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Reconnaissance en vue pour la “socio-coiffure”

Par Centre Inffo

Comme d’autres professionnels, les coiffeurs peuvent être confrontés à des personnes fragilisées par la maladie, la vieillesse, l’accident, la détention... La formation de socio-coiffeur prépare à “l’approche psychologique de la personne souffrante”, afin de lui apporter un “soin
technique compétent”
. Portrait d’un métier de seconde partie de carrière.

Dans le sillage de la “socio-esthétique” apparue voici
trente ans, Marie-Pierre
Darthayette, directrice d’un
organisme privé de formation
continue, propose depuis 2011
une formation à la “socio-coiffure”.
Objectif ? “Professionnaliser les coiffeurs
au besoin spécifique de la personne fragilisée,
par l’apport d’une relation d’aide
adaptée et d’un soin technique compétent
et respectueux des règles de déontologie.”

Alors que six sessions ont déjà accueilli
quelque 32 coiffeurs professionnels
issus de toute la France venus se former
sur le site d’Anglet-Biarritz, dans
les Pyrénées-Atlantiques, le développement
futur paraît désormais conditionné
à l’inscription du titre au Répertoire
national des certifications professionnelles
(RNCP).

Une éthique et des savoirs particuliers

“La coiffure, c’est le paraître, la socio-coiffure,
c’est l’être : on oublie les diktats de la
mode, il faut vraiment être à l’écoute de
la personne et, surtout, dans l’accompagnement”
,
témoigne Véronique Gibault,
socio-coiffeuse installée en Île-de-
France. Professionnelle de la prothèse
capillaire depuis dix-neuf ans à son
entrée en formation, elle explique pourquoi
elle a néanmoins souhaité suivre la
formation : “J’en ai eu envie parce que
parfois, malgré l’expérience, on peut se
sentir maladroite et même faire des dégâts
par ignorance. Quand on arrive dans des
milieux comme les centres de soins, les
hôpitaux, la psychiatrie, etc., on a besoin
d’une éthique et de savoirs particuliers.
L’hygiène, je connais, l’hygiène hospitalière,
c’est différent. On ne travaille pas
avec un enfant autiste comme avec une
personne lambda. C’est pour cela qu’il faut
vraiment une formation”
, estime-t-elle.

“Une prise en charge à la fois médicale et sociale”

Cadre animateur en maison de retraite,
Jean-Marie Jouhaud confirme : “Dans
un pays où le « prendre soin » est hyper
médicalisé et pas assez social, l’apparition
de ce nouveau métier est un véritable enjeu.
Socio-coiffeur, c’est un métier thérapeutique
qui participe d’une prise en charge globale
à la fois médicale et sociale. Mais attention,
prévient-il, j’ai rencontré des coiffeurs qui
n’étaient pas formés et il y avait parfois des
clivages avec les autres intervenants, par
manque de collaboration.
” Et d’insister :
“Les bonnes intentions ne font pas forcément
les bons accompagnements, la socio-coiffure
ne peut réussir que si elle s’intègre
au fonctionnement des équipes soignantes,
cela ne sera pas simple mais, comme pour
la socio-esthétique, cela passera par des
personnes qualifiées qui auront de bonnes
bases pour exercer leur métier.”

Une nécessaire professionnalisation

C’est justement en repérant ce besoin de
formation que Marie-Pierre Darthayette
a décidé de se lancer. “Je m’étais rendu
compte que beaucoup de coiffeurs se dirigeaient
vers la prothèse capillaire pour
travailler en oncologie, sans y avoir été ni
préparés ni formés, puisqu’il suffit juste de
demander un numéro d’agrément à l’Institut
national du cancer pour pouvoir intervenir,
sans même devoir justifier d’une
formation initiale en coiffure”
, explique-t-
elle. Les domaines de formation lui
apparaissant multiples − environnement,
hygiène hospitalière, pathologies,
travail en équipe, etc. −, elle décide
alors de s’appuyer sur sa connaissance
de la socio-esthétique, créée au Centre
hospitalier universitaire de Tours, pour
réfléchir au lancement de la sociocoiffure.
Un comité de pilotage réunissant
des professionnels du monde
médical et de la coiffure est monté, un
référentiel de compétences rédigé et la
formation ouvre en 2011.

