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Le conseil en évolution professionnelle n’effraie pas les acteurs

Par Centre Inffo

Comme le compte personnel de formation, la mise en place du conseil en évolution professionnelle (CEP) s’est petit à petit dessinée. Cette phase est lancée à présent, et les opérateurs se préparent activement, formant leurs collaborateurs pour être prêts au 1er janvier 2015. Mais pour eux, cette
prestation de conseil pour tous s’inscrit dans le prolongement de leurs pratiques, et ils se font forts de maîtriser la situation.

Preuve que le conseil en évolution
professionnelle prévu par la
loi du 5 mars 2014 ne sort pas de
nulle part, la très grande majorité
des acteurs concernés par la mise en
œuvre de ce dispositif n’ont pas attendu
le 19 juin, date de l’examen du cahier
des charges définitif lors de la séance
plénière du Conseil national de la formation
professionnelle tout au long de
la vie (CNFPTLV), pour anticiper. Et
qu’il s’agisse de former ses troupes, de
peaufiner son positionnement ou de saisir
une opportunité de développement,
personne ne se montre indifférent.

Des opérateurs nationaux en ordre de marche

Du côté des opérateurs nationaux désignés
par la loi, l’ampleur de l’effort
d’adaptation est fonction des missions
historiques. Ainsi prévoit-on logiquement
moins de “grands bouleversements”
du côté des Missions locales que de
celui de Pôle emploi, où d’importants
moyens ont été sollicités pour “développer
la compétence orientation”
 [1].
Entre les deux, l’Association pour
l’emploi des cadres (Apec), perçoit,
elle, davantage une “confirmation” et
un “enrichissement” qu’une philosophie
radicalement différente. Directeur de
la stratégie, Bertrand Lamberti nous
rappelle que l’accord national interprofessionnel
de 2011 avait déjà placé la
sécurisation des parcours professionnels
au centre de ses missions. Le changement
dans la continuité, donc, qui
n’en amène pas moins “une évolution de
l’offre de services et une montée en compétence
des collaborateurs, pour pouvoir
être au plus près des attendus de cette loi
comme de la mission de sécurisation des
parcours professionnels”
.

Les “fondamentaux” au rendez-vous

Comparant le conseil en évolution
professionnelle à un “accélérateur”, il
s’attendait d’ailleurs à ce que le futur
cahier des charges reprenne nombre
de “fondamentaux” utilisés par l’Apec
dans le cadre de sa mission de sécurisation
des parcours professionnels. Des
exemples ? “L’approche situationnelle,
qui place le bénéficiaire au cœur du service
rendu”
, mais aussi les “modalités
relationnelles de délivrance des services :
le conseil en évolution professionnelle a
comme cœur de cible les actifs salariés,
lesquels représentent quelque 50 % des
publics accompagnés par l’Apec, et ont la
main sur les modalités de délivrance, distancielle
ou présentielle.”
Et de prévenir :
“Ce sont des fondamentaux structurants
si l’on veut rendre captifs ces publics dans
cette logique de sécurisation des parcours.”

Une offre de services en test

Si l’historique de l’opérateur fait
sens avec la loi du 5 mars 2014, cela
n’exclut toutefois pas une forme de
préparation qui ajuste les services au
plus près des évolutions attendues.
Évoquant d’abord la récente “décision
de la gouvernance d’acter une nouvelle
organisation du réseau en 15 délégations
territoriales mises en œuvre dès cet été”
,
Bertrand Lamberti souligne l’impact
positif de cette modernisation sur la
capacité de l’Apec à travailler avec les
Régions et les services publics régionaux
de l’orientation.
Autre axe de préparation : l’enrichissement
de l’offre de services. Élaboré
à partir de propositions formulées au
mois d’avril par le directeur de la stratégie,
un plan d’intégration du conseil
en évolution professionnelle dans
l’offre de services devrait être validé
par la gouvernance de l’opérateur. “En
fonction des décisions, nous pourrons
commencer dès cet été les sessions d’information
et de formation auprès des
collaborateurs concernés pour être opérationnels
au 1er janvier 2015.”
D’ici là,
Bertrand Lamberti évoque “une mise en
œuvre « à blanc » dès le second semestre
2014”
, de façon à “pouvoir tester le
niveau de satisfaction des bénéficiaires”

avant même le lancement officiel.

“Conseillers” et “consultants”

Au total, environ 400 collaborateurs
sont concernés, très majoritairement
des “consultants” et, à hauteur d’une cinquantaine
de salariés, des “conseillers”.
Ce qui les distingue ? “Les situations
qu’ils gèrent. Le conseiller intervient sur
des prestations de premier niveau qui font
appel aux techniques de recherche d’emploi,
mais qui ne constituent pas en soi la
construction et la validation d’un projet
professionnel ; le consultant, lui, a une
approche beaucoup plus globale de la situation
de la personne.”
Jusqu’ici centrés
sur le projet professionnel, les collaborateurs
devront monter en compétence
sur le volet formation, “de la constitution
du projet jusqu’au conseil en matière d’ingénierie
financière de formation.”

