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Les Mife, pleinement acteurs du SPO

Mife. Quatre lettres pour Maison de l’information sur la formation et l’emploi. Trente et un sites inégalement répartis dans six régions. Alors que la gouvernance du SPO s’apprête à connaître une nouvelle évolution dans le cadre de la décentralisation, elles se sont appuyées sur leur expérience territoriale pour démontrer que la diversité n’est pas la juxtaposition. Retour sur leurs Rencontres nationales des 13 et 14 juin derniers, à Chambéry.

Une goutte d’eau parmi les 8000 points d’orientation identifiés par le rapport Guégot de décembre 2009 ? Avec leur organisation en réseau et une méthode d’intervention spécifique qui privilégie accueil, écoute et accompagnement, les 31 Mife ont une partition à jouer qui dépasse les approches comptables. Commandé à la députée de la Seine-Maritime Françoise Guégot par François Fillon, qui évoquait alors un « foisonnement de pratiques, souvent pertinentes, mais qui ne constituent pas une politique publique », le rapport sur le développement de l’orientation professionnelle tout au long de la vie s’était efforcé de dresser les grands axes d’une mise en cohérence. Qu’en est-il à présent ?

La "guidance professionnelle personnalisée"

Avec trente et un sites et une présence dans six régions [1], les Maisons de l’information et la formation sur l’emploi (Mife) ont connu une croissance raisonnée Au cours de leurs trente années d’existence, les Mife ont connu une croissance raisonnée. Au regard des quelque 60 000 personnes accueillies en 2012 ayant donné lieu à 25 000 accompagnements personnalisés et 15 000 projets aboutis, ce maillage territorial pour le moins partiel ne reflète que faiblement l’apport de la guidance professionnelle personnalisée au champ de l’orientation et de l’accompagnement des adultes. Quelle « pérennité » pour ce concept qui fonde l’intervention des Mife ? Réponse en compagnie de Gaston Paravy, président de la Mife Savoie et d’InterMife France.

Si la guidance professionnelle personnalisée, marque déposée à l’INPI en 2010, bénéficie de solides assises théoriques nourries des travaux d’Henri Desroche sur la maïeutique socratique et les exercices de remédiation cognitive de Reuven Feuerstein, c’est peut-être dans un essentiel d’apparence beaucoup plus prosaïque que réside le socle de la méthode. « Ce qui fonde d’abord la guidance, c’est qu’elle est proposition de rencontre à celui qui dans un premier temps ne semble avoir plus rien à dire sur lui-même, car il n’est plus convoqué pour l’emploi », insiste Gaston Paravy. Pourquoi accorder une telle importance à la rencontre ? « Parce qu’elle est une expérience de l’altérité, […] temps propédeutique à l’ouverture à la connaissance et à une conscience positive de soi, source de capacités enfouies », répond le président de l’InterMife.

Une rencontre patiemment construite et durable

L’altérité, c’est aussi la marque de la différence enrichissante. Laquelle réside dans les hommes et les femmes, mais aussi dans les institutions. Jamais à court d’une malice, Gaston Paravy le rappelle : la notion de « lieu unique » retenue par la loi du 24 novembre 2009 pour la labellisation Orientation pour tous des organismes participant au service public de l’orientation, inspirée du modèle des Cités des métiers, a bien été infléchie par les décrets d’application de 2011 qui ont autorisé la labellisation « de réseaux d’organismes ou de services opérant sur un territoire ». CQFD : « Il existe des acteurs dont l’ancienneté et la qualité des pratiques ne peuvent être ignorées. »

"La Guidance : une proposition de rencontre à celui qui ne semble avoir plus rien à dire sur lui-même" (G. Paravy)

Reste qu’entre la rationalisation des métiers du social sous l’effet des nouvelles règles de gestion publique et la satisfaction immédiate du désir façon Meetic de l’autre, la question de la possibilité d’une rencontre patiemment construite et durable peut se poser. La réponse se trouve peut-être dans l’éducation, sur laquelle Gaston Paravy conclut en rappelant la référence au « trésor caché », sous-titre du rapport de Jacques Delors à l’Unesco [2]. De quoi faire le lien avec Albert Jacquard, qui proposa en 2001 d’inscrire au fronton de toutes les écoles de la République : « Ici, on enseigne l’art de la rencontre. ». Entre humanistes...

