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Qui pilote l’orientation ?

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Robert Poisson (DR)

En plaçant l’orientation au cœur de son rapport consacré à la formation professionnelle [1], le sénateur Larcher a ravivé les questions relatives au rôle des Centres d’information et d’orientation (CIO) dans le déploiement du service public de l’orientation (SPO). Au-delà de la réaction de l’Association nationale des directeurs de CIO (ANDCIO) au rapport Larcher (voir notre article de une), nous avons demandé à son président, Robert Poisson, d’évoquer de façon plus générale le positionnement des CIO.

La FSU, qui représente une partie des conseillers d’orientation psychologues, se montre assez hostile au déploiement du service public de l’orientation tel que défini par la loi du 24 novembre 2009 [2]. L’ANDCIO partage-t-elle cette position ?
Robert Poisson - Nous n’avons pas les mêmes vues car nous sommes d’accord pour travailler sur les questions du SPO et de la labellisation. La structuration des réseaux autour de l’orientation ne nous pose pas de problème, alors que la FSU est beaucoup plus négative.

Diriez-vous que vous êtes favorable à la mise en place du SPO telle que définie dans la loi du 24 novembre 2009 pour peu que l’on s’éloigne de la notion de « lieu unique » ?
Robert Poisson - Absolument, il ne faut pas que l’on rentre dans la notion de lieu unique, au sens des « murs ». Pour nous, la structuration Cité des métiers revient à mettre en place une nouvelle structure qui représente essentiellement des murs puis, ensuite, de demander aux différents réseaux de venir faire des permanences. La grosse question qui se pose est que l’on ne respecte pas les différentes spécificités des réseaux.

C’est-à-dire ?
Robert Poisson - Si on regarde ce qu’est la charte Cité des métiers, on voit bien qu’elle est conçue de façon à ce que chaque acteur intervienne sans jamais faire référence à sa structure d’origine. Or, chaque structure d’origine a ses propres spécificités, à la fois en termes de métier mais également en termes de statut des personnels, qu’il s’agisse des personnels de l’Éducation nationale, des Missions locales, etc. Et ces statuts ne peuvent pas être remis en cause simplement parce que l’on définit un lieu unique où ces personnes doivent intervenir. Par ailleurs et sur la question de la spécificité des métiers, il faut que chaque structure puisse développer sa propre expertise, sur son secteur d’expertise. L’orientation n’est pas un fourre-tout où l’on peut mélanger. L’essentiel, pour nous, est que l’on puisse partager ces spécificités. C’est dans ce sens-là que nous ne sommes pas tout à fait sur la même position que la FSU : nous trouvons très intéressant que les réseaux se confrontent et puissent travailler ensemble à améliorer leurs propres caractéristiques, dans le cadre de la loi sur l’orientation tout au long de la vie.

Si l’on prend le cas de la Cité des métiers de Paris, le pôle Choisir son orientation est exclusivement animé par des conseillers d’orientation psychologues. En quoi leur participation les empêche-t-elle de développer leur expertise ?
Robert Poisson - De fait, lorsque localement, une Cité des métiers a été construite sous cette forme, cela ne les empêche pas. Il n’est pas question de remettre en cause la Cité des métiers de Paris, qui a été mise en œuvre sous une forme particulière et qui fonctionne. Mais lorsque vous vous baladez en France, vous allez trouver des territoires où les structurations des réseaux ne sont pas faites ainsi. Or, l’idée du rapport Larcher de mettre une Cité des métiers dans chaque région [3] revient à contraindre des partenaires, qui avaient déjà construit des réseaux et qui travaillent ensemble, à se mettre dans une structure qui ne convient pas au développement même de l’amélioration de ces réseaux.

Vous aviez plaidé pour que les CIO deviennent des « établissements publics » (voir notre article) lors de votre assemblée générale du 2 décembre dernier. Maintenez-vous cette demande ?
Robert Poisson - Nos raisons sont encore plus fortes compte tenu des diverses coordinations qui se mettent en place. Si je prends l’exemple de Nantes [4], l’une des grosses difficultés est de savoir qui est signataire du service public de l’orientation. Au nom des CIO, ce ne peut être que le recteur ; en ce qui concerne Pôle emploi, c’est une signature régionale ; pour les Missions locales, c’est pratiquement autant d’associations que de Missions locales, etc. Si nous sommes dans ce paysage où chaque structure possède sa propre organisation et où nous sommes juste « dépendants », nous n’avons strictement aucune possibilité de nous engager de façon particulière sur le terrain. L’intérêt de devenir un établissement public est de pouvoir prendre des décisions politiques et des décisions financières. (…) L’idée de l’établissement public, c’est de prendre l’orientation comme un sujet réel, au même titre que l’éducation. Or, l’orientation, sujet du siècle, n’a pas trouvé son autonomie réelle.

Le site de l’AND-CIO, www.andcio.org/

Propos recueillis par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2012

[1La formation professionnelle : clé pour l’emploi et la compétitivité ? Rapport au président de la République, 6 avril 2012.

[2Loi n° 2009-1437 du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et à la formation professionnelle tout au long de la vie - PDF - 500 ko

[3Proposition n° 6 - Installer au moins une Cité des métiers dans chaque région et lui confier l’animation des structures labellisées SPO dans le cadre d’un plan de développement signé entre le préfet, le recteur, le président du Conseil régional et les partenaires sociaux.

[4Président de l’ANDCIO, Robert Poisson est en poste sur l’académie de Nantes.

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