Une nouvelle manière de travailler

Accessible aux coiffeurs titulaires a minima
du CAP, sans dérogation possible,
le cursus propose une formation de
240 heures sur six mois à raison d’une
semaine par mois. “Tous les coiffeurs ne
sont pas concernés, ce n’est pas une formation
complémentaire, mais un nouveau
métier et une nouvelle manière de travailler”
,
insiste Marie-Pierre Darthayette.
Aujourd’hui convaincue que la sociocoiffure
ne s’adresse pas aux jeunes en
formation initiale, qu’elle estime plutôt
attirés par l’univers de la beauté, la
fondatrice de la Soco Academy dresse
le portrait d’un métier de seconde partie
de carrière. Âgée en moyenne de 35
à 40 ans, la cible type bénéficie déjà
d’une solide expérience professionnelle
dans la prothèse capillaire et cherche
un second souffle dans un supplément
de sens. Autre intérêt, parce que les
méthodes diffèrent de la coiffure classique,
la filière est également ouverte
aux professionnels victimes d’allergies
ou de troubles musculo-squelettiques.
Concrètement, les six modules
de la formation ne reviennent
pas sur les techniques de coiffure,
mais se concentrent sur
les spécificités de l’intervention
auprès de publics fragilisés par
l’âge, la maladie ou une rupture
sociale. Les quatre premiers
préparent le futur professionnel
à intégrer les différents milieux
possibles, les deux derniers lui
permettent de sécuriser son
activité économique.

L’indispensable légitimité d’un titre reconnu

Promise à un bel avenir dans un
pays vieillissant qui, à l’instar
du Plan cancer, dit vouloir promouvoir
les soins de support, la socio-coiffure
n’en est pas moins en quête de
la légitimité que lui accorderait un titre
inscrit au RNCP. L’intérêt d’obtenir un
tel enregistrement ? Reconnaissance et
sécurisation du parcours côté bénéficiaire,
légitimité et lisibilité accrue pour
l’organisme de formation. Véritable clé
d’entrée dans les hôpitaux et les maisons
de retraite, la détention d’un titre
reconnu devrait ouvrir bien des portes.
Des exemples ? La signature d’un contrat
de prestation, synonyme de sécurisation
pour les intervenants et garant de la
continuité de service pour l’ensemble
des acteurs, devrait s’en trouver grandement
facilitée. Autre bénéfice attendu :
le déblocage de certaines enveloppes, à
commencer par celles ouvrant droit à
des financements régionaux pour les demandeurs
d’emploi. Enfin, le déficit de
communication qui pèse aujourd’hui
sur le métier de socio-coiffeur est réel.
Nous avons vérifié, le titre est bel et
bien absent des principaux moteurs de
recherche publics, qu’il s’agisse du moteur
régional aquitain Cap métiers, du
moteur national Orientation pour tous
ou même de la base Certif Info pilotée
par les Carif-Oref.

Entre suspicion et “amabilité”

Qu’il s’agisse de la branche, des relais
professionnels d’information et d’orientation
ou des financeurs, Marie-Pierre
Darthayette voit encore aujourd’hui
le peu de considération accordé à un
titre délivré en son nom propre par un
centre de formation privé : entre suspicion
“qui nous prouve que vous n’êtes
pas une secte ?”
− et amabilité − “nous
ne sommes pas là pour faire votre service
commercial”
−, l’initiatrice de la socio-coiffure
n’est pas loin de s’estimer
heureuse lorsque son interlocuteur se
contente d’expliquer son incapacité
à apporter un quelconque soutien en
l’absence de certification reconnue par
l’État.

La volonté de franchir les obstacles

Le dossier, déposé à Bordeaux en mai
2013, a pourtant bien été étudié par
l’instructeur régional et transmis à
Paris en décembre 2013. Mais alors
que Marie-Pierre Darthayette espérait
grandement dans la session du mois de
juin, elle a finalement reçu une décision
d’ajournement, “avec recommandation
de préciser le champ global du contexte
d’intervention et de renseigner sur le site
de la CNCP la fiche répertoire, mal saisie”
.
Pas de raison, cependant, que la
certification ne soit pas délivrée lors de
la session d’octobre 2014, dans la mesure
où les objectifs de la socio-coiffure
correspondent en tous points à ceux de
la socio-esthétique, qui bénéficie, elle,
d’une inscription au RNCP pour deux
titres délivrés par des écoles privées, l’un
depuis 2007, l’autre depuis 2010.
Dans l’attente, on peut toujours s’en
remettre à Google pour obtenir, en premier
résultat d’une requête sur la socio-coiffure,
l’adresse du site éponyme :
http://socio-coiffure.fr. Quant à Marie-
Pierre Darthayette, elle envisage d’ores
et déjà de nouvelles implantations sur
Paris et Lyon.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

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