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Les six milliards du programme "Garantie Jeunesse" pour la formation

Par Centre Inffo

Offrir à chaque jeune européen de moins de vingt-cinq ans et au chômage depuis quatre mois une offre d’emploi ou de formation, c’est l’ambition de la "garantie jeunesse" adoptée par le Parlement Européen dans le cadre du budget 2014-2020.

Cette garantie, la Commission de l’emploi et des affaires sociales l’a finalement imposée à la Troïka [1] après une série de passes d’armes faite de négociations et de dépôts d’amendements. Concrètement, ce sont six milliards d’euros qui seront susceptibles d’être déployés, dès le 1er janvier 2014, par le biais du Fonds social européen (FSE) ou du Fonds européen de développement régional (Feder) pour alimenter les politiques-formation de Régions de l’UE les plus touchées par le chômage des jeunes.

Un chômage qui touche actuellement 23,7 % des européens de moins de vingt-cinq ans – en sortie de tout système scolaire ou d’apprentissage. Et ce n’est là qu’une moyenne car, sur le terrain, ce chiffre peut se voir multiplié par deux. Comme en Sicile (52 %), en Sardaigne (48 %) ou en Irlande (33 %). Sans oublier l’Espagne et la Grèce fortement impactées par la crise et qui sont considérées comme prioritaires dans l’attribution des fonds [2]. Côté français, ce sont près de 600 millions d’euros qui se verront déployés auprès de 300 000 jeunes issus de onze départements jugés prioritaires et répartis sur une dizaine de Régions, dont la première à contracter avec le Parlement européen était le Poitou-Charentes.

Remonter le plafond d’âge à 30 ans plutôt que 25

Pour autant, bien que le Parlement soit parvenu à sanctuariser ces fonds face aux deux autres membres de la Troïka, les élus de la Commission de l’emploi et des affaires sociales sont conscients que le bras de fer n’est pas encore terminé. Demeure sur la table des négociations la question de l’extension du plafond d’âge maximal des jeunes concernés de 25 à 30 ans, ce qu’actuellement la Commission européenne refuse encore. « Pourtant, en passant ce seuil à 30 ans, on toucherait presque le double de jeunes » expliquait Elisabeth Morin-Chartier, députée PPE (UMP). Car à l’en croire, la peur du chômage pousse les jeunes européens à rester le plus longtemps possible dans un cycle d’études longues pour éviter l’entrée sur le marché du travail. Des jeunes qui n’attendent d’ailleurs pas une entrée en formation immédiate pour sortir de leur situation précaire. « Il faut tenir compte de leur très faible appétence pour la formation, puisqu’ils sont sortis du système initial sans qualification... D’abord, ils doivent se reconstruire et retrouver une image positive d’eux-mêmes avant d’envisager de retourner sur les bancs d’une salle de classe ». L’Europe propose d’ailleurs plusieurs programmes à destination de ces jeunes en leur proposant des séjours à l’étranger et la possibilité de s’investir dans des projets à vocation socio-éducative (qu’il s’agisse de développer un club de foot à Thessalonique ou de participer aux activité d’une maison de l’emploi à Madrid) afin de retrouver l’envie d’un avenir profession passant par un cycle de formation. « Une volonté de rendre mobile la jeunesse européenne qui s’est, notamment, traduite par l’extension du programme d’échanges universitaires "Erasmus pour tous" en un "Erasmus Plus" étendu aux stagiaires de la formation professionnelle continue à l’échelle de l’Union » expliquait l’eurodéputée.

Bras de fer entre le Parlement et la Commission sur le seuil minimal de chômage des jeunes sur les territoires

L’autre sujet qui fâche encore, c’est le taux de chômage des bassins d’emplois ciblés par la « garantie jeunesse ». Si à l’heure actuelle toutes les Régions « Nuts 2 » - où le taux de chômage des jeunes s’élève à 20 % - sont éligibles au dispositif, la Commission européenne, pour sa part, souhaiterait remonter ce plafond pour cibler uniquement les territoires où il s’élève à 25 % et plus. « Si elle venait à se concrétiser, cette décision induirait un effet pervers : celui de voir des jeunes quitter leur territoire pour aller tenter leur chance ailleurs et, donc, contribuer à désertifier certaines Régions », redoute l’eurodéputée PS Pervenche Bérès. D’autant qu’au sein de l’Union, certains pays – tels l’Allemagne avec le dispositif Job of my life - contribuent déjà à attirer la jeunesse des pays en crise (Portugal, Grèce, Espagne, mais aussi ceux de l’aire mitteleuropéenne) pour leur promettre un avenir professionnel sur le sol teuton, avec toutes les conséquences sur la démographie des pays d’origine, mais aussi sur le dumping social que cela entraîne. « Il est dommage que lorsqu’il s’agit de voter ce genre de textes, les eurodéputés allemands aillent systématiquement dans le sens d’Angela Merkel et raisonnent en termes d’appartenance nationale plutôt que de couleur politique... » soupirait l’élue S&D.

Une première harmonisation des qualifications avant la fin de la mandature

En dépit de la « négociation musclée » qui oppose encore le Parlement à la Commission Européenne, les deux eurodéputées s’accordent sur la nécessité d’une harmonisation des systèmes de formation continue à l’échelle de l’Union, à l’image de ce que le système universitaire à su faire avec la réforme LMD. Un sacré défi quand on pense, par exemple, à la situation de l’apprentissage en Allemagne ou en Autriche alors que cette voie d’accès à l’emploi est quasi-inconnue dans d’autres pays. Mais Pervenche Bérès l’assure : cette question est au cœur des débats de la Commission de l’emploi et des affaires européennes. Et quelques éléments de cette nécessaire harmonisation, notamment en matière de reconnaissance des qualifications, pourraient voir le jour d’ici au mois de mai 2014, « avant même la fin de la mandature » promettait la députée.

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2013

À consulter :

[1Le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne.

[2En tout, sept pays ont été jugés prioritaires. Espagne, Grèce et Italie forment le trio de tête.

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