise (AVE), se sont elles mobilisées pour « élargir les possibles » envisagées par le public cible. Un objectif qui a nécessité, au-delà des rencontres-débats organisées dans le cadre de la Cité des métiers, d’accompagner les jeunes au cours de véritables visites d’entreprises.

"La mise en relation donne des résultats"

Au-delà du caractère concret de l’expérience, « c’est bien la mise en relation des employeurs et des jeunes et l’opportunité économique du projet qui donnent des résultats », insistait Françoise Fillon. Même constat pour Verena Aebischer, maîtresse de conférences à l’université Paris-X Nanterre chargée de l’évaluation de l’expérimentation, qui répétait, elle, l’importance d’avoir des professionnels de l’accueil, information, orientation « sur le terrain », « en lien avec les entreprises et en capacité d’accompagner les jeunes, même quand ça va mal ». Et de souligner : pour des populations en prise aux plus grandes difficultés – d’emploi mais aussi de logement, de santé ou de confiance en soi —, « le conseiller est parfois le seul lien entre la vie sociale et le désarroi ».

La création de parcours mixtes

Du côté des professionnels, Hamid Baïdou, conseiller emploi-formation à la Mission locale de la Dhuys, rappelait lui que les freins étaient aussi à lever parmi les collègues. Pour ce faire, une bonne dose de patience et un message en faveur de la mixité, qu’il ne faut pas hésiter à rabâcher, semblent porter leurs fruits. Évoquant la mise en place de "parcours d’orientation professionnelle mixité" d’abord conçus séparément à l’intention des filles et des garçons, il soulignait un relatif échec, rapidement surmonté par la création de parcours mixtes, sources de « discussions riches empreintes de bienveillance ». Parmi les freins, Cécile Jachimowiez, chargée d’insertion au projet de ville RSA de Villemonble, mentionnait elle le poids de l’entourage, parfois empreint de préjugés de genre au point de s’opposer à la réalisation du projet professionnel. La solution ? « L’accompagnement au long cours » et l’attention portée à « l’assertivité », mais aussi une prise en charge globale qui ne néglige pas, par exemple, les problèmes de garde d’enfant. Pour Cédric-Tarik Djebbara, conseiller emploi à la Mission locale de Bondy, « pas de recette miracle » mais le souci de veiller à ce que les jeunes « ne se sentent pas sujets d’une expérimentation » et, surtout, la conscience d’un « enjeu supérieur à celui de l’exercice d’un métier atypique de genre » : « La réussite, concluait-il, c’est la liberté de choix. »

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

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