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Les fous du vélo !

Par Centre Inffo

Partagé entre les vélocistes et les grandes enseignes multisports, le marché de la formation aux métiers du vélo est un véritable terrain d’affrontements pour les certifications. Explications.

Vélos de course, vélos électriques, vélos de ville, vélos pliants, VTT, VTC, BMX, fixies, randonneurs et autres porteurs, il y en avait vraiment pour tous les goûts au salon du cycle de Paris [1]. 450 marques réparties sur 22000 m² à espérer rafler une part des quelque 800 millions d’euros générés par la vente de cycles en 2012. Loin de s’y perdre, le public semblait découvrir avec gourmandise les dernières nouveautés d’un marché de plus en plus pointu qui prend le risque de dérouter le néophyte. Car s’il fut un temps où l’on pouvait aborder un vendeur pour acquérir un "vélo" sans déclencher un sourire mêlant la gêne à la compassion, ce temps n’est plus... Seriez-vous suffisamment sûr de vous pour savoir qu’il vous faut un VTT et non pas un randonneur, que vous ne seriez pas tiré d’affaire pour autant :
- On en a. Mais pour faire quoi ? All-Mountain ? Cross Country ? Enduro ? Trailbike ? Sport ? Downhill ? Freeride ? Dirt ???
- Ben, pour faire du vélo..., euh, non, un peu de tout, comme... All-Mountain ???
- En 26 pouces, 27,5 ou 29 ?
- Euh, en fait, je dois vous dire, le CQP [2] d’acheteur, je l’ai pas !!!

Un marché de la formation toujours complexe

Las, à l’image du marché, le milieu de la formation n’est pas non plus des plus simples. Le Centre national professionnel des commerces de sport (CNPC), premier centre de formation abordé lors de notre visite, nous l’assure : notre CQP de "Vendeur Technicien Cycle" est obligatoire et nous en sommes l’unique détenteur. Sup’ de Vélo [ndlr : un concurrent] le propose mais est obligé de passer par nous pour la validation. Surprise, le second organisme visité, l’Institut national du cycle et du motocycle (INCM), nous présente un autre CQP, tout aussi obligatoire et créé en 1995 lorsque l’État a retiré la partie cycle du CAP "Cycles et Motocycles". À ce stade et pour bien comprendre, il faut garder à l’esprit que le CNPC est adossé à la Fédération professionnelle des entreprises du sport et des loisirs (FPS) et que l’INCM est, lui, adhérent de la Fédération nationale du commerce et de la réparation du cycle et du motocycle (FNCRM). Alors que la FPS reçoit l’adhésion des enseignes multisports, la FNCRM héberge, elle, exclusivement, les commerces de cycles, indépendants ou franchisés.

Quand le Conseil d’État s’en mêle...

Chacun s’estimant légitime pour former les futurs professionnels de la vente et maintenance de cycles, la bataille de légitimité autour de la certification que nous décrivions à l’occasion du salon du cycle 2011 (voir notre article) ne semble jamais devoir s’épuiser. Trouvera-t-elle un jour son épilogue ? La une du numéro de septembre 2013 de Pro Mouvoir 2-Roues, magazine de la FNCRM, le laisse à penser : barrée d’un triomphant "Convention collective cycle : le Conseil d’État confirme", la revue porte-parole souligne que par sa décision, la juridiction administrative réaffirme que « seule la convention collective de l’automobile, du cycle et du motocycle du 15 janvier 1981 a vocation à couvrir le secteur du commerce et de la réparation des cycles ». L’enjeu n’est pas tant de priver la FPS de ses CQP – les enseignes multisports continueront à relever de la convention "Articles de sports" à laquelle sont rattachés les CQP du CNPC – que de ramener dans le giron de l’Anfa les magasins de cycles qui appliquaient la convention collective nationale du commerce des articles de sport et équipements de loisirs. Ainsi, si la décision du Conseil d’État clarifie le périmètre des conventions collectives, elle n’en pérennise pas moins la complexité d’un système de formation à double entrée. Pas forcément très lisible en termes d’orientation pour les futurs professionnels, qui pourront toujours se consoler d’une maxime : « Se former aux métiers du vélo, c’est comme passer les vitesses, pas si compliqué tant qu’on n’y réfléchit pas ! »

