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Rebondir avec l’École de la deuxième chance de l’Isère

L’idée va bientôt fêter ses vingt ans, puisqu’elle émane d’un livre blanc (“Enseigner et apprendre : vers la société cognitive”) proposé par Édith Cresson et adopté par la Commission européenne en 1995. Les Écoles de la deuxième chance (É2C) accueillent des adultes − sortis depuis au moins deux ans du système scolaire − sans diplôme ni qualification et qui ont décidé de “retourner à l’école”.

« Au bout de chaque rue, une montagne... », disait Stendhal de sa ville natale. Un coup d’œil au sud-ouest : le Vercors. Au nord : la Chartreuse. À l’est : la chaîne de Belledonne. Pas de doute, vous êtes bien à Grenoble, capitale des Alpes. Soyons francs, il convient tout de même de hisser un peu le regard au-delà des tours environnantes pour profiter du panorama. Nous sommes le 20 mars, à deux pas du village olympique traversé ce même jour par Manuel Valls, venu soutenir Jérôme Safar, candidat alors investi par le PS. À deux pas aussi de la Villeneuve, quartier dont les habitants ont, c’est une première, porté plainte contre France 2 à la suite de la diffusion d’un reportage jugé stigmatisant [1]. Entre les deux, le 8, rue Aimé Pupin, le père des maquis du Vercors, accueille depuis octobre 2012 le site grenoblois de l’École de la deuxième Chance de l’Isère. Tout comme les sites de Voiron et de Vienne, l’école de Grenoble salue l’arrivée du printemps par une journée portes ouvertes.

De l’École de la deuxième Chance à l’École 2.0

Mitoyen de l’Institut des métiers et des techniques, véritable campus de l’alternance installé sur plus de 36000 m², l’E2C bénéficie d’un environnement des plus favorables. Croisé en coup de vent alors qu’il s’apprête à rejoindre le site de Vienne, Dominique Jannot, le directeur, souligne sa chance : avoir pu travailler à la conception même du site aux côtés des architectes. Pour Madjid Boubaaya, directeur adjoint en charge des relations partenaires, le bénéfice est évident : « Cela nous a permis d’avoir des locaux adaptés et véritablement pensés pour l’Ecole de la deuxième chance ». Avantage : une organisation spatiale qui s’affranchit totalement des codes du système scolaire traditionnel. Dès les portes franchies, l’aménagement même des lieux vient prouver aux jeunes que le processus d’inclusion a commencé : plutôt que de séparer les espaces de formation des espaces administratifs et d’ainsi cloisonner les rôles, le site alterne lieux pédagogiques, espaces de vie collective et bureaux vitrés. L’ambiance le prouve, les jeunes ne s’en portent que mieux. Ils sont peut-être des hôtes temporaires, mais on les sent chez eux, acteurs et responsables. Fortuitement, la configuration du lieu évoque davantage l’entreprise 2.0 que l’école de la première chance... « Tout est important », insiste Madjid Boubaaya. Les voici non plus à côté, mais aux côtés de ceux qui les accompagnent.

Pédagogie individualisée

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Madjid Boubaaya (DR)

Avec 180 stagiaires accueillis chaque année, le site de Grenoble demeure à ce jour le navire amiral de l’E2C Isère qui accueille également 50 jeunes à Voiron et 55 à Vienne. Ici comme ailleurs, les jeunes sont arrivés sur la base du volontariat, intégrés par groupe de 15 maximum pour satisfaire aux exigences de la pédagogie individualisée. Si 50 % des jeunes sont inscrits aux réunions d’information par l’intermédiaire direct de leurs Missions locales, d’autres s’engagent de leur propre initiative. Cahier des charges oblige, tous ont en commun d’avoir quitté l’école depuis au moins un an et d’être sans diplôme ni qualification ni emploi. Pour ceux qui maintiennent leur intérêt pour le dispositif à l’issue de la réunion d’information collective, suit un entretien individuel de motivation assuré par le directeur adjoint. Quinze à vingt minutes essentielles pour lui permettre d’écouter le jeune exposer sa situation, ses souhaits et ses idées. Objectif : évaluer la capacité du candidat à suivre une formation à temps plein et à s’investir de manière autonome dans les démarches qu’il aura à accomplir pour la construction et la validation de son projet professionnel. « Nous ne sommes pas un organisme de placement et il est important que le jeune soit en capacité d’argumenter son envie », insiste Madjid Boubaaya. Quel que soit l’issue, une réponse écrite est adressée au candidat et à son conseiller [2], avec un délai moyen de trois mois avant l’entrée en formation. « Un bon délai », estime-t-il en réfutant toute notion d’extrême urgence : « Cela permet tout autant de mûrir le projet que de continuer à effectuer des actions de type stage d’expérience professionnelle ou atelier de technique de recherche d’emploi. »

