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Pour que mobilité et apprentissage se conjuguent enfin

Par Centre Inffo

Considérés comme deux solutions-clés du problème du chômage des jeunes en Europe, apprentissage et mobilité font l’objet d’une politique européenne volontariste. Les obstacles sont encore nombreux, aussi bien chez les jeunes que dans le tissu économique et le secteur de la formation professionnelle.

Les chiffres le montrent : Erasmus+ ne rencontre pas le même succès auprès des apprentis que des étudiants, en particulier en longs séjours. Il existe des raisons intrinsèques à cette population très jeune qui prépare des certifications de niveaux IV ou V. Le degré de maturité, l’autonomie, la maitrise de langue... font que les établissements de formation préfèrent organiser des séjours en groupe et de courte durée, rarement plus de quatre semaines. Autre réalité, souligne Odile Quintin, présidente du Cercle Erasmus, « ils sont souvent issus des catégories socio-professionnelles les moins élevées et culturellement, moins enclins à bouger ». Enfin, les bourses versées aux jeunes en mobilité par le programme Erasmus sont conçues comme une contribution qu’il faut avoir les moyens de compléter.

Toutefois, les principaux obstacles à la mobilité des apprentis résident ailleurs. « Les employeurs n’apprécient pas beaucoup de "lâcher" leurs apprentis en cours de contrat, constate Christiane Desmontès, présidente de la Fédération des régions européennes pour la recherche, l’éducation et la formation (FREREF). Il y a un changement de mentalité à opérer mais surtout des verrous administratifs à lever pour faciliter ces allers-retours ».

Lever des verrous

La FREREF souhaite la création de plateformes régionales réunissant tous les acteurs de l’apprentissage et de la mobilité, capables de sensibiliser le tissu économique et de soutenir dans leur démarche les entreprises qui s’ouvrent à la mobilité. Elles seraient également un appui aux établissements de formation qui, de par leur petite taille et leur éparpillement sont rarement outillés pour créer, comme l’ont fait depuis longtemps les universités, les partenariats européens indispensables à la mobilité de leurs jeunes en formation.
« Comment faire en sorte que toutes les typologies de mobilité soient prises en compte, y compris des mobilités longues ? Une réflexion est en cours sur des curricula, comme dans l’enseignement supérieur, pour une reconnaissance par tous les acteurs de ces formations », indique Laure Coudret-Laut, directrice de l’agence Erasmus+ France éducation-formation.

Le système européen de "crédits"

La réussite d’Erasmus dans l’enseignement supérieur réside en effet dans l’instauration en 1989 du système européen de crédits ECTS, un système de reconnaissance mutuelle basé non pas sur le contenu mais le volume horaire des unités d’enseignement. Puis les universités ont adopté le découpage licence-master-doctorat. « Il fallait qu’il existe déjà une confiance a priori entre les acteurs pour qu’une telle harmonisation soit possible. Cette confiance existe depuis longtemps car le monde universitaire possède une forte culture de l’échange international construite peu à peu depuis le Moyen-âge, analyse Sébastien Thierry. On est loin de cela dans la formation professionnelle ».

En 2009, celle-ci s’est toutefois dotée d’un système équivalent, l’ECVET. Il ne s’appuie pas sur des volumes horaires, mais sur un cadre européen de certifications non contraignant que la plupart des états ont adopté. La France a revenu sont propre cadre à la lumière de ce support. « Ce système décrypte les acquis d’apprentissage, en termes de savoirs, d’aptitudes et de compétences nécessaires à l’obtention d’une certification donnée », explique Odile Quintin. Les contenus des formations ne sont donc pas ignorés, comme dans le système universitaire où cette fameuse « confiance a priori » entre les acteurs a permis de passer outre. Mais ce système permet malgré cela de ne pas butter sur la recherche complexe d’équivalences entre diplômes nationaux tout en démontrant qu’il existe de nombreux points communs dans les apprentissages. Pour autant, son appropriation complète par les acteurs économique et de formation réclamera encore du temps.

Pour la mobilité longue des apprentis

C’est dans ce contexte général et pour accélérer le mouvement, que le parlement européen a voté, en octobre 2015, le financement d’une expérimentation en faveur de la mobilité longue des apprentis. Une enveloppe de deux millions d’euros a été débloquée pour financer pendant deux ans, un large partenariat entre 36 centres de formation européens – dont 16 français. « Les établissements engagés doivent disposer d’un réseau d’entreprises susceptibles d’accueillir des apprentis étrangers, mettre en place des cours de langue renforcé, travailler ensemble les contenus de leurs formations, etc, résume Jean Arthuis, député français à l’origine du projet. C’est une démarche très pragmatique ». Cet « Erasmus des apprentis » s’appuie également sur l’expertise de son réseau pour réfléchir aux moyens de dé-serrer les freins de la mobilité longue avec, en ligne de mire, l’élaboration d’un statut européen des apprentis. Malgré un démarrage très difficile, la Commission européenne a été suffisamment convaincue par le projet pour décider en décembre de pérenniser ce dispositif. À l’issue de l’expérimentation, il passera donc sous la gestion des agences nationales Erasmus+.

par Marion Esquerré, Centre Inffo, 2017

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