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Pour un plan de sécurisation de l’alternance à l’université

Par Centre Inffo

La réforme annoncée de l’apprentissage a notamment pour objet de recentrer ce mode de formation vers les moins qualifiés : des CAP en CFA, en somme. Mais déjà la résistance s’organise. L’enseignement supérieur entend faire valoir les avantages de l’alternance universitaire. Arguments.

À l’occasion de son discours de Blois du 4 mars dernier, François Hollande avait déploré que « près d’un tiers de la taxe d’apprentissage » soit consacrée au financement « de formations de haut niveau », au détriment des titres et diplômes infra-bac (CAP, brevets professionnels, etc.), vers lesquels la future réforme de la formation professionnelle, annoncée à l’occasion par le chef de l’État, devrait flécher un maximum des fonds de l’alternance. Avaient alors été évoqués, sans les nommer, ces « établissements très réputés » (de l’enseignement supérieur) « qui ne sont pas forcément ceux auxquels on pense quand on parle d’apprentissage », et à qui la réforme devrait « imposer de nouvelles règles ». En ligne de mire, les grandes écoles (HEC, notamment) bénéficiant d’une part des ressources issues de la taxe d’apprentissage (grâce, souvent, à la fidélité d’anciens élèves devenus dirigeants d’entreprise) sans les affecter à cet usage, mais pas seulement, puisque le monde universitaire s’est vu lui aussi, exhorté par le président à « accepter l’idée de l’apprentissage » en son sein.

Dans les amphis, l’exhortation a suscité quelques toussotements contrariés. Et pour cause, puisque le nombre d’apprentis inscrits à l’Université est passé, entre 2010 et 2011, de 24 000 à environ 30 500 (soit une croissance de 127 % en un an !), comme le souligne le rapport 2012 du département statistique du ministère de l’Éducation nationale (DEPP). Un chiffre certes encore marginal rapporté au 1,4 million d’étudiants recensés en France, mais qui dénote un réel attrait pour ce modèle de cursus.

« Plus pratique, moins académique »

« Contrairement aux idées reçues, l’alternance dans les Universités ne date pas de 2007 et de la loi LRU, même si cette dernière a permis son développement dans les établissements », explique Alain Gonzalez, vice-président de la Conférence des directeurs de service universitaire formation continue (CDSUFC) et directeur du service formation continue à l’Université Pierre-et-Marie-Curie (UMPC). « L’apprentissage représente un mode de formation plus pratique, moins académique, qui convient à un certain nombre d’étudiants qui, sans cela, n’auraient peut-être jamais passé le cap du DUT ou de la licence pro. »

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Annie Bellier (DR)

L’apprentissage universitaire, vecteur d’égalité des chances ? Pour Annie Bellier, maître de conférences et vice-présidente en charge des formations professionnelles et des relations avec les entreprises de l’Université Cergy-Pontoise (UCP), la réponse est oui. « Pour un établissement tel que le nôtre, l’alternance constitue un moteur d’ascension sociale pour des étudiants issus de la périphérie parisienne qui, de cette façon, accroissent leur chance d’accéder à l’emploi et de se constituer un réseau professionnel, même s’ils sont parfois issus de milieux sociaux peu favorisés. Par ailleurs, le fait de toucher un premier salaire durant leur cursus représente une alternative aux jobs étudiants qui, on le sait, sont des facteurs d’échec à l’Université. »

Tout un champ d’activité menacé

De fait, les récentes déclarations du chef de l’État sont de nature à susciter quelques inquiétudes au sein de l’UCP, établissement qui possède la particularité d’accueillir environ 1 300 apprentis, soit près de 10 % de l’effectif total. En effet, cette Université, via son association avec douze CFA franciliens, consacre annuellement 6,5 millions d’euros à l’apprentissage et multiplie les licences et masters accessibles par ce biais, non seulement dans les domaines scientifiques et techniques, mais aussi dans ceux des sciences sociales (tourisme, langues étrangères appliquées, etc.). « Or, le coût annuel d’un étudiant oscille chaque année entre 2 000 et 9 000 euros et notre portefeuille d’entreprises cotisantes, qui versent la taxe d’apprentissage, est constitué en majeure partie de PME dont les moyens ne sont pas extensibles… », souligne la vice-présidente de l’UCP.

