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La “co-orientation”, méthode collective de validation des choix

Par Centre Inffo

Serions-nous plus efficaces pour aider nos “pairs” à s’orienter que pour nous orienter nous-mêmes ? C’est l’intuition d’Isabelle Liotta, qui a imaginé – au départ, à l’École des mines – une méthode, la “co-orientation”. Une démarche réflexive conduite de manière collective...

En 2015, tout actif aura la possibilité
de mobiliser le conseil
en évolution professionnelle.
Depuis le 24 juillet 2014, date
de la publication au Journal officiel
de l’arrêté relatif au cahier des charges de
ce nouveau droit social, on en connaît
mieux les finalités, les publics, l’offre de
services, les principes et les modalités de
mise en oeuvre. Alors que les opérateurs
nationaux sont connus et les opérateurs
régionaux pressentis, on peut aussi se
faire une idée des outils qui seront déployés
pour délivrer ce conseil. Mais,
face à un dispositif innovant qui appelle
une démarche de co-construction individualisée
et personnalisée, le moment
paraît opportun pour s’intéresser à
d’autres méthodes que celles qui seront
déployées par les opérateurs historiques
du champ de l’orientation, de la formation
et de l’emploi. Exemple avec la coorientation,
méthode développée par
Isabelle Liotta, centralienne en charge
de l’orientation et des carrières à l’École
des mines ParisTech.

Élaborer et formaliser son projet

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Isabelle Liotta (DR)

Être sans projet professionnel en fin
de formation initiale, cela n’arrive pas
qu’aux bas niveaux de qualification.
Preuve que même les étudiants des
grandes écoles peuvent être concernés,
Isabelle Liotta a développé une
méthode spécifique à leur intention.
Option au programme de troisième
année et baptisée “co-orientation”,
la démarche vise à favoriser une démarche
réflexive conduite de manière
collective. Et si le public à l’origine de
la méthode n’est pas celui du conseil
en évolution professionnelle, rien
n’empêche de l’adapter au contexte
de la définition livrée par le cahier des
charges [1] : “Processus d’appui pour faire
le point sur sa situation professionnelle et,
le cas échéant, élaborer et formaliser un
projet d’évolution professionnelle quelle
qu’en soit la nature (insertion, mobilité
interne ou externe, reconversion, reprise
ou création d’activité...).”

Réunions avec un coach

Face à des étudiants ne sachant que
faire en fin de cursus en dépit de stages
à l’étranger, de mises en situation et de
nombreuses rencontres, Isabelle Liotta
s’est inspirée de pratiques observées
outre-Atlantique pour amener les étudiants
à réfléchir ensemble à leur avenir
professionnel. Si une enquête métier
approfondie, déjà en vigueur dans de
nombreux contextes, vient clore la démarche,
l’innovation vient justement
de la dimension collective : puisque
l’objectif de l’orientation professionnelle
reste de trouver sa place dans la
société, pourquoi ne pas associer ses
“pairs” à sa quête ? Aussi, et plutôt que
de s’enfermer dans des projets élaborés
en solo, les étudiants sont ici conviés
à participer à cinq réunions de deux
heures réunissant cinq à six participants
et animées par un coach. En exposant
son idéal, ses rêves et les représentations
des métiers qu’il envisage, chaque
participant s’enrichit de l’échange avec
ses camarades, qui peuvent également
proposer des pistes d’orientation élargissant
les possibles.

Faire un “choix de vie”

Aux termes de la démarche, il n’est pas
rare que certains changent totalement
de projet, assure Isabelle Liotta. Avec, à
la clé, cette conviction : “Une mauvaise
orientation est un facteur aggravant du
chômage.”
Reste qu’elle l’admet volontiers,
“au niveau des Mines ParisTech,
nous n’avons quand même pas de souci
d’insertion ! Mais la difficulté pour tous
ces jeunes, c’est de faire un premier choix
de vie. C’est un choix crucial pour eux et
lourd de conséquences, dans la mesure où
c’est leur première identité professionnelle
qui se joue : ils vont changer d’environnement
personnel et social, quitter leur
famille, construire leur foyer, ...c’est donc
un choix très impliquant”
, insiste-t-elle.

“Bénéficier du miroir du groupe”

L’apport de la co-orientation ? “S’aider
en aidant les autres et bénéficier du miroir
du groupe, ce qui permet à chacun
de préciser sa singularité, sa différence et
d’ouvrir sur des possibles non envisagés.”

Et de poursuivre : “Ils ne font plus un
choix par défaut, mais sont d’autant plus
motivés qu’une démarche réseau en deuxième
partie de processus leur permet de
valider leurs hypothèses professionnelles
ou de les élargir. Ils deviennent beaucoup
plus persuasifs et peuