Abonnez-vous

Votre adresse courriel :

 

Mots-clés

Rechercher par mots-clés

Archives

Toutes les archives
Accueil > Nicolas Ehrhart, artisan vélociste

Nicolas Ehrhart, artisan vélociste

Par Centre Inffo

Les stabilisateurs sont encore présents, mais le pilote n’en est pas moins fier. Le casque a tout d’une cagoule, mais le guidon est tenu fermement, les pieds sont bien calés sur les pédales, le blouson remonté. C’est sûr : l’asphalte va défiler...

JPEG - 13.8 ko
Nicolas
Ehrahart
(DR)

Du reste, est-ce une Harley ou un vélo ? Il faudrait, pour le savoir, remonter dans les souvenirs de Nicolas Ehrhart, 4 ans sur la photo qui orne sa carte de vélociste indépendant. Encore plus que sa page Facebook, cette carte lui vaut sésame dans le coeur d’une clientèle pour qui la bicyclette est bien autre chose qu’un objet mondialisé parmi d’autres… “Les gens ont un affect particulier avec le vélo, peut-être parce que c’est le premier véhicule qu’ils ont pu maîtriser en totale indépendance”, commente-t-il. L’indépendance, lui la conquiert en s’essayant à divers métiers : commis de cuisine, libraire ou steward en wagon-lit, rien ne le prédestine alors au monde du vélo. Passionné par les Vespas à l’adolescence, il s’était même juré qu’il ne pédalerait plus jamais de sa vie. C’est d’ailleurs nanti d’un moteur qu’il devient coursier, enthousiaste jusqu’à finir sous un taxi. Plus de peur que de mal mais à court d’idées, à court d’argent, il accepte d’aller faire le mécano chez Bicloune, fameuse enseigne de vélociste parisien.

Détour formateur par l’industrie

Formé sur le tas, il y vit sa première expérience professionnelle de longue
durée : cinq ans à découvrir que la subtilité de l’entretien des vélocipèdes
doit beaucoup aux standards, conçus selon lui “pour que l’on s’y perde…” Au moins ne s’ennuie-t-il pas et, pour la première fois, ne pense plus à changer de secteur lorsqu’il change d’employeur. Ironie de la vie, il déménage alors à Rouen et découvre que la Haute-Normandie ne l’attend pas.

Que faire ? Tenté par l’industrie, le voici à l’Afpa de Saint-Étienne-du-Rouvray
pour passer un diplôme de fraiseur puis, après quelques expériences, un diplôme de technicien d’atelier automatisé. C’est avec Robert Linhart en tête, sociologue communiste français entré comme ouvrier spécialisé chez Citroën, qu’il rejoint la marque aux chevrons dans son usine d’Asnières. Verdict ? “C’était important, il fallait que je me tape les 3/8 pour découvrir en vrai l’industrie bête et méchante…” Suivent une dizaine d’années en tant que chef d’atelier dans l’industrie aéronautique. Quand le dialogue social se durcit, il sent une page se tourner et négocie une rupture conventionnelle.

Renouer avec le savoir-faire français


“C’était l’explosion du fixie [vélo à roue fixe, prisé des cyclistes branchés],
j’ai créé dans la foulée ma boutique.”
Objectif : fabriquer des vélos en s’inspirant de la richesse du patrimoine français en la matière. Installé depuis 2011 dans le XVIIe arrondissement parisien, à deux pas du métro
Guy-Môquet, devanture en bois façon Amélie Poulain et atelier à l’ancienne,
Nicolas Ehrhart tient plus de l’artisan que du revendeur de machines high-tech sitôt vendues sitôt obsolètes. Mais attention, véritable champion du redressement productif, l’homme n’a rien du conservateur de musée. Ce qui est ancien l’intéresse car il y trouve un savoir-faire qu’il se désole de voir
disparaître. “Il y a eu une grande tradition du vélo dans
ce pays”
, rappelle-t-il. Que faudrait-il pour la relancer, à l’heure où Asiatiques mais aussi Allemands, Hollandais et encore quelques Italiens profitent de l’engouement renouvelé pour la petite reine ? “Ce qui fait le succès du vélo, c’est la crise”, lance-t-il, un brin pessimiste. De fait, avec une activité aujourd’hui centrée à 80 % sur l’entretien et la réparation, son enseigne survit. “Gagner de l’argent avec un boulot du tiers-monde, c’est
âpre”
, poursuit-il. Reste qu’il entend bien poursuivre l’aventure. À ses côtés, un jeune auto-entrepreneur en résidence dans sa boutique usine une fourche à partir des plans apportés par un client. L’ancien chef d’atelier aéronautique en est convaincu : le sur-mesure, le luxe, la “tradition chic”, voilà qui pourrait bien faire décoller les Cycles Nicolas Ehrhart.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

Le parcours formation

  • 1998 - Titre professionnel de fraiseur (Afpa)
  • 2000 - Titre professionnel de technicien d’atelier automatisé (Afpa)

À consulter :

Partager ce contenu

© 2017 - Centre Inffo / Onisep - Voir le courriel
Charte rédactionnelle - Mentions légales - Désabonnement