Une offre de services aux entreprises

Renforcement de l’AIO en direction de tous les publics, affirmation du rôle d’acteur des politiques emploi-formation territoriales et développement de l’offre de services en direction des entreprises, tels sont les trois axes qui devraient servir la croissance du réseau. « Le premier axe passe par l’affinement des pratiques en fonction des nouveaux besoins qui se font sentir », indique Agnès Berjon, secrétaire générale d’InterMife. Accessible à la marge par le public jeune dans le cadre du service public de l’orientation, la guidance professionnelle personnalisée (GPP) est une méthode d’accompagnement (voir encadré) à même de répondre aux besoins de tous les publics : reconversion, reclassement, gestion de carrière, qualification, bilan professionnel et sécurisation des parcours pour les salariés et travailleurs indépendants ; (re) dynamisation, appui à l’insertion et accompagnement vers l’emploi pour les demandeurs d’emploi et les bénéficiaires de minima sociaux.

La guidance professionnelle personnalisée : un accompagnement en quatre phases

  • Accueil personnalisé et discernement de la demande.
  • Information pour l’élargissement des possibles.
  • Orientation, bilan et élaboration de projet.
  • Accompagnement dans les démarches de mise en œuvre du projet.

Dispositif ancré sur les territoires, les Mife font de leur axe 2 le renforcement de leur positionnement en tant qu’acteurs des politiques emploi-formation du territoire. « Personne ne peut plus agir seul, que nous soyons à la tête des coordinations ou simples parties prenantes, nous agissons dans un esprit de partenariat et assurons le relais des campagnes nationales en matière d’emploi et de formation », insiste Agnès Berjon. Ce qui ne préjuge en rien de l’autonomie d’action, comme en témoigne le site www.guidance-formations.com qui vise à informer sur la formation, ou l’ingénierie d’accompagnement et de sécurisation des parcours incarnée par la GPP.

Démarche préventive

Si les deux premiers axes caractérisent l’action historique des Mife, le dernier est, lui, certainement le plus à même d’élargir le spectre d’intervention du réseau. Créée en Savoie il y a deux ans sous l’appellation Guidance RH, l’offre entreprises est née d’un constat : « 30 à 60 % du public accueilli dans les Mife est constitué d’actifs en emploi », nous explique la secrétaire générale d’InterMife. Alors que ce public se déplace sur une base individuelle, la Mife de Savoie nourrit l’ambition de le réintégrer dans une « dynamique d’entreprise ». Financé par la Région à la faveur d’une expérimentation, le dispositif vise à la fois à sensibiliser les entreprises et à accompagner les salariés. « Ce n’est pas une démarche curative mais une démarche préventive d’anticipation des problèmes », prévient Agnès Berjon. Proposé en Rhône-Alpes sous la forme d’un accompagnement de huit heures aujourd’hui gratuit, le service pourrait s’étendre à d’autres Mife du réseau. Mais attention, « la coopération ne se décrète pas, elle se construit », souligne la directrice de la Mife de Savoie. Tant avec les organismes partenaires (CIBC, CIDFF, Opca et chambres consulaires) qu’avec les entreprises. Ainsi, et s’il a fallu neuf mois pour développer le partenariat entre les structures, la coopération avec les entreprises reste un combat de tous les jours : « Obtenir un rendez-vous n’est jamais un problème mais l’obstacle survient au niveau de l’information collective », laquelle demeure une étape à même de rebuter les entreprises. « La médiation d’un tiers n’est pas toujours facile à faire intégrer », commente-t-elle, « il s’agit aussi de faire bouger les lignes ». Reste que le développement de l’offre de services aux entreprises est aussi un enjeu économique pour l’avenir des Mife : « Face à la raréfaction des financements publics, il est plus que jamais nécessaire d’articuler les besoins individuels aux besoins de l’entreprise et du territoire », conclut Agnès Berjon.

Les Mife : une méthodologie d’intervention unique, un modèle institutionnel varié
À l’instar des Cités des métiers qui connaissent plusieurs niveaux de labellisation pour s’adapter aux réalités territoriales, les Maisons de l’information sur la formation et l’emploi (Mife) s’incarnent dans une variété de modèles institutionnels. Au-delà du modèle associatif qui travaille en lien avec les partenaires locaux, on peut ainsi avoir une Mife au sein d’un réseau de Points emploi enracinés dans des territoires ruraux (Pays de la Loire), une Mife Cité des métiers (Belfort) ou une Mife fondatrice devenue Maison de l’emploi, comme à Voiron (38), où la MDE porte la Mission locale, le Plie [3] et la Mife.