Des liens forts avec l’entreprise

Si près des deux tiers des candidats accèderont finalement à l’un des sites de l’E2C Isère, 49 % d’entre eux ont connu en 2013 ce qu’il est convenu d’appeler une « sortie positive », avec une entrée en formation qualifiante ou un accès direct à l’emploi. Partenaire de près de 800 entreprises, l’E2C Isère entend renforcer sa présence dans des secteurs porteurs comme l’hôtellerie-restauration, l’industrie et le BTP. En déficit d’image auprès de certains jeunes, ces secteurs présentent cependant un réel intérêt en termes de parcours et connaissent une véritable implantation locale. Exemple avec l’entreprise Calor, dont les jeunes ont pu découvrir l’étendue des métiers à travers ses différents sites. Entre l’usine de Saint-Jean-de-Bournay où l’on produit le plastique et le site de Pont-Évêque où l’on fabrique les fers à repasser, aspirateurs et autres tondeuses à cheveux, c’est toute une chaîne industrielle qui est présente en Rhône-Alpes, se félicite Madjid Boubaaya. En partance pour le site de Voiron, le directeur adjoint cède la place à Magali Mangione, responsable de l’équipe du site de Grenoble et référente parcours de formation et insertion professionnelle. L’occasion d’en savoir plus sur le déroulé d’un parcours en Ecole de la 2ème chance.

Un parcours encadré

Accompagné en interne par une équipe de formateurs, de référents et d’animateurs, chaque jeune bénéficie également d’un tuteur en entreprise lorsqu’il se trouve mobilisé à l’extérieur pour un stage d’expérience professionnelle. Une fois admis à l’E2C, le jeune devient stagiaire de la formation professionnelle, d’abord pour une période d’essai de cinq semaines. Non rémunérée, cette séquence permet à la fois de positionner le jeune en termes de savoirs de base et de savoir-être, mais aussi d’effectuer un premier stage en entreprise. Suit le passage devant un jury composé du responsable de l’équipe de site, d’un représentant issu de l’entreprise et, originalité du dispositif, d’un représentant des stagiaires. Celui-ci, symbole de la responsabilisation du public de l’E2C, peut prétendre au statut dès deux mois d’ancienneté. Signataire d’un contrat de formation, le jeune, désormais confirmé dans son engagement, peut alors aborder la phase 2 consacrée à la détermination et à la construction du projet professionnel. Reste ensuite à confirmer ce projet par l’acquisition et l’évaluation des gestes professionnels, avant de pouvoir, phase ultime, procéder à l’élaboration du plan d’intégration. L’ensemble aura duré six à huit mois et, ainsi que l’exige la charte E2C, donne lieu à la remise d’une « attestation de compétences acquises » et d’un « portefeuille de compétences ». Durant son parcours, le stagiaire aura bénéficié de l’encadrement de formateurs et d’animateurs intervenant sur des actions transversales (sport, théâtre, sorties culturelles, etc.), le tout coordonné par un référent responsable projet personnalisé. Enfin, qu’il s’agisse d’une sortie en emploi direct, en alternance ou en formation qualifiante, l’E2C s’engage à assurer un suivi post-E2C pendant un an. Période qui, confie Magali Mangione, peut s’étendre bien au-delà en fonction des liens tissés avec le stagiaire et des besoins exprimés.

Rosalie Teihoarii, une Polynésienne à Grenoble
Arrivée en métropole depuis trois ans pour suivre son compagnon militaire, Rosalie Teihoarii, jeune Polynésienne de 22 ans, habite Grenoble depuis deux ans. Sans diplôme ni qualification après avoir quitté le système scolaire en seconde, elle a décidé de rejoindre l’École de la deuxième chance sur les conseils d’un ami. Si son compagnon ne souhaitait pas la voir intégrer l’école, pas plus qu’il ne souhaite qu’elle travaille, elle a tenu bon, motivée par son désir de rompre la solitude et d’avoir une activité. Sans réel projet à son arrivée, elle confesse avoir choisi son premier stage en raison de la proximité de son domicile et du commerce où elle a pu découvrir le métier d’employée de libre-service. Après avoir également testé les métiers d’hôtesse de caisse et d’hôtesse d’accueil, elle s’apprête, sur les conseils de son référent, à essayer celui de secrétaire médicale. Tombée enceinte à mi-parcours, Rosalie Teihoarii se prépare aujourd’hui à repousser son entrée dans le monde du travail, mais n’en demeure pas moins convaincue que son passage à l’École de la deuxième chance lui servira lors de son retour en Polynésie : « Je me suis remise à niveau dans les savoirs de base, j’ai acquis de l’expérience et, chez nous, quand tu dis que tu as fait des stages, c’est vraiment bien perçu », sourit-elle.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

À consulter :

  • Le site de l’École de la deuxième chance de l’Isère : www.e2c38.fr

[1Villeneuve, le rêve brisé, http://bit.ly/1fMjDAa

[2Mission locale, Pôle emploi, etc.

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