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"SAS" d’orientation active pour les jeunes Limousins

L’une des huit Régions expérimentatrices du service public régional de l’orientation, le Limousin, innove avec un dispositif d’orientation active pour l’emploi des jeunes. À l’origine de l’initiative, une expérimentation qui a débuté en 2011, sous la forme d’un “service d’orientation active” pour les jeunes de 17 à 25 ans, diplômés ou non et suivis en Mission locale depuis plus d’un an. Zoom sur une réponse originale au décrochage.

« Les moments de rupture éducative ne sont généralement que la face visible et brutalement émergente d’un malaise de longue durée chez les jeunes. » Extraite d’une publication du Céreq consacrée au décrochage [1], cette citation exprime la difficulté d’apporter une réponse immédiate à des situations d’urgence ancrées dans le passé. Si le décrochage n’est que le symptôme d’un processus de long terme aux origines multiples, quelles réponses peuvent apporter les politiques publiques ? En Limousin, la solution imaginée par le président Jean-Paul Denanot prend le temps de ne pas décréter à la place du jeune son orientation, mais lui propose de reprendre la main en participant à une action collective.

Pourquoi ce focus sur l’orientation ?

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« Ce que dit souvent le président Denanot, commente sa directrice de cabinet Julie Chupin, c’est que l’orientation est le maillon faible de notre système. » De fait, présenté en quelques mots par son inventeur, le dispositif se veut « une réponse aux problèmes d’orientation des jeunes », qu’il s’agisse d’une rupture consécutive à un choix subi ou à l’absence de débouchés. D’où « l’idée de reprendre ces jeunes dans un sas pour leur permettre d’aller au-delà de ce qu’ils avaient imaginé » : soit un dispositif d’une durée de quatre-vingt-dix jours, temps nécessaire pour leur permettre de se confronter à cinq métiers et de s’engager dans une action collective source de cohésion et d’entraide. Et « à l’issue des trois mois, c’est rare qu’un jeune n’ait pas de solution », souligne le président de Région. Plus précisément ? Pour 70 % d’entre eux, c’est une sortie positive sous forme d’accès à l’emploi ou d’entrée en formation. Pour les autres ? « Pas question que le dispositif s’arrête brutalement », avertit Paul Torrent, directeur de la Mission locale de l’agglomération de Limoges en charge du dispositif, « les jeunes qui n’ont pas immédiatement obtenu une solution continuent d’être suivis par les conseillers de la mission locale dans le cadre d’un accompagnement individuel. » Face aux dispositifs carcans qui ne font que crisper davantage les décrocheurs, la souplesse de la solution limousine renvoie aux propos de Jean-Paul Denanot, cité par Julie Chupin dans son ouvrage sur l’échec scolaire [2] : « Il faut prendre en compte la volonté du jeune et être en mesure de lui proposer une solution au moment où il en fait la demande et où il possède l’énergie et le ressort nécessaires pour ré-accrocher à un projet quel qu’il soit. Il faut de la souplesse et de la réactivité dans les réponses car si nous ne sommes pas au rendez-vous, le jour où ils sont prêts, le risque est grand de les décourager et de les perdre à jamais. »

Trois mois pour renaître

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Aujourd’hui pérennisé, le SAS d’orientation active accueille quelque huit promotions par an représentant quate-vingt-dix jeunes. « L’objectif est de leur permettre de se remobiliser, à la fois pour travailler leur projet individuel d’insertion professionnelle et, en même temps, pour travailler autour d’un projet collectif », explique Paul Torrent. Trois phases structurent le dispositif. En premier lieu : intégration et cohésion du groupe. Étape extrêmement importante selon le directeur de la Mission locale, qui conditionne toute la suite de l’action en permettant aux jeunes de reprendre confiance en eux, de se remobiliser collectivement et de retrouver l’estime de soi. « La difficulté des jeunes en général et de ceux-ci en particulier, c’est une situation de repli sur soi et de perte de lien avec le monde de l’emploi », souligne-t-il. D’où la mise en œuvre d’une « pédagogie active », propre à la Mission locale, et visant à « placer le jeune au centre de ce qui se fait et de le rendre acteur de son parcours ».
Suit une deuxième phase, consacrée à la découverte de l’univers professionnel. « Il s’agit de demander aux jeunes de travailler leur orientation et d’explorer les champs des possibles », commente Paul Torrent, « les jeunes arrivent souvent en Mission locale sans projet professionnel ou avec un projet subi, nous leur donnons la possibilité, avec le Conseil régional, de découvrir cinq métiers différents dans cinq entreprises différentes, en collaboration avec les branches professionnelles », insiste-t-il. Simple mais efficace, comme en témoignent [3] les jeunes stagiaires évoquant, qui la « confiance retrouvée », qui l’accès à une « certaine maturité » ou la surprise d’une « révélation » au contact d’un métier. De la réussite de cette étape dépend la troisième et dernière phase, consacrée à la construction du projet. Paul Torrent le souligne, l’accès à l’emploi est la priorité mais la concrétisation du projet de vie peut nécessiter le passage par la case formation. Soutien du Conseil régional oblige, celui-ci ouvre alors de façon « prioritaire ses dispositifs, de manière à réduire au maximum le temps de latence entre la fin du SAS et l’entrée en formation ».

