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Mobilité : l’apport des séjours à l’étranger sur les parcours

Par Centre Inffo

Faut-il partir à l’étranger pour mieux grandir ? Quels sont les apports de la mobilité internationale et de l’éducation interculturelle sur l’insertion professionnelle ? La 19e Université de la formation, de l’éducation
et de l’orientation (Uféo), a tenté de répondre à ces questions.

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Antoine Godbert (DR)

Voici une logique imparable : le monde étant caractérisé par des changements permanents, les mobilités devraient faire partie intégrante de
tout parcours aussi bien formatif que professionnel. Qu’en est-il ? “La mobilité, qu’elle soit nationale ou internationale, a toujours constitué un formidable instrument de formation et de promotion sociale”, a déclaré
Thierry Berthet, directeur de recherche CNRS au Centre Émile-Durkheim et président du comité scientifique de l’Uféo.
Ce qui explique, par exemple, la forte croissance des programmes de mobilité européenne portés par l’agence Europe éducation-formation France (2E2F). Son directeur, Antoine Godbert, a indiqué que depuis la création d’Erasmus en 1987, plus de 3 millions de jeunes se sont
formés hors de leur pays dans le cadre de ce programme soutenu financièrement par l’Union européenne. La formation des jeunes passe également par la promotion des stages en entreprise à l’étranger, via Erasmus Mundus. Les jeunes ne sont pas les seuls concernés par la mobilité. “Des 119 millions d’euros que va gérer l’agence 2E2F en 2014, 36 millions seront consacrés au programme Leonardo, destiné à la mobilité des professionnels (apprentis, jeunes en formation professionnelle et en stage en entreprise) dans le cadre de formation ou de recherche”, a indiqué Antoine Godbert. Preuve de l’intérêt des autorités européennes pour la mobilité, le nouveau programme “Erasmus Plus” devrait bénéficier d’une enveloppe de près de 14 milliards d’euros.

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Thierry Berthet (DR)

Partir, et savoir revenir

“La mobilité internationale peut être un véritable outil de promotion sociale à condition de savoir ou pouvoir valoriser les acquis
de son séjour à l’étranger. Il faut donc mettre en place des actions de formation ou d’accompagnement des personnes à leur retour”
, a rappelé Michel Joli, secrétaire général du conseil d’administration de la Fondation France Libertés et président de la Maison de la promotion sociale (MPS)
d’Artigues-près-Bordeaux.
En effet, a-t-il déploré, nombreuses sont les personnes de retour de mobilité internationale (volontaires du développement, bénévoles dans des projets de développement à l’international, etc.), qui ne retrouvent
pas d’emploi. Les personnes en mobilité acquièrent des savoirs, savoir-faire et savoir être qui ne sont pas forcément mesurables.

Une “expérience apprenante”...

Ainsi, pour Hélène Henry, présidente d’AFS Vivre sans frontière, une institution qui organise la mobilité des jeunes, il est important d’accepter que la formation dite “non formelle” soit considérée comme un véritable moyen d’acquérir une expérience apprenante, voire professionnelle. Il reste
beaucoup de travail pour mesurer la capitalisation des compétences “formelles” (qualifiantes) mais aussi “non formelles” acquises lors d’un séjour à l’étranger.
Outre la richesse culturelle et formative, la mobilité internationale constitue aussi un instrument de citoyenneté et de solidarité, a rappelé Michel Joli, également acteur du réseau Léo Lagrange. Celui-ci, a-t-il annoncé, a ouvert onze fédérations Léo Lagrange en Afrique francophone pour former des formateurs en faveur de l’éducation populaire.
Il a signé une convention en Irak. L’objectif étant d’aider leurs partenaires à former leurs citoyens à mieux s’engager dans le développement économique et social de leur pays.

Comment évaluer ces apports ?

Les voyages forment la jeunesse, donc. Une
chose est de le proclamer, une autre de le
prouver. “Nous manquons de données sur les
personnes − jeunes ou pas − parties se former
ou travailler à l’étranger : les impacts de ces
séjours sur leurs compétences et leurs trajectoires
professionnelles. Il faut reconnaître que
l’évaluation des apports de la mobilité internationale
n’est pas une pratique très courante
en France”
, a déploré Catherine Agulhon,
maître de conférences à l’Université Paris
Descartes.
Pourtant, “la mobilité internationale est
une priorité politique pour la France et pour
l’Union européenne”
, a insisté Christelle
Coët-Amette, de l’agence 2E2F. D’ailleurs,
l’Europe s’est fixé un objectif ambitieux :
d’ici à 2020, 20 % des jeunes Européens
devront effectuer trois mois de stage à
l’étranger et 6 % des apprentis au moins
deux semaines.
La mobilité doit donc devenir en Europe la
règle, et non l’exception. Ce qui explique
qu’Erasmus Plus (2014-2020) ambitionne
de toucher 4 millions de personnes en
mobilité pour des périodes d’éducation et
de formation professionnelle à l’étranger.
Il fera d’ailleurs l’objet d’une réflexion lors
d’une conférence nationale prévue les 3 et
4 décembre prochains à Nantes.

