Abonnez-vous

Votre adresse courriel :

 

Mots-clés

Rechercher par mots-clés

Archives

Toutes les archives
Accueil > Reconversion des sportifs de haut niveau : anticiper l’après-carrière

Reconversion des sportifs de haut niveau : anticiper l’après-carrière

Par Centre Inffo

Pour un sportif de haut niveau (SHN), les choix de formation arrêtés au plus jeune âge ne sont pas nécessairement les mêmes que les envies de “l’après” carrière sportive. Comment imaginer cette “seconde vie” – qui commence parfois plus tôt que prévu ? Réponses avec le témoignage de l’Insep, pôle de formation, mais aussi de conseil.

Établissement public, l’Institut national du sport, de l’expertise et de la performance (Insep), a notamment pour mission de procéder à la formation et à la préparation des SHN, en liaison avec les fédérations sportives et dans le respect du double projet  : la recherche de l’excellence sportive et celle de la réussite scolaire, universitaire ou professionnelle, des inscrits.
Les sportifs de l’Institut, âgés de 14 à 40 ans, ne sont pas des professionnels (sous contrat avec un club) mais des amateurs, donc sans revenu. L’Insep met ses infrastructures à la disposition des fédérations sportives, qui lui versent des subsides. Doté d’un service de la formation et de l’accès à l’emploi (SFAE), l’établissement joue un rôle essentiel de “pôle d’orientation, d’expertise et de conseil, de formation et d’accès à l’emploi”.
“Le jeune sportif de l’Insep a un planning chargé dès l’âge de 14 ans, souligne Virginie Merckel, chargée de l’accès à l’emploi des SHN à l’Insep. Cette année, nous avons eu un taux de réussite au bac de 100 %. La problématique de l’orientation se pose après la scolarité générale, les élèves majeurs de notre institut rencontrent en effet des problèmes d’orientation comme les autres jeunes. À ce titre, nous travaillons sur le bilan de compétences et la validation d’un projet professionnel.” Une fois le projet professionnel défini, la question est de savoir quelle formation doit entreprendre le sportif pour la réalisation future de ce projet. Il est également impératif de se préoccuper des aménagements qui seront mis en œuvre par l’établissement d’accueil. “Les sportifs n’ont pas toujours la possibilité de suivre les études qu’ils souhaitent, une école de commerce par exemple, en raison du coût élevé de la scolarité. Le coût est d’autant plus important que le jeune a besoin d’une formation adaptée à son planning sportif très conséquent”, indique Virginie Merckel. Dans ce cas du sportif étudiant, des aides au financement des formations sont prévues, tout comme un accompagnement dans ce domaine assuré par le correspondant du haut niveau de la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS).

La convention d’insertion professionnelle

D’autres sportifs de l’Insep sont en formation continue, salariés, demandeurs d’emploi... Pour les SHN qui recherchent un emploi, le bénéfice d’une convention d’insertion professionnelle (CIP) n’est pas systématique. La CIP est un contrat annuel passé entre une entreprise privée ou publique et l’État par lequel l’employeur s’engage à prendre en compte la pratique sportive de haut niveau de son employé (CDI à temps plein) en le libérant lors des épreuves et stages définis par le directeur technique national (DTN) de la fédération. En contrepartie, l’État dédommage financièrement l’entreprise des efforts qu’elle consent à faire. À l’heure actuelle, seulement 750 SHN bénéficient d’une CIP.
“Certains sportifs demandeurs d’emploi ne réclament pas leur droit, car cela leur prend beaucoup trop de temps, considère Virginie Merckel. En outre, les modalités de suivi à Pôle emploi sont difficiles et c’est la raison pour laquelle nous les accompagnons dans cette démarche (bilan de compétences, etc.). Le conseiller Pôle emploi peut être perdu devant le profil des sportifs. Il n’y a pas d’emplois aménagés pour ces derniers. Le système est peu adapté à la réalité de leur pratique sportive.”

Un référentiel de compétences acquises

L’Insep a donc pris l’initiative d’élaborer un référentiel de compétences acquises par les SHN dans la pratique de leurs activités sportives. Il s’agit d’un outil d’accompagnement et d’aide à la décision, au service de l’élaboration des projets professionnels. De plus, chaque année, l’établissement organise le “Carrefour de la performance”, rendez-vous des managers d’entreprise et des sportifs de haut niveau. Pour les sportifs, il s’agit de rencontrer des entreprises pour trouver un emploi ou un stage, découvrir les métiers qui recrutent et les formations qui y conduisent, et développer leurs réseaux professionnels.

Quand un club est adossé à une entreprise

À Montpellier, le club de football professionnel, champion de France en titre, est présidé par Louis Nicollin, par ailleurs dirigeant du groupe Nicollin, ensemble d’entreprises de nettoyage urbain. Patricia Jarlot, responsable formation du groupe, explique qu’au centre de formation montpelliérain du club de football, “les jeunes préparent au minimum un bac, un bac professionnel ou technologique”. Elle ajoute  : “Cet accompagnement est réalisé par le club, mais aussi par l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) qui est fortement impliquée dans la reconversion des joueurs. Notre structure a été créée en interne voici sept ans (de la seconde au bac), ce qui a nécessité un investissement coûteux. Tous les cursus sont représentés avec des effectifs réduits et des enseignants qui ont reçu l’agrément du Rectorat.” Deux enseignants référents accompagnent les sportifs. “Ils sont en capacité de repérer les difficultés rencontrées par les jeunes et d’échanger avec les éducateurs sportifs.”
Seul bémol, pour Patricia Jarlot, “la notion de formation dans un club n’est pas entrée dans les mœurs, car elle est entendue au sens de formation de champions”. Sans oublier l’absence de connaissance des différents dispositifs de formation.