Qui sont-ils ?
D’après un bilan réalisé par la Mission locale de l’agglomération de Limoges sur la période novembre 2011 à juillet 2012, le public de l’action SAS Orientation active pour l’emploi des jeunes est proche de l’égalité de genre avec 49 % de femmes. Illustration de la diversité du décrochage, si tous sont en rupture d’insertion, tous ne sont pas sans diplôme : 9 % de niveau VI, 31 % de niveau V bis, 14 % de niveau V sans certification validée, mais aussi 33 % de niveau V et 13 % de niveau IV. Contrairement à une idée reçue, l’analyse des secteurs d’activité qui ont donné lieu à validation du projet professionnel montre une grande variété de projets, avec pas moins de dix secteurs représentés. Si certains apparaissent fortement liés au territoire (industrie porcelainière), une majorité n’a d’autre spécificité que celle d’être liée à un emploi. Sur la période étudiée, les résultats à l’issue du SAS donnent 54 % d’entrées en formation qualifiante, 19 % de CDD de plus de six mois et 17 % de contrats en alternance.

Un pour tous, …

Parmi les plus-values du dispositifs, tous les acteurs insistent sur la force du projet collectif mené à bien par les jeunes au cours des trois mois de prise en charge. À commencer par ces derniers qui semblent les premiers surpris de la resocialisation qui en découle. Pour ces jeunes qui étaient le plus souvent en butte à leurs familles et avaient renoncé à côtoyer leurs camarades, la victoire n’est pas mince : « J’étais complètement démotivée, ça va mieux » ; « On se bouge, on se déplace, ça en dit long... » ; « Je suis vraiment resté seul pendant deux ans, cela m’a permis de rentrer dans un groupe » ; « Le groupe, c’est vraiment ce qui nous aide le plus » ; « Une belle aventure humaine , une vraie cohésion, une solidarité... » Solidarité qui naît autant du groupe que de la nature même des projets. Et Julie Chupin d’évoquer « l’effet promotion » du SAS : « ils sont à nouveau dans une dynamique de projet et, surtout, ils ne sont pas seuls. (…) Avec une estime de soi dégradée, on se protège, on ne prend pas de risque et on ne va pas vers les autres. Or, l’un des premiers effets du SAS, c’est de reconstruire le lien aux autres et de redonner une sorte de souffle existentiel, avec le soutien du dynamisme des Missions locales et le rôle mobilisateur des projets collectifs », rappelle-t-elle. À titre d’exemple, la première promotion s’est emparée de la création du site support de l’action, www.saslimousin.fr, la dernière de la réalisation d’un magazine consacré au décrochage, une précédente de l’organisation d’un spectacle à destination d’enfants hospitalisés... « Au-delà de leur situation personnelle, les jeunes arrivent à se décentrer et sont acteurs d’un projet qui présente une utilité sociale, cela leur montre qu’il sont aussi acteurs de la société et de leur environnement », souligne Paul Torrent. Acteurs et responsables, donc soutenus financièrement, dans l’esprit de la future Garantie jeunes : d’une part, une « allocation d’orientation » de 350 euros par mois pour participer aux frais de déplacement et de repas pendant la durée de l’accompagnement, d’autre part, un « pack autonomie » de 300 euros destiné à la prise en charge des autres dépenses liées à la réalisation du parcours d’autonomie.

Si le dispositif entraîne l’unanimité, il ne semble curieusement pas pour l’instant avoir été intégré dans l’expérimentation en cours du service public régional de l’orientation. Sans préjuger de l’apport des autres Régions expérimentatrices qui ont déployé leurs propres dispositifs [4], les résultats encourageants du SAS limousin plaident, sinon pour l’essaimage, au moins pour une mise au pot commun de la réflexion. Comment oublier, enfin, que l’action concerne un public cible à la frontière des deux missions de service public de l’orientation, national et régional, identifiées par la loi de 2014 relative à la formation professionnelle, l’emploi et la démocratie sociale ? Alors que les jeunes de la dernière promotion ont fait part d’un enthousiasme mesuré vis-à-vis des services du rectorat et des CIO, il y a peut-être là pour ces derniers matière à « raccrocher » un public qui leur échappe...

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

À consulter

[1Les risques sociaux du décrochage : vers une politique territorialisée de prévention ?, Bref , n° 304 , 2013 , 4 p.

[2Échec scolaire - La grande peur, éditions Autrement, 2013.

[3Voir le site Be Lim.

[4Chantiers formation qualification nouvelle chance en Aquitaine, Assure ta rentrée ! en région Centre, etc.

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