Le Céreq y travaille

Quantitatif peut-être, qualitatif surtout !
Le point préoccupe l’agence 2E2F, qui a
demandé au Céreq (Centre d’études et de
recherches sur les qualifications) de l’aider à
évaluer les apports de la mobilité des bénéficiaires
de ses programmes. L’organisme a
intégré cette demande dans des enquêtes en
cours de réalisation.
Il faut alors chercher, notamment, à comparer
les publics ayant bénéficié de séjours
à l’étranger et ceux qui n’en ont pas bénéficié.
Dans le cadre de l’évaluation quantitative,
quatre méthodes sont possibles,
pour le Céreq : les enquêtes “générations”
(qui permettent de préciser les liens entre
les diplômes ou les compétences acquis
avec le séjour à l’étranger), les enquêtes
“trajectoires”, les “panel bénéficiaires”
et enfin les “testings” (tels que ceux pratiqués
dans les cas de discriminations).
Selon Isabelle Recotillet, responsable du
département Entrées et évaluations dans
la vie active (Deéva) du Céreq, les résultats
quantitatifs des apports de la mobilité
sur les parcours seront intégrés à l’enquête
“Génération 2010”, actuellement en préparation.
Quant à l’évaluation qualitative,
que réalise actuellement Laure Gayraud,
ingénieure d’études au Céreq, il s’agit de
produire des monographies concernant
l’expérience de dix apprentis trois mois
après leur retour de formation à l’étranger.

Un œil sur l’usage des financements

D’après Joël Laburthe, chef de projet à
Aquitaine Cap Mobilité, en Aquitaine
l’évaluation des apports de la mobilité
pour les publics bénéficiant d’accompagnements
financiers régionaux devient une
exigence. L’organisme du Conseil régional
a pour mission de “favoriser l’insertion professionnelle
en encourageant les expériences
de mobilité internationale des apprentis, des
stagiaires de la formation professionnelle, des
étudiants en sanitaire et social, des demandeurs
d’emploi et des salariés”
. Elle “accompagne
et soutient les porteurs de projet dans le
but d’étendre la mobilité à tous”
.
Ici, deux outils d’évaluation sont utilisés.
Ce sont des questionnaires. L’un, qualitatif,
permet de mesurer les apports directs
des séjours formatifs à l’étranger dans les
parcours. Le second, plutôt quantitatif, est
soumis aux bénéficiaires trois ou quatre
mois après leur retour de l’étranger. Selon
Joël Laburthe, trois grands domaines sont
concernés par ces évaluations : les compétences
et techniques acquises selon les objectifs
arrêtés avant le départ ; les apports
linguistiques (toujours selon le niveau avant
la mobilité) ; les compétences techniques,
organisationnelles, relationnelles, adaptatives
et/ou managériales.
Les acteurs du dispositif semblent satisfaits
de leur démarche. Cependant,
a rappelé le chef de projet, “nous devons
travailler davantage sur la mesure
des compétences non formelles.
Elles permettent d’entrer dans une démarche
positive d’insertion professionnelle”
.

Un journal sur la mobilité internationale

Le consensus est donc apparu acquis : la
mobilité internationale constitue “une
valeur ajoutée dans les parcours de formation
et les trajectoires professionnelles”
. Il
reste maintenant aux acteurs de mutualiser
leurs pratiques d’évaluation afin de mieux
comprendre les apports réels des séjours à
l’étranger. Le Journal of international mobility [1], dont le lancement a été annoncé
lors de l’Uféo, a pour vocation de “réunir
des contributions scientifiques relatives aux
mobilités des personnes dans le cadre de l’évaluation
de la formation en Europe et dans le
monde”
. Il permettra de “mieux comprendre
les conditions et l’impact de la mobilité”
. Le
premier numéro vient de paraître.

par Knock Billy, Centre Inffo, 2013

[1Comme son titre anglophone ne l’indique pas, le Jim est porté par l’agence 2E2F, rédigé en français
et par des Français.

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