Droits “universels” et “individuels”

“Cœur de métier” de l’Apec en matière
de conseil et d’accompagnement, ces
prestations ne seront pas sous-traitées.
Elles peuvent en revanche s’enrichir de
complémentarités lorsque la problématique
l’exige. Ainsi, par exemple, celle
de la création-reprise d’entreprise, qui
peut amener les boutiques de gestion à
travailler en partenariat – et non pas en
“subsidiarité” – avec l’Apec.
Au-delà de ce cas particulier, Bertrand
Lamberti évoque les relations avec les
autres opérateurs. Prévoyant une meilleure
connaissance des offres respectives,
le directeur de la stratégie y voit une manifestation
de la “logique d’enrichissement
et d’accélérateur”
, contribuant à “une écologie
lisible des acteurs qui concourent à
l’évolution professionnelle du salarié”
. Et
en la matière, il salue “l’ambition forte
de responsabilisation des publics”
amenée
par la loi du 5 mars 2014, à travers
l’ouverture des “deux droits universels et
individuels”
que sont le compte personnel
de formation et le conseil en évolution
professionnelle.

Les conventions régionales

Souvent les plus à même de délivrer
sans grands changements un conseil en
évolution professionnelle en raison de
la nature même de leur offre de services,
les acteurs régionaux devront néanmoins
attendre que les conventions
régionales se déploient pour connaître
leur niveau d’implication dans la mise
en œuvre du nouveau dispositif. Sans
doute parce qu’ils possèdent un temps
d’avance, c’est aussi au sein de ces réseaux
que l’on réclame déjà d’aller plus
loin dans l’universalité du service.

Surtout aider “ceux qui sont perdus dans le système”

Pour Olivier Las Vergnas, fondateur du
concept Cité des métiers et secrétaire général
du réseau international, il apparaît
que le cahier des charges porte surtout
sur l’amélioration de la complémentarité
opérationnelle entre les lieux d’accompagnement.
“Comme lors de la mise
en place des Points relais conseil VAE [2], estime-
t-il, on a amélioré la tuyauterie, c’est-à-
dire la circulation des publics d’un lieu
à un autre, l’accompagnement et la traçabilité
de ce qu’ils font. C’est important, et
il fallait le faire, mais ce n’est qu’un bout
du problème.”
Et d’expliquer : “Celui qui
n’a pas été résolu concerne les personnes qui
ne savent même pas comment faire pour
savoir si cela vaut la peine de se lancer
dans une VAE… C’est la même chose avec
le conseil en évolution professionnelle : il
faut savoir comment aider ceux qui sont
perdus dans le système général à se mettre
en mouvement et à mieux comprendre les
enjeux.”

Revient ici une critique récurrente
adressée au système français : “On va
améliorer le système vis-à-vis des publics
qui le mobilisent déjà, mais pas du tout
vis-à-vis de la grande majorité de la population
qui ne sait même pas ce dont elle
peut bénéficier.”

Les cinq opérateurs : risques de cloisonnements ?

Rappelant la chronologie de la réforme,
Olivier Las Vergnas analyse : “Au moment
de l’accord national interprofessionnel
de décembre 2013 et de la préparation
de la loi, le conseil en évolution
professionnelle était un objet flou, ouvert
à tous et qui couvrait tout ce qui pouvait
concourir à l’évolution professionnelle
des adultes. Aujourd’hui, nous avons un
cahier des charges principalement dimensionné
pour optimiser le fonctionnement
des cinq opérateurs
 [3] de l’article 22.”

Qu’en pensent les Maisons de l’information
sur la formation et l’emploi
(Mife), autres opérateurs potentiels du
second cercle du conseil en évolution
professionnelle ? “Peut-être que l’on ne
pouvait pas faire autrement que d’avoir
cette porte d’entrée généraliste”
, concède
Agnès Berjon, secrétaire générale de
l’InterMife. Mais attention à ne pas
s’en tenir à une mise en œuvre du dispositif
réduite aux cinq opérateurs nationaux
désignés par la loi, au risque de
devoir faire face à des “dérives, soit par le
cloisonnement des publics, soit par le cloisonnement
des pratiques d’orientation”
,
prévient celle qui revendique trente ans
de CEP via la guidance.

La “politique préventive”

Reste donc à traiter ce qu’Olivier Las
Vergnas nomme la “politique préventive”
 : aujourd’hui, “le cahier des charges
est orienté pour permettre un meilleur
fonctionnement du système curatif, mais
il n’améliore pas le front office préventif
. Et de conclure : “C’est ce qui s’est
déjà passé avec la VAE et le service public
de l’orientation, l’ambition théorique est
d’être à la fois préventif et curatif, mais
finalement, par manque de moyens, personne
ne veut s’imposer le même niveau de
réingénierie en front office et on donne
la priorité au curatif… Le système gère
les usagers de la formation professionnelle
alors que les Cités des métiers écoutent les
habitants et parlent avec eux...”

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

[1Voir L’Inffo n° 856, p. 7.

[2Validation des acquis de l’expérience.

[3Pôle emploi, Apec, Cap emploi, Missions locales

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