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Marielle Rabourdin, l’animation sans frontières

Par Centre Inffo

De sa rencontre avec le coton, l’eau et le papier, l’écrivain Erik Orsenna a livré un petit précis de la mondialisation. Avec Marielle Rabourdin, 57 ans, elle s’incarne dans le récit d’un parcours en proie à l’économie planétarisée.

Pas sans moi !

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Marielle rabourdin (DR)

Adolescente partagée entre l’envie de découvrir le monde et sa passion du dessin, Marielle Rabourdin sera formée aux Beaux-Arts de Tours, avant de suivre à Paris une formation de dessinatrice d’animation aux Gobelins. Après quinze ans passés à enchaîner avec passion contrats et studios, survient la crise : avec une vingtaine de dessins nécessaires à la production d’une seconde d’animation, la production tient de l’artisanat alors que le modèle économique relève, lui, de l’industrie. Exceller dans le domaine ne suffit bientôt plus à contenir l’assaut de la concurrence internationale. Ici comme ailleurs, l’idée qu’il n’y a pas d’autre solution que la délocalisation se répand. Et d’une certaine manière, cela ne déplaît pas à Marielle Rabourdin, qui n’a pas oublié ses rêves d’étranger. Il va falloir former et superviser, elle a déjà quinze ans d’expérience. Formatrice à Ho Chi Minh, superviseure à Séoul, elle élargit sa palette et savoure chaque rencontre.

Fragile exception

Arrive 2006 : les amateurs de romans graphiques se souviennent de la transposition sur grand écran de Persépolis, la bande dessinée autobiographique de Marjane Satrapi. Gros budget et retour à une réalisation 100 % française. Marielle Rabourdin ne peut manquer l’aventure. Arrivée sur le tard, elle redevient simple assistante et se régale dans un « mix d’ancienne et nouvelle génération ».
Confirmant son statut d’OVNI, Persépolis ne signe cependant pas une relocalisation de l’industrie du dessin animé. Il faut bientôt repartir et ce sera cette fois-ci les Philippines, toujours plus loin, toujours moins cher. Manille, triste cul-de-sac d’un système où plus grand monde ne gagne. Ni les travailleurs locaux qui s’enferrent dans la pauvreté, ni les expatriés confrontés au grand « choc social », pas même la production condamnée à creuser encore et encore. Au moins l’expérience philippine laisse-t-elle le souvenir de riches rencontres. Tout le contraire de Titeuf, réalisé en Chine, dans une fausse collaboration avec des travailleurs désabusés par une longue tradition de sous-traitance. Ils n’en vivent guère mieux, mais ont au moins acquis le pouvoir de s’investir à hauteur de leur maigre valorisation. Le dessin d’animation ne les fait pas rêver, il satisfait de moins en moins Marielle Rabourdin. Si l’expatriation n’a plus de sens, autant rentrer.

Action (sociale) !

Pour retrouver quoi ? Une industrie qui ne prend même plus la peine d’envoyer des superviseurs, tout occupée à vivre la révolution de la 3D. Davantage héritière de Méliès que de Pixar, Marielle Rabourdin tente de réagir. Trois jours de DIF [1] suffiront à clore trente ans de carrière : trop d’informatique et plus assez de beaux-arts. La rapidité de la décision n’éclipse en rien la cohérence : parvenue au bout d’un cycle vécu avec une grande passion, face à des perspectives qui ne correspondaient en rien à ce qui l’avait toujours motivée, la suite était forcément à réécrire. Avec une histoire à partager et une sensibilité à l’autre jamais démentie, il s’agit désormais de « transmettre aux gens l’envie de vivre leur vie ». Reconnaissant ici même la détresse rencontrée en Asie, elle se voit désormais travailleuse sociale. Forte du soutien de Pôle emploi, elle attend aujourd’hui la décision du fonds formation des intermittents [2] pour entamer un BTS de conseillère en économie sociale et familiale. Quoi qu’il arrive, elle en est sûre, elle n’animera plus les écrans mais la cité.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

Dates clés

1980
Beaux-Arts (Tours)

1982
Formation de dessinateur d’animation aux Gobelins (Paris)

1982 à 2013
Carrière en France et à l’étranger

2014
Reconversion

[1Droit individuel à la formation.

[2Afdas.

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