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Les belles histoires de l’apprentissage

Par Centre Inffo

Parmi ceux, nombreux, qui déclarent l’apprentissage extrêmement pertinent en termes de qualification et d’insertion dans l’emploi, combien choisissent d’y envoyer leurs propres enfants ? C’est le fameux paradoxe qui dure depuis des décennies. Il faut réellement valoriser la filière. Témoignages.

“ Sans l’apprentissage, je n’aurais jamais fait d’études supérieures”, confie Ronan Heuclin, 40 ans. Lui qui n’aimait pas l’école a pourtant passé un BTS en alternance puis un diplôme d’ingénieur. Embauché par Vinci, il s’en éloigne pour s’associer à une PME, puis devient directeur régional d’une grande entreprise : “L’apprentissage a été pour moi un accélérateur de carrière.”
Ascension rapide aussi pour Simon Colas, qui, parti à 15 ans chez les Compagnons du Devoir, y a passé un BEP, un BTS, avant d’être promu à 25 ans directeur d’un site de formation. Trois ans plus tard il a une fonction de pilotage au siège de l’association : “Au-delà d’apprendre un métier, l’apprentissage permet de structurer un jeune.”
Pour Jean-Paul Carta, la voie professionnelle est synonyme de trajectoire décloisonnée. Parti d’un CAP fraiseur, il est très vite monté en responsabilités grâce à sa maîtrise des langues, a assuré des missions avec l’étranger puis est devenu ingénieur commercial et, enfin, chef d’entreprise.

Le livre Osez la voie pro, édité par le cercle de réflexion La Fabrique de l’industrie avec l’Onisep, raconte ainsi douze “belles histoires” de l’apprentissage. Il vient d’être réactualisé en vue d’une large diffusion. “On est frappé par la richesse de ces parcours, rapporte Louisa Toubal, cheffe de projet qui a recueilli ces témoignages, tous ont pu faire une mission, un voyage à l’étranger, une rencontre déterminante qui les a promus, leur a ouvert des portes. Certains y ont trouvé un cadre structurant, une confiance en eux, et des adultes qui les ont soutenus et encouragés”. Cette voie de formation a en effet de multiples avantages : elle permet d’obtenir très jeune un salaire, une autonomie, et des responsabilités. Elle assure un très bon taux de réussite au diplôme, supérieur à 80 %, et garantit une insertion rapide sur le marché du travail, supérieure à 70 %. Le lancement actuel d’un “Erasmus des apprentis”, va permettre de généraliser des séjours d’un an à l’étranger.

“Proposer davantage de passerelles”

Malgré ces multiples vertus, la filière reste décriée et perçue comme un second choix. “Cette mauvaise image est présente dans tous les discours”, confirme Louisa Toubal. Au-delà d’une explication culturelle – attachement au diplôme, valorisation de la figure de l’intellectuel – le principal problème est lié, selon elle, à un manque de promotion de la part des conseillers d’orientation et des enseignants.
Pour lever ces réticences face au monde de l’entreprise, Louis Gallois, président de la Fabrique de l’industrie, propose de transformer les lycées professionnels en CFA. La formation y serait prise en charge à la fois par l’éducation nationale et le ministère du travail en lien avec les branches professionnelles. “Il faudrait aussi proposer davantage de passerelles entre le cursus professionnel et l’enseignement général ou l’Université, estime Louisa Toubal. En Suisse, ces passerelles sont systématiques, donc cette orientation apparaît moins définitive”.

Publier les taux d’insertion

Par ailleurs, le taux de rupture des contrats d’apprentissage reste trop élevé, supérieur à 20 %. “La loi Travail oblige à publier le taux d’insertion par CFA, pour permettre un choix éclairé et encourager une qualité d’accompagnement des CFA”, rappelle Clotilde Valter, secrétaire d’État à l’Apprentissage.
Le CFI de la CCI de Paris Île-de-France a réussi à limiter ce taux entre 5 % et 8 % : “Nous avions un dispositif très complet avec des aides financières et un suivi social et médical en interne, que nous avons dû réduire un peu”, explique le directeur, Bruno Gardet. Il s’efforce aussi de trouver un employeur pour chacun de ses élèves : “Mais nous avons du mal à trouver pour les premiers niveaux de qualification, sur lesquels les recrutements d’apprentis ont baissé de 15 % en trois ans en région parisienne. Ce qui ne nous aide pas à convaincre les familles.”

