Abonnez-vous

Votre adresse courriel :

 

Mots-clés

Rechercher par mots-clés

Archives

Toutes les archives
Accueil > Passerelles

Passerelles

Questions à... Antoine Dulin, vice-président du Conseil économique, social et environnemental, Groupe des mouvements de jeunesse

Antoine Dulin a remis ce printemps au gouvernement un rapport au titre éloquent, “Arrêtons de les mettre dans des cases ! pour un choc de simplification en faveur de la jeunesse”. Il propose des solutions innovantes en matière d’orientation et de formation afin de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes

Vous vous intéressez depuis longtemps à la question de l’insertion des jeunes dans le monde du travail. Les politiques publiques vis-à-vis de la jeunesse sont-elles à la hauteur des enjeux ?
Il y a en France un impensé de la jeunesse. Les politiques publiques réfléchissent à l’éducation, au travail, aux retraites, mais elles ont du mal à penser le moment de la jeunesse. Le ministère de la Jeunesse est aussi celui des Sports. Quand on pense aux jeunes, on pense aux loisirs… Mais nous ne sommes plus dans les années 1980, où l’accès à l’emploi était relativement facile ! Aujourd’hui, les jeunes sortent en moyenne du système éducatif à 20 ans et obtiennent un emploi stable à 27. Un sur cinq vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est la population la plus pauvre ! Il est temps de réfléchir à la façon dont la collectivité pourrait accompagner cette période d’acquisition de l’autonomie.

D’autant qu’il existe une forte demande de la part des jeunes…
Oui, 85 % des jeunes expriment un besoin d’aide accru de la part des pouvoirs publics. Dans le même temps, la méfiance vis-à-vis des institutions est forte. 48 % des 18-29 ans ne font pas confiance aux administrations et 18 % d’entre eux ne font pas valoir leurs droits. Il y a chez les jeunes – aussi bien chez les décrocheurs, ceux qui sortent du système scolaire, que chez les jeunes diplômés – une perte de confiance dans la collectivité, dans l’État et dans la solidarité intergénérationnelle qui fragilise le pacte social.

Comment favoriser l’insertion professionnelle ?
Il faudrait prendre à bras-le-corps la question de l’orientation. Trop de jeunes subissent leur orientation. Ils doivent faire en troisième un choix professionnel alors qu’ils ne connaissent rien au monde du travail et ils n’ont pas le droit à l’erreur, puisque les passerelles d’une formation à l’autre sont quasiment inexistantes. Nous ne savons pas encore comment le Parcours Avenir [voir encadré] sera mis en œuvre concrètement.
Quoiqu’il en soit, il faut s’orienter vers un accompagnement personnalisé des collégiens, notamment lorsque l’environnement familial est fragile et ne dispose pas de réseau professionnel. Les établissements pourraient aussi développer le “tourisme” professionnel pour faire découvrir le monde du travail. À terme, il faudrait même remettre en question l’âge de la fin de la scolarité obligatoire. Pour ma part, je pense que 18 ans serait mieux que 16, si l’on développait l’accès à toutes sortes de formations : l’apprentissage, bien sûr, mais aussi les Écoles de production qui permettent d’apprendre en produisant.

Vous souhaitez sécuriser davantage les parcours de formation des jeunes…
Il faudrait adapter le CPA (compte personnel d’activité) aux problématiques des jeunes en le dotant, lorsqu’ils atteignent l’âge de 18 ans, de cinq ans de capital formation. Cela permettrait aux jeunes, notamment à ceux qui commencent à travailler tôt, d’avoir des parcours plus évolutifs avec des allers-retours entre emploi et formation. Ils pourraient ainsi augmenter leur niveau de qualification ou, éventuellement, vivre d’autres expériences en s’engageant, par exemple, dans un service civique. Cela permettrait de casser la logique actuelle de l’emploi qui se focalise sur la formation initiale et de faire évoluer notre modèle social.

Comment aider plus efficacement la jeunesse ?
Au niveau gouvernemental, il faudrait avoir une approche interministérielle de la jeunesse. Cela permettrait d’aborder de façon cohérente ce qui la concerne : le travail, l’aide sociale, la santé, etc. Même chose au niveau des Régions, qui devraient définir des “plans jeunesse” transversaux. Mais c’est à elles de choisir la meilleure façon d’assurer une bonne coordination des actions qu’elles entreprennent en faveur de la jeunesse et de définir s’il est préférable qu’elles soient proposées au niveau des départements, des métropoles, des bassins d’emploi… L’important est de faire en sorte que les jeunes comprennent bien qui fait quoi et qu’il y ait entre les acteurs une véritable dynamique et non une concurrence, comme cela arrive parfois.

propos recueillis par Mireille Broussous, publié dans le n ° 928 d’Inffo Formation, daté 15 au 30 septembre 2017

Le Parcours Avenir
Le parcours individuel d’information, d’orientation et de découverte du monde économique et professionnel, ou Parcours Avenir, a été créé par la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école du 8 juillet 2013. Il prévoit de permettre à chaque jeune, du collège au lycée, d’“acquérir les clés de compréhension du monde professionnel pour développer son autonomie et construire son projet d’orientation scolaire et professionnelle”. En classe de troisième, de première et de terminale, et en première année des sections professionnelles, l’élève doit bénéficier d’un entretien personnalisé d’orientation. Pour les enseignants concernés, des fiches pédagogiques et des grilles de positionnement ont été réalisées.

Partager ce contenu

© 2017 - Centre Inffo / Onisep - Voir le courriel
Charte rédactionnelle - Mentions légales - Désabonnement