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Philippe Bernier, manager commercial et formateur-consultant

Par Centre Inffo

“Les formateurs-consultants, armée de réserve de la formation professionnelle ?”, interrogeait l’un de nos récents dossiers [1]. Huit pages à la tonalité sombre qui déclinaient un inventaire à la Prévert du travailleur flexible passé entre les mailles de la sécurisation : précarité, variable d’ajustement, isolement, subordination, sous traitance, etc., les termes employés renvoyaient tellement au lexique du soutier que l’on finissait par se demander pourquoi diable y aller !

Éléments de réponse avec Philippe Bernier, 53 ans, charismatique manager commercial, devenu formateur-consultant indépendant en seconde partie de carrière.

Manager commercial

L’homme a beau tout juste sortir d’un licenciement, passion et enthousiasme dominent pour évoquer une carrière qui relève de l’épopée. Ne manque pas même l’anecdote fondatrice pour rappeler avec humour que le parcours vient de loin : à sept ans et demi, il se
découvre fasciné par les livreurs venus installer la chaîne hi-fi familiale : “Ce jour là, j’ai su que je serai vendeur de chaîne hi-fi et le premier métier que j’ai fait, c’est vendeur de chaîne hi-fi.” Et de se délecter : “Je suis rentré dans le groupe où ces gens travaillaient et je les ai mis à la retraite.”

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Philippe Bernier (DR)

Le propos dépasse l’anecdote, tant il témoigne d’un fil conducteur : Philippe Bernier aime encadrer, accompagner et transmettre, jusqu’à préciser dans son CV ce que sont devenus ses anciens employés ! Un brin paternaliste, il assume et s’amuse du surnom dont l’avait affublé ses vendeurs, Darth Vador, référence juvénile au Père Tout-Puissant.
Tour à tour vendeur, chef de rayon et directeur de magasin à 29 ans, “le plus jeune de France”, il connaît une première partie de carrière fulgurante jusqu’à ce que les perspectives s’amenuisent devant les difficultés économiques. Motivé par le challenge, il rejoint alors le groupe Casino avec l’objectif de couler la concurrence en matière de micro informatique, téléphonie et jeux vidéo. Créateur et directeur de l’enseigne de Rouen, l’aventure tient le temps que le PDG soit remercié et les onze directeurs de magasins licenciés dans le même mois pour faute lourde. “Une méthode de voyous qui permet d’effrayer le personnel et d’éviter les vols en période de fermeture”, commente-t-il sans plus s’attarder.

Rebondissant à Chartres pour, croit-il, s’occuper des achats d’une enseigne nationale de téléphonie mobile, il se retrouve finalement directeur d’un centre de sécurité. Trois mois et demi lui suffiront pour s’enrichir d’une maxime qu’il utilise encore aujourd’hui en formation : “Ne faites jamais un truc que vous n’aimez pas, vous n’y arriverez pas…” Positif dans l’âme, il s’en remet à son ancien patron qui lui conseille de se lancer. Ce qu’il fera en suivant d’autres conseils, cette fois-ci prodigués par son cousin : “Tu as passé ta vie à prendre des gens et à les monter en compétence, c’est quoi, sinon, de la formation ? Rejoins-nous, on va te donner des outils et te montrer comment faire.” Alors ? “C’était parti et ça s’est passé comme si ça avait toujours été mon métier !”

Formateur-consultant

Rapidement installé en tant que formateur consultant indépendant, Philippe Bernier décrit deux métiers “à part mais complémentaires. Il faut faire un mix : dans un cas, c’est de l’expertise vendue cher, dans l’autre, c’est ce qui permet d’avoir un fonds de roulement et de
manger tous les jours…”
. À l’aise et passionné par les deux dimensions, notre formateur consultant ne serait pas loin d’avoir décroché le Graal de la reconversion, n’était le statut d’indépendant. Recalé par les services achat pour sa fragilité financière et son absence de plan B en cas d’empêchement, le travailleur isolé n’a guère d’autre solution que de répondre gratuitement aux appels d’offres pour le compte des grands groupes de formation.

Que reste-t- il de l’indépendance ? Des charges d’autant plus élevées que les frais sont intégrés à la rémunération, une retraite jugée catastrophique, l’absence de protection contre le chômage, des avantages sociaux (congés, RTT, treizième mois, etc.) inexistants. Soit une précarité économique que ne vient pas même tempérer la liberté de choisir ses horaires : “Le secteur d’un indépendant, c’est la France, explique-t-il : neuf fois sur dix, vous roulez tous les dimanches pour être en forme à la session du lundi. De retour chez vous à minuit en fin de semaine, vous avez dépensé une énergie qui vous laisse sans ressources.”

Un temps salarié dans un grand groupe de formation, Philippe Bernier est aujourd’hui à nouveau sur les routes en tant qu’indépendant. Et s’il aime toujours autant son métier, il ne vous en retourne pas moins votre question : “À 53 ans, vous faites quoi ? Est-ce que j’ai vraiment encore l’âge de faire le clown 60 000 km par an ? Je ne veux pas être fonctionnaire, mais aujourd’hui, la sécurité, c’est d’être employé en tant que cadre dans une grosse boîte de formation.”
Et de conclure : “À la pige, ça va cinq minutes !”

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

1980
BTS Force de vente (stagiaire de la formation professionnelle continue)

2012
Anglais (80 heures de DIF)

[1L’Inffo n° 828, 16 au 28 février 2013.

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