À quoi préparent l’INCM et le CNPC Sport ?
Si les grandes enseignes multisports [3] représentent la manne du CNPC Sport, l’INCM bénéficie, lui, de la clientèle des indépendants et des franchises ayant le vélo pour seule activité [4]. Les flottes de vélos publiques ou privées bénéficient, elles, à l’ensemble des acteurs, sous forme « d’effets d’aubaine », selon l’expression de Philippe Parmentier, adjoint de direction de l’INCM, comme lorsqu’il a fallu former le personnel chargé de l’entretien des Vélib’ [5]. Autre source de débouchés en vogue pointée par Étienne Coqueblin, responsable du CNPC Sport Paris, l’« atelier roulant », expression qui désigne aussi bien des services de montage et/ou de maintenance mobile (déplacement chez le particulier, installation éphémère sur des emplacements spéciaux de type marché...), que sédentaires. Dans ce dernier cas, Étienne Coqueblin souligne l’impact d’internet, à l’origine du développement de constructeurs distributeurs en ligne, associés à des ateliers de montage ayant pignon sur rue.
S’agissant de l’offre de formation obligatoire pour l’ouverture d’un magasin de cycles, l’INCM propose deux CQP, l’un de niveau V (Mécanicien Cycles) ouvert en 2006, l’autre de niveau IV (Conseiller Technicien Cycles) créé en 1995. Pour les demandeurs d’emploi, une préparation opérationnelle à l’emploi collective (POEC) est proposée depuis 2012 pour obtenir le CQP Mécanicien Cycles en 400 heures. Des formations modulaires de perfectionnement d’un à deux jours sont également proposées en formation continue. À noter que trois autres organismes de formation indépendants de l’INCM (Le Bourget, 93) préparent aux titres de branche : IFA (Saint-Malo, 35), SEPR (Lyon, 69) et CFA CM (Saint-Benoît, 86).
Créé en 1981 par la CCI de Pau-Béarn, le CNPC Sport est la plus importante école de commerce du sport en Europe. Aux sites historiques de Pau (siège), Grenoble et Paris (antennes), s’ajoutent aujourd’hui quatre franchises : Quimper, Mulhouse, Orléans, Saint-Pierre (la Réunion). Positionné sur tous les métiers de la commercialisation d’articles de sports et de loisirs avec des formations de niveau IV à I, le CNPC Sport propose un CQP de niveau V "Vendeur Technicien Cycle" et un CQP ’’Vendeur Conseiller Sport’’ spécialisé cycle [6] de niveau IV. Des formations modulaires d’une journée à une semaine sont également proposées.

L’alternance, voie royale

Côté débouchés, les deux filières assurent frôler les 100 % de taux d’insertion. Ceci, notamment en raison d’un modèle qui intègre essentiellement par l’alternance et qui choisit de former pour embaucher : entré en formation nanti d’un contrat d’apprentissage ou de professionnalisation, vous êtes quasi assuré de le convertir en CDI une fois diplômé. Non pas que le secteur échappe totalement à la crise mais qu’il se régule plutôt par la taille des promotions. Avec, semble-t-il, des différences entre les deux voies : là où Étienne Coqueblin, coordinateur de formation et responsable de l’antenne parisienne du CNPC Sport, affirme que la demande des entreprises lui permettrait de monter deux ou trois sessions annuelles de plus si des candidats se manifestaient, Philippe Parmentier, adjoint de direction à l’INCM concède, de son côté, avoir réduit l’effectif de ses promotions de près de 20 % faute de contrats d’alternance. Si cette différence peut s’expliquer par une exposition plus grande à la crise des purs vélocistes que des enseignes multisports, l’autre source de distinction est plus étonnante : quand Philippe Parmentier vante la motivation de ses effectifs et assure n’avoir aucun problème de profil, Étienne Coqueblin souligne, pour sa part, sa difficulté à trouver en nombre des candidats « travailleurs et bien élevés », exigence première des employeurs, selon lui.
Quant à savoir quoi vendre, une enquête réalisée pour le compte de la Commission cycle du CNPC Tous à vélo ! (voir encadré) et de la FPS, suggère de s’intéresser de près aux produits de niche liés à l’éco-transport : + 15% au 1er semestre 2013 pour les vélos à assistance électrique (VAE), + 25% pour les pliants. Soit et dans les deux cas, des innovations entraînant de réels besoins de formation.

CNPC Sport vs CNPC Tous à vélo
Mon premier est un organisme de formation, mon second est un syndicat professionnel, mon tout est un pied de nez à la lisibilité du système. Je suis... le CNPC ! Mais pourquoi diable la CCI de Pau s’est-elle empressée d’intituler sa création Centre national professionnel des commerces de sport (CNPC) quand il existait déjà un Conseil national des professions du cycle (CNPC) ? Visiblement empreint d’une valeur intrinsèque indépassable, un même sigle désigne ainsi deux organisations totalement différentes. La solution pour s’y retrouver ? Adjoindre le mot Sport au sigle qui désigne l’organisme de formation et le slogan Tous à vélo ! à celui du syndicat. À noter que ce dernier a le grand mérite de réunir en son sein les deux grands pourvoyeurs de certifications, le CNPC Sport et la FNCRM. Compris ?

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

[1] 13 au 16 septembre 2013, Paris.

[2] Certificat de qualification professionnelle.

[3] Décathlon, Go Sport, etc.

[4] Bouticycle, Culture Vélo, Véloland, etc.

[5] Dispositif de location de vélos en libre-service de la ville de Paris.

[6] Également proposé en mention Multi-Sports ou Spécialisé textile.

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