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Le conseil en évolution professionnelle vu par un opérateur régional

Par Centre Inffo

Invitée de l’université ouverte des compétences (UODC), Nathalie Cœur, directrice de la Mission d’information professionnelle de la Bresse Louhannaise, est intervenue sur le métier de conseil en évolution professionnelle (CEP). L’occasion de mettre en perspective, à partir de plus de 20 ans d’expérience, les enjeux et les conditions de réussite du service créé par la loi du 5 mars 2014.

Accueillant tout type de publics, la MIP de Louhans, créée en 1991 et financée par le Conseil régional de Bourgogne, préfigure de longue date le conseil en évolution professionnelle. Également membre du réseau Intermife [1], la structure fonctionne en lieu unique multi-services où se trouvent aussi bien Pôle emploi, que le centre d’information et d’orientation (CIO), la Mission locale ou encore l’atelier de pédagogie personnalisée (APP). Acteur du CEP bien avant la lettre, la MIP a en logiquement été retenue par l’exécutif régional comme l’un des opérateurs. Nathalie Cœur le souligne, si l’arrivée du CEP institutionnalisé a été un « accouchement sans douleur » pour sa structure, il n’en représente pas moins une « grande avancée » pour le public accueilli : constitué à 80 % de salariés en CDI, ceux-ci arrivaient auparavant « par rebonds », ils disposent désormais d’un interlocuteur clairement identifié.

À la recherche des besoins du demandeur

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Nathalie Coeur (© UODC)

Processus itératif basé sur la co-construction, le CEP décrit par Nathalie Coeur s’inscrit dans un cadre fixé par le Conseil régional de Bourgogne qui limite à quatre entretiens maximum par an la prestation. De quoi laisser des marges à la directrice de la MIP de Louhans, qui officie le plus souvent dans le cadre d’un unique entretien d’une heure à une heure quinze. D’après son expérience, c’est au rythme d’une « valse à quatre temps » qu’elle organise le CEP : d’abord, la clarification du projet ; ensuite sa vérification et validation ; puis, l’ouverture du champ des possibles et, enfin, l’élaboration de stratégies et de scénarios de mise en œuvre du projet professionnel.

Parce que la démarche laisse la plus grande place au bénéficiaire, il ne s’agit pas pour autant d’une chronologie figée mais bien davantage d’axes de travail au sein desquels le duo navigue autant que de besoin. En parfaite phase avec le cahier des charges du CEP, il ne s’agit jamais d’imposer ou de faire à la place, mais bien d’écouter et de co-construire. Accordant une importance peu commune à la notion de conseil, Nathalie Cœur se refuse cependant à interpréter la notion de co-construction dans un sens qui laisserait des éléments clés de la faisabilité du projet sous la seule responsabilité du bénéficiaire. Exemple avec les règles de fonctionnement des Opacif [2], différentes d’un organisme à l’autre et qui peuvent rendre ou non possible un projet : quand une personne est dans l’urgence et qu’un Opacif met 2 à 7 ans pour accepter une demande de congé individuel de formation (Cif), il est inenvisageable pour la directrice de la MIP de ne pas pouvoir en avertir l’usager.

Construction de la professionnalisation

En matière de professionnalisation du CEP, Nathalie Cœur évoque la nécessité d’un « outillage ». Que celui-ci soit disponible sur le marché (Fiches pratiques de la formation professionnelle continue du Centre Inffo, …) ou développé en interne pour les besoins mêmes de la structure. À cet égard, la MIP de Louhans a fortement investi, allant jusqu’à créer et breveter un outil dédié au financement de la formation [3]

Qui dit investissement dit soutien et financement. Assuré dans son cas par le Conseil régional qui a accepté de « financer du fonctionnement », condition selon elle essentielle à la « prise d’initiatives », qui ne peut avoir lieu quand ne sont financées que des « actions ». Aussi sa structure est-elle financée par plusieurs entrées : au titre de la MIP, mais aussi de la VAE, du CEP et des produits d’information fabriqués pour les autres conseillers.

S’agissant du temps nécessaire à la formation d’un conseiller en évolution professionnelle, la directrice de la MIP de Louhans se montre sceptique devant les programmes de professionnalisation limités à 3 jours qui ont pu apparaître ça et là. Dans sa structure, c’est le « compagnonnage » qui a été retenu, sur au moins une année. Et de prévenir : « il faut accepter que la montée en compétences prenne du temps, sinon, c’est envoyer le conseiller au casse-pipe ».

Des limites du conseil

Parmi les « pièges du conseil » évoqués par Nathalie Cœur, apparaît la « tentation adéquationniste », qui consiste à tenter de vendre les solutions proposées par l’institution ou le marché, sans même chercher à découvrir le projet réel de la personne. Elle le précise, cette tentation n’est pas toujours liée à la seule volonté du conseiller mais dépend fortement du lieu d’exercice. Ainsi, elle cite à titre d’exemple des conseillers Pôle emploi, dont elle ne remet pas en cause la compétence, mais que le manque de temps et, peut-être surtout, le positionnement institutionnel, empêche de se mettre véritablement à l’écoute du demandeur. Autre écueil, qui questionne la notion même de projet professionnel contenue dans le CEP : « l’illusion d’avoir la maîtrise de l’orientation ». Et d’expliquer : « il ne s’agit pas d’une science exacte et l’on n’est plus souvent dans une capacité à saisir l’opportunité que sur un véritable projet professionnel ». À cet égard, elle questionne également la notion « d’évolution professionnelle » sur laquelle la loi insiste, précisant que dans la réalité, il s’agit moins d’accompagner les publics dans des « évolutions ascendantes » que de les aider à prendre le bon « tournant » face à un « ensemble de lignes brisées » (licenciement, handicap, perte de sens...).

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2015

En savoir plus :

[1] Réseau des Maisons de l’information sur la formation et l’emploi (Mife).

[2] Organisme paritaire agréé au titre du congé individuel de formation.

[3] Voir Ma Solution Formation.

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