Les valeurs du rugby sont recherchées
De nombreuses entités tentent d’établir des ponts entre le monde sportif et celui de l’entreprise. Renault a lancé en 2011, avec Provale (Union des joueurs de rugby professionnels), un programme proposant un parcours professionnel à d’anciens joueurs professionnels. Un type d’initiative d’autant plus fréquent que les valeurs du monde sportif (combativité, goût de l’effort, etc.) sont fortement valorisées dans le monde de l’entreprise.
“Malgré un nombre sans cesse croissant de joueurs faisant appel chaque saison aux services de l’Agence XV [1], ils sont encore nombreux à se poser la question de ce que sera leur après-rugby. Aujourd’hui, les joueurs n’ont pas le temps de penser à l’après-sport et leur niveau de diplôme est en baisse”, nuance Cyril Vancheri, directeur de l’Agence XV et membre du comité directeur de Provale. “Le parcours professionnel d’un joueur de rugby est à durée très déterminée et reste donc très précaire. Il doit donc être appréhendé en tant que tel. 350 joueurs sortent du circuit chaque année.”

Un “diagnostic de transition professionnelle”

À ce jour, les joueurs cotisent mais n’ont accès au plan de formation qu’avec l’autorisation des clubs employeurs. Il existe un mécanisme de substitution mis en place par la Ligue nationale de rugby, qui est la commission d’aide à la reconversion. Ce fonds, qui octroie chaque saison 250 000 à 300 000 euros, permet de cofinancer les formations des joueurs. Cyril Vancheri a par ailleurs annoncé “la mise en place d’un diagnostic de transition professionnelle (DTP) systématisé et obligatoire vers 28 ou 30 ans”. Mais “la question est de savoir ce qu’on est prêt à donner à un joueur à la suite de sa carrière, d’autant plus qu’il ne sait pas ce qu’il veut ou peut faire après”. En outre, Provale a entamé récemment des discussions avec la Fédération nationale des syndicats sportifs (Fnass) et le Syndicat des syndicats de clubs (Cosmos) sur la question des fonds de formation. Concernant le rugby, Provale entend aborder le sujet avec l’Union des clubs de rugby professionnels afin de mieux sécuriser les fonds en direction des joueurs.

Témoignages de sportifs : du drame à la réussite

Julien Sola, ex-footballeur professionnel d’Angers SCO, s’est blessé au genou en 2008, pendant l’intersaison et après une année prometteuse à Angers en ligue 2. Sa carrière de footballeur avait commencé à l’âge de 13 ans à l’école de football de Toulouse. Parmi les 20 joueurs de sa promotion, lui et deux autres coéquipiers étaient les seuls à avoir signé un contrat de joueur professionnel. Il faisait également partie des quatre inscrits au bac alors que les autres joueurs s’étaient positionnés sur des BEP. “Ma formation sportive a été menée conjointement avec des études, jusqu’au bac. Tout a été fait pour sauver mon genou (plus de cartilage dans l’articulation) et cela a duré deux ans. Mais en vain. J’ai donc mis fin à ma carrière de footballeur, explique Julien Sola. J’ai choisi de suivre une formation bac + 2 finance, dans le cadre d’une validation des acquis de l’expérience. J’ai opté pour cette voie sans me poser de question. Il faut dire que j’étais familier des placements financiers réalisés au cours de ma carrière.” Julien Sola a bénéficié, dans cette reconversion, du soutien d’Opcalia et d’un accompagnement de l’Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP) via “une souscription qui m’a aidé à sécuriser mon parcours sur le plan financier”. L’ex-footballeur a tenu à préciser qu’une “large majorité de joueurs n’ont pas eu la même chance”.

Sophie Domenech-Vindex, aujourd’hui consultante à l’Apec et
ex-membre de l’équipe de France d’athlétisme (400 mètres), avait passé un contrat moral avec ses parents pour se lancer dans une carrière sportive : “Pour eux, j’ai fait des études littéraires tout en
m’entraînant. En tant que sportif de haut niveau, on vit dans l’instant présent et on ne s’occupe pas de l’avenir.”
Elle participe ainsi,
entre 1992 et 2000, aux Jeux olympiques de Barcelone, d’Atlanta,
et de Sydney. “Notre vie tourne autour des préparations sportives et de l’accomplissement de performances. De temps en temps, je réalisais des traductions en allemand pour le secteur automobile.
Après Sydney en 2000, quand tout s’est arrêté, je me suis retrouvée chargée d’études marketing dans un bureau pendant un an. J’ai alors vécu un drame et je pleurais tous les soirs. Ce qui est important est d’être accompagné pour faire le deuil de sa carrière sportive et dépasser ce stade pour rebondir. J’ai réalisé ensuite un bilan de compétences et il s’est avéré que j’avais des qualités pour les relations humaines. J’ai donc fait un master RH (bac + 5) pour ensuite intégrer l’Apec.”

par Philippe Grandin, Centre Inffo, 2013

[1L’Agence XV est une association loi 1901 née en février 2004 de la volonté de la Fédération française de rugby, de la Ligue nationale de rugby et de Provale, de mettre en place une structure d’aide à la formation et à la reconversion des joueurs évoluant ou ayant évolué dans les clubs du Top 14 et de la Pro D2.

Partager ce contenu

© 2017 - Centre Inffo / Onisep - Voir le courriel
Charte rédactionnelle - Mentions légales - Désabonnement