« Nos concitoyens ont besoin d’écoute et de dialogue » (Louis Besson)
Maire de Chambéry de 1989 à 1997 et de 2001 à 2007, ministre sous Michel Rocard [4] et Lionel Jospin [5], Louis Besson est aussi un ami des Mife [6]... Alors que les logiques d’accompagnement et d’éducation permanente ont parfois du mal à s’inscrire dans le cadre des politiques d’insertion « court termistes », il était présent pour apporter son témoignage. Réagissant aux propos de Gaston Paravy sur le sens de la rencontre telle qu’elle s’opère en Mife, l’ancien ministre y voit une « occasion de reprendre des forces, de consolider des convictions et, pourquoi pas, de suggérer des voies nouvelles aux décideurs ». S’appuyant sur sa propre expérience, Louis Besson porte en lui la certitude que des situations relevant « de l’impossible » peuvent « néanmoins se réaliser ». Évoquant à titre d’exemple le souvenir d’un SDF sans papiers qui lui avait été adressé il y a dix ans par le président du Secours catholique, il se félicite de pouvoir annoncer aujourd’hui un futur « docteur en droit ». CQFD : « La main tendue peut non seulement être l’occasion d’une confiance retrouvée mais d’une vraie révélation de potentiels extraordinaires complètement massacrés par la société et ses violences. » Et de conclure : « Finalement, ce dont beaucoup de nos concitoyens souffrent, c’est d’une absence de dialogue et d’écoute, mais aussi d’espérance à partir de ce que le dialogue peut apporter. » À une semaine de l’ouverture de la grand-messe gouvernementale du dialogue social, il fallait le dire...

Quel avenir pour le SPO ?

Les Mife et leurs invités - des Maisons de l’emploi aux Cités des métiers en passant par Centre Inffo et la Région Rhône-Alpes - ont cherché tout au long des rencontres nationales du réseau de la guidance à articuler identité professionnelle et plus-value du service rendu en partenariat.

Pour les évaluateurs de la mise en œuvre du volet orientation de la loi du 24 novembre 2009, la chose est entendue : le bilan est plutôt décevant, la faute à la création d’un droit à l’orientation tout au long de la vie construit dans le mépris de l’existant et la négation des Régions. Pour Agnès Berjon, le jugement est sévère au regard de l’opérationnalité somme toute récente du système et des évolutions attendues en matière de décentralisation et de réforme de la formation, qui en freinent le développement. De même pour le directeur de Centre Inffo, Julien Veyrier, qui appelle à « fortement relativiser le bilan critique » porté par la mission d’évaluation sur le portail Orientation pour tous : d’une part, celui-ci a connu un quasi-doublement de sa fréquentation en un an alors que la campagne de communication prévue n’a jamais eu lieu ; d’autre part, un outil internet ne peut à lui seul incarner le service public de l’orientation. Tout en rappelant que la plus-value réside dans une fédération de l’information respectueuse des identités professionnelles des réseaux et des publics, le directeur de Centre Inffo souligne « la complémentarité forte qui existe entre les réseaux régionaux d’information et le niveau national ». L’enjeu ? « Assurer une information homogène sur l’ensemble du territoire, garantie d’équité à l’égard des publics, mais aussi et surtout d’amélioration permanente de la qualité. » Laquelle se construit notamment au sein d’un comité éditorial mensuel qui réunit l’ensemble des contributeurs, avec l’objectif de produire une présentation commune de l’information. Au-delà du bilan, Julien Veyrier souligne les perspectives ouvertes par le conseil en évolution professionnelle issu de l’ANI du 11 janvier 2013 : « il est évident que nous aurons à faire évoluer les outils d’information pour répondre aux besoins spécifiques des salariés », analyse-t-il.

"Au milieu du chemin"

Se félicitant pour sa part d’avoir créé de « l’action collective sur les territoires par la mise en dynamique des acteurs de l’orientation », Isabelle Mazenq, responsable du service Accompagnement des parcours à la direction de la formation continue de la Région Rhône-Alpes, évoque également l’étape suivante : « Nous sommes satisfaits mais au milieu du chemin : alors que le SPO renouvelé se profile, il faudra voir comment aller au-delà du périmètre de l’accueil et de l’information en intégrant l’accompagnement », plaide-t-elle.

Le modèle du futur SPO, Marie-Pierre Establie, déléguée générale Alliance Villes Emploi, le verrait bien dans un rapprochement de structures existantes : « Qu’est-ce qui empêcherait le gouvernement de créer sur tous les territoires des Maisons de l’emploi qui supporteraient une Cité des métiers et seraient une antenne des Carif ? », interroge-t-elle en intégrant les Mife dans le schéma. « La Cité des métiers est un excellent dispositif, toutes les MDE devraient être porteuses d’une Cité des métiers et tous les Conseils régionaux, qui vont maintenant être en charge de l’orientation professionnelle, devraient porter ce type de projet », insiste-t-elle. Réaction sceptique d’Isabelle Mazenq qui, tout en reconnaissant que la Région Rhône-Alpes s’est inspirée du modèle, s’interroge sur ce qu’elle perçoit comme une volonté d’uniformisation.