Une crainte partagée par la Région Île-de-France, et notamment par Isabelle This Saint-Jean, sa vice-présidente en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, qui avait affirmé, lors d’une récente visite dans les locaux de l’établissement, que négliger l’apprentissage à l’Université « constituait une erreur ». Cependant, en dépit du soutien affiché, la règle régionale en matière d’attribution des marchés de la formation demeure, pour l’instant, celle des appels d’offres, « où seul le prix est pris en compte », même si, dans un avenir proche, l’examen du projet pédagogique pourrait intégrer les critères de sélection et permettre aux facultés de faire valoir leur savoir-faire en la matière.

Optimistes malgré tout

Pour sa part, Alain Gonzalez ne s’avoue pas inquiet quant au devenir de l’alternance à l’Université, même s’il reconnaît que le discours de François Hollande peut contribuer à infléchir la croissance du nombre d’inscrits. « Les établissements devront s’adapter à la réduction de certains financements publics, mais la réforme de la taxe d’apprentissage n’inversera pas la tendance », estime-t-il. Et la raison de son optimisme est avant tout sociologique : « De ce que l’on observe, le choix de l’alternance dans le supérieur est surtout le fait de classes moyennes défavorisées conscientes que ces cursus sont facteurs d’un accès à l’emploi bien plus efficace que dans une dynamique universitaire classique. »

Pas d’inquiétude majeure pour l’avenir de l’alternance à l’Université, donc, même si la CDSUFC affirme rester vigilante sur l’évolution de la réforme à venir. « Une solution pour ne pas freiner la croissance de l’alternance dans le supérieur pourrait venir d’un renforcement de l’affectation du quota versé en fonction du nombre de contrats d’apprentissages au détriment du hors-quota, que les établissements reçoivent au titre de leurs dépenses pédagogiques », suggère ainsi le vice-président de la Conférence.

La décentralisation, l’autre réforme

Néanmoins, l’acte III de la décentralisation promet un renforcement du poids des Conseils régionaux dans le domaine de la formation continue – y compris universitaire – et particulièrement de son financement, induisant un éventuel risque d’inégalités entre Régions « riches » et Régions « pauvres », ce que déplore Annie Bellier qui juge « anormale » l’inexistence d’une coordination nationale en matière d’optimisation des fonds. Pour Alain Gonzalez, la tendance des Universités à se rassembler, ces dernières années en grands pôles régionaux, tend à réduire cette source d’injustices territoriales. « L’Île-de-France compte dix-sept Universités. Rhône-Alpes, quatre. Mais au-delà, le modèle est plutôt celui d’un centre universitaire unique à l’échelle régionale, ce qui renforce les liens avec les pouvoirs publics locaux. Que les ressources de certaines Régions soient moindres que dans d’autres, c’est évident, mais la population étudiante et alternante y est également plus restreinte, ce qui compense l’infériorité des budgets. »

Des cursus e-learning pour élargir l’audience

À en croire l’Association national des apprentis de France (Anaf), l’alternance constitue « un atout pour la jeunesse, sa réussite scolaire et son implication dans le monde économique ». D’autant que selon les chiffres avancés, le taux de décrochage, dans l’enseignement supérieur, n’y serait que de 14 %, loin des 25 % de l’apprentissage en général. Des statistiques qui persuadent l’UCP de continuer à miser sur ce dispositif, par le biais, depuis quelques années, de cursus e-learning [1] afin d’élargir son recrutement estudiantin et alternant bien au-delà des frontières franciliennes. À l’heure actuelle, l’établissement compte d’ores et déjà 208 étudiants (tous cursus confondus) inscrits à ce titre (dont certains dans les départements d’outre-mer) et propose des certificats (le C2i [2], par exemple) accessibles par le biais d’un enseignement 100 % numérique.

Pour autant, les autorités de l’Université sont conscientes que c’est dans le monde réel, auprès des pouvoirs publics, que se jouera l’avenir de l’alternance à la fac. C’est pourquoi elles militent, auprès des élus régionaux, pour la mise en œuvre d’un « plan de sécurisation de l’apprentissage à l’Université ». Un plan qui, de l’aveu d’Annie Bellier, mettra probablement plusieurs années à se concrétiser, même si « pour l’heure, le Conseil régional s’est montré sensible à nos arguments. »

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2013

[1Le président de l’Université Cergy-Pontoise, François Germinet, dirige d’ailleurs la Commission numérique au sein de la Conférence des présidents d’Universités CPU).

[2Certificat informatique et internet.

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