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Réforme et illettrisme

Par Centre Inffo

France Stratégie propose de mobiliser le compte personnel de formation et le conseil en évolution professionnelle dans la lutte contre l’illettrisme.

Dans sa note d’analyse Lutter contre l’illettrisme, un impératif économique et social rendue publique le 31 août 2015, le club de réflexion France Stratégie estime à 50 millions d’euros supplémentaires par an les efforts nécessaires à la réduction par deux du taux d’illettrisme en France dans les dix ans à venir. Un objectif pour lequel les deux auteurs, Nicolas Charles [1] et Quentin Delpech [2], proposent de mobiliser ces deux outils nouveaux que sont le compte personnel de formation (CPF) et le conseil en évolution professionnelle (CEP).

Certes, entre 2004 et 2011, le taux d’illettrisme des français a chuté de 9 % de la population à « seulement » 7 %. Un résultat que les auteurs de la note expliquent principalement par le remplacement des générations étant donné que les seniors sont davantage touchés que leurs cadets. N’empêche : 2,5 millions d’adultes sont encore concernés. Sans compter que selon les résultats de l’enquête PIAAC [3] réalisée en 2013, les Français se classent en queue de peloton en matière de maîtrise des compétences-clés (calcul et lecture/écriture) parmi les pays de l’OCDE en décrochant la 21e position sur 24, juste devant l’Espagne et l’Italie, mais loin derrière le Japon, la Finlande ou les Pays-Bas. « Alors que 22,5 % des adultes japonais sont capables de comprendre et d’utiliser des informations complexes contenues dans différents textes et, à partir de là, en faire des déductions et d’argumenter par écrit de manière élaborée, moins de 8 % des adultes français sont en mesure de le faire » déplorent les auteurs de la note. Pour autant, les adultes ne sont pas les seuls concernés puisque les résultats des évaluations menées lors des Journées défense et citoyenneté (JDC) estiment à 9,6 % la proportion de jeunes de moins de 17 ans y ayant participé (soit 72 000 jeunes sur 750 000 participants à ces journées) ne maîtrisant pas la lecture. Quant aux jeunes reconnus en situation d’illettrisme à l’issue de ces journées, leur taux frôle les 4 %, soit 31 000.

Une situation d’autant plus préoccupante sur le plan économique et social que la non-maîtrise des compétences-clés pèse douloureusement sur l’insertion ou le maintien dans l’emploi. Or, sur ce plan, la formation professionnelle continue demeure inégalitaire puisqu’en 2012 , 68 % des cadres (donc parmi les populations les mieux formées au départ) avaient eu accès à la formation contre 37 % des ouvriers. Ces inégalités concernent également le statut social (51 % des salariés bénéficient d’actions de formation contre 33 % des non-salariés), l’âge (les seniors en emploi accèdent deux fois moins à la formation que les juniors) ou encore le domaine d’activité (23 % des salariés de l’agriculture et 38 % de ceux de la construction ont pu en bénéficier alors que ces deux activités sont celles où l’on rencontre les plus forts taux d’illettrisme).

S’attaquer au noyau dur

Dans leur note, Nicolas Charles et Quentin Delpech développent ainsi l’ossature d’une politique volontariste qui propose de s’attaquer au noyau dur (740 000 adultes, 31 000 jeunes) des personnes en situation d’illettrisme afin d’en réduire le nombre par deux d’ici à 2025, indépendamment de l’âge des publics concernés. « On pourrait se focaliser sur la jeunesse en considérant que l’investissement est plus utile. Il reste que, dans un contexte de faible accès à la formation, d’allongement de la vie professionnelle et d’intensification des changements technologiques, un ciblage des seniors se justifie tout autant qu’une prise en compte des situations d’illettrisme chez les jeunes » observent-ils.

À cet effet, les deux chercheurs suggèrent la mise en place de dotations spécifiques au compte personnel de formation en octroyant des heures particulièrement consacrées à la lutte contre l’illettrisme à raison de 2 000 euros pour 150 heures. Une hypothèse financière qu’ils tirent des dispositifs mis en place par Pôle emploi. Pour les scolaires, la note recommande la mise en place d’un soutien personnalisé au sein des établissements piloté au niveau interministériel, plus efficace, selon eux, que l’externalisation de la prise en charge. Pour les adultes, les actions pourraient débuter par un repérage et une prise en charge à l’occasion des entretiens relatifs au conseil en évolution professionnelle. À cette occasion, les conseillers pourraient aider les actifs à mobiliser leur CPF pour accéder à la formation à l’acquisition des compétences clés.

Un projet estimé à 210 millions d’euros par an

Selon les calculs des rédacteurs de l’analyse, ces actions pourraient représenter un coût total de 210 millions d’euros chaque année, soit 50 millions de plus que les 160 millions dédiés à la lutte contre l’illettrisme annuellement. « Cette augmentation n’implique pas nécessairement une dépense budgétaire supplémentaire » affirment toutefois Nicolas Charles et Quentin Delpech, « elle pourra être principalement couverte par les fonds mutualisés de la formation notamment via le financement dédié au compte personnel de formation. Cette évolution peut sembler modeste au vu de son coût. Elle est pourtant ambitieuse et devrait être considérée comme une priorité au regard des effets escomptés sur la société française ».

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2015

[1Maître de conférence en sociologie, Université de Bordeaux.

[2Du département Travail et Emploi de Frane Stratégie.

[3Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PIAAC) de l’OCDE

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