Un "processus de ré-ingénierie"

Réfutant tout prosélytisme et préférant souligner une fois de plus la souplesse du modèle créé en 1993, Olivier Las Vergnas, secrétaire général du réseau international des Cités des métiers insiste, lui, sur des caractéristiques qui dévoilent une stratégie parfaitement raccord avec l’évolution prévisible du paysage de l’orientation : d’une part, et alors que les CIO sont aujourd’hui dans l’expectative, il s’adresse aux recteurs pour leur demander davantage de conseillers d’orientation psychologues en rappelant que les Cités des métiers sont « aussi ouvertes aux scolaires » ; d’autre part, et alors que le SPO s’inscrit dans un contexte de crise, il souligne l’évolution des Cités des métiers en des lieux de plus en plus ouverts, non seulement dédiés à l’AIO mais fonctionnant aussi sur le modèle d’une Maison des associations. La plus-value ? Renforcer ainsi le lien entre orientation et insertion à la faveur de la multiplication des initiatives de type "club projet" (voir notre article). Plaidant en conclusion pour un système mixte qui associe MDE, Mife et Cités des métiers, Olivier Las Vergnas évoque un « processus de ré-ingénierie » au bénéfice des enjeux — fondamentaux selon lui — de « proximité, lisibilité et visibilité ». Lesquels interdisent l’option du cavalier seul, à laquelle aspireraient parfois l’Éducation nationale et Pôle emploi : si ces deux là « jouent un jeu individuel », prévient-il, « on n’est pas sortis de l’auberge... ».
Conclusion du directeur de Centre Inffo : « Ce que démontre l’exemple des Mife, c’est que lorsque les réseaux ont une cohérence de pensée, ils sont d’autant plus performants qu’ils ont une forme d’action homogène, qui peut se coordonner avec d’autres. C’est cette complémentarité qu’il faut rechercher plutôt que l’uniformisation des politiques d’orientation sur l’ensemble des territoires. » Aucun risque...

Du bon usage de la notion de compétence

« Capacité à agir de manière pertinente et ciblée en respectant les limites d’une situation donnée. » C’est à partir de cette définition de la compétence que Philippe Meirieu, vice-président de la Région Rhône-Alpes en charge de la formation tout au long de la vie, a proposé une lecture du concept aux participants des Rencontres nationales des Mife. Apparue dans le champ de l’orientation et de la formation dans les années 50, la notion de compétence s’est d’abord présentée comme une « sorte d’antidote à toutes les conceptions fatalistes et innéistes qui se résignaient à constater l’existant », plutôt que d’envisager « ce qui pouvait être formé ». Soit une « révolution considérable » à une époque où dominait encore le « modèle astrologique » : en intégrant la notion de compétences, « l’orientation ne se fait plus à partir d’un donné mais devient une notion pro-active ». Laquelle suppose l’identification des potentiels en vue du déploiement d’actions de formation. Conséquence de cette « inversion » : « On ne cherche plus l’avenir de quelqu’un dans son passé, on s’appuie dessus pour ouvrir des perspectives. » Et de poursuivre : « Travailler en termes de compétences, c’est faire voler en éclats les préjugés. » Celui du « don », comme celui qui oppose « intellectuel à manuel » ou celui qui réduit l’avenir au « préexistant ». La deuxième évolution proviendra des travaux du linguiste Chomsky, qui distingue performance et compétence : « Ne pas observer la performance n’induit en rien l’absence de compétence. » Ce qui signifie que les outils de test ne doivent pas être utilisés à des fins d’ « enfermement », car « on ne peut rien inférer d’un résultat négatif si ce n’est que le sujet n’a pas produit, aujourd’hui, une performance réussie ». Avec les années 80 apparaît le couple « tâche-objectif », qui va permettre de « lier structurellement » l’orientation et la formation tout au long de la vie. « En formation, explique Philippe Meirieu, l’important n’est pas la tâche mais ce qu’elle a permis d’acquérir, c’est-à-dire l’objectif d’apprentissage. » Conséquence pour l’orientation : « L’objectif n’est plus de travailler sur ce que la personne sait déjà faire mais sur l’exploration de domaines nouveaux. »
Si la notion de compétences a influencé positivement le champ de l’orientation et de la formation, elle n’en présente pas moins un revers. D’une part, tout n’est pas compétence, d’autre part, tout ne se réduit pas à la notion de compétence. « Aucun métier n’est réductible à l’ensemble des compétences nécessaires pour l’exercer, un métier est un projet et un rapport au monde qui doivent être pris en compte dans le projet d’orientation », insiste-t-il. Exprimant sa « méfiance vis-à-vis des référentiels européens d’employabilité qui raisonnent exclusivement par adéquation entre compétences et critères d’employabilité », le vice-président de Région appelle à « ne pas se laisser envahir par une forme de technocratisation de l’orientation ». D’où sa « proximité assumée » avec les Mife, qui travaillent sur l’éducabilité et la mise en activité de la personne à travers l’examen du projet de vie.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