Les Olympiades des métiers valorisent l’apprentissage

En l’absence de régulation, l’offre et la demande d’apprentissage ne sont pas toujours en phase.Malgré tout, plusieurs initiatives contribuent à promouvoir l’apprentissage et redorer son image. Par exemple, l’Association nationale des apprentis de France (Anaf) informe les jeunes qui cherchent une orientation, les aide à trouver une entreprise et à se présenter. “Les Olympiades mondiales des métiers sont aussi une excellente manière de valoriser le savoir-faire de cette jeunesse talentueuse”, souligne Louisa Toubal. L’équipe d’Euroskills France participera à la compétition en décembre, en Suède.
“Nous pourrions ouvrir encore l’apprentissage à des métiers qui attirent les jeunes, comme ceux de la création, par exemple”, propose Yves Portelli, directeur général adjoint enseignement, recherche, formation CCI de Paris île-de-France. 

par Mariette Kammerer, Centre Inffo, 2016

3 questions à Clotidle Valter, secrétaire d’État à la Formation professionnelle et à l’Aprrentissage

"L’ouverture à l’apprentissage de 85 nouveaux titres"

Quels sont les freins à l’apprentissage dans l’industrie ?
Des représentations sociales dépassées cantonnent l’apprentissage aux métiers manuels et le réservent aux élèves les moins brillants. Alors qu’aujourd’hui, cette voie offre une formation d’excellence, garantit un accès immédiat à l’emploi et permet une promotion sociale vers des fonctions de chef d’entreprise ou d’ingénieur. Ces parcours individuels de réussite doivent être davantage valorisés. Même chose pour les métiers de l’industrie, trop souvent associés à des images du XIXe siècle. Les jeunes s’en détournent par méconnaissance. Ils ignorent par exemple que le métier de soudeur, très recherché, requiert des qualifications pointues, offre un salaire intéressant et des déploiements à l’international. Les branches professionnelles doivent poursuivre leur travail de promotion des métiers industriels.

Quelles initiatives y contribuent ?
J’ai visité un nouveau CFA du BTP dans les Bouches-du-Rhône. Il utilise des technologies de pointe, comme des simulateurs de conduite d’engins, qui donnent une image valorisante et actuelle du métier. Cette initiative bénéficie des fonds du “programme d’investissements d’avenir”. Dans le secteur de l’automobile, une démarche innovante de filière intègre les sous-traitants dans des “parcours partagés d’apprentissage”. L’apprenti partage
son temps entre un grand groupe et une PME, ce qui facilite l’accès à ce contrat pour les TPE-PME et enrichit le parcours de formation du jeune.

Que fait le ministère en faveur de l’apprentissage ?
Nous faisons beaucoup : égalité des droits des apprentis avec les étudiants et égalité des droits sociaux avec les salariés ; 280 millions d’euros de ressources supplémentaires pour accompagner les familles et moderniser l’appareil de formation ; soutien aux entreprises, par exemple avec l’aide TPE jeune apprenti. Pour 2016, nous déployons l’ouverture à l’apprentissage de 85 nouveaux titres professionnels du ministère.

Propos recueillis par Mariette Kammerer, Centre Inffo, 2016

Les chiffres de l’apprentissage

En 2015, 270 000 nouveaux contrats ont été signés, soit une hausse de 1,6 % liée à la mesure gouvernementale d’aide aux TPE. 60 000 contrats ont été signés dans l’industrie, soit une hausse de 2 %, surtout tirée par les secteurs de l’agroalimentaire et de la fabrication de matériel de transport. Cette reprise ne compense pas encore les baisses importantes de 2013 et 2014, mais l’objectif des 500 000 apprentis reste en vigueur. 70 % des apprentis trouvent un emploi à la fin de leur formation (source Dares, ministère du Travail). Environ 25 % rompent leur contrat en cours d’apprentissage.

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