À consulter :

Du bon usage de la notion de compétence

« Capacité à agir de manière pertinente et ciblée en respectant les limites d’une situation donnée. » C’est à partir de cette définition de la compétence que Philippe Meirieu, vice-président de la Région Rhône-Alpes en charge de la formation tout au long de la vie, a proposé une lecture du concept aux participants des Rencontres nationales des Mife. Apparue dans le champ de l’orientation et de la formation dans les années 50, la notion de compétence s’est d’abord présentée comme une « sorte d’antidote à toutes les conceptions fatalistes et innéistes qui se résignaient à constater l’existant », plutôt que d’envisager « ce qui pouvait être formé ». Soit une « révolution considérable » à une époque où dominait encore le « modèle astrologique » : en intégrant la notion de compétences, « l’orientation ne se fait plus à partir d’un donné mais devient une notion pro-active ». Laquelle suppose l’identification des potentiels en vue du déploiement d’actions de formation. Conséquence de cette « inversion » : « On ne cherche plus l’avenir de quelqu’un dans son passé, on s’appuie dessus pour ouvrir des perspectives. » Et de poursuivre : « Travailler en termes de compétences, c’est faire voler en éclats les préjugés. » Celui du « don », comme celui qui oppose « intellectuel à manuel » ou celui qui réduit l’avenir au « préexistant ». La deuxième évolution proviendra des travaux du linguiste Chomsky, qui distingue performance et compétence : « Ne pas observer la performance n’induit en rien l’absence de compétence. » Ce qui signifie que les outils de test ne doivent pas être utilisés à des fins d’ « enfermement », car « on ne peut rien inférer d’un résultat négatif si ce n’est que le sujet n’a pas produit, aujourd’hui, une performance réussie ». Avec les années 80 apparaît le couple « tâche-objectif », qui va permettre de « lier structurellement » l’orientation et la formation tout au long de la vie. « En formation, explique Philippe Meirieu, l’important n’est pas la tâche mais ce qu’elle a permis d’acquérir, c’est-à-dire l’objectif d’apprentissage. » Conséquence pour l’orientation : « L’objectif n’est plus de travailler sur ce que la personne sait déjà faire mais sur l’exploration de domaines nouveaux. »
Si la notion de compétences a influencé positivement le champ de l’orientation et de la formation, elle n’en présente pas moins un revers. D’une part, tout n’est pas compétence, d’autre part, tout ne se réduit pas à la notion de compétence. « Aucun métier n’est réductible à l’ensemble des compétences nécessaires pour l’exercer, un métier est un projet et un rapport au monde qui doivent être pris en compte dans le projet d’orientation », insiste-t-il. Exprimant sa « méfiance vis-à-vis des référentiels européens d’employabilité qui raisonnent exclusivement par adéquation entre compétences et critères d’employabilité », le vice-président de Région appelle à « ne pas se laisser envahir par une forme de technocratisation de l’orientation ». D’où sa « proximité assumée » avec les Mife, qui travaillent sur l’éducabilité et la mise en activité de la personne à travers l’examen du projet de vie.

par N. D., Centre Inffo, 2013

[1] Basse-Normandie, Bourgogne, Franche-Comté, Île-de-France, Pays de la Loire et Rhône-Alpes.

[2] L’éducation : un trésor est caché dedans. Rapport à l’Unesco de la Commission internationale sur l’éducation pour le vingt et unième siècle, 1996.

[3] Plan local pour l’insertion et l’emploi.

[4] Ministre du Logement (1989-1990), ministre de l’Équipement, du Logement, des Transports et de la Mer (1990-1991).

[5] Secrétaire d’État chargé du Logement (1997-2001).

[6] Maisons de l’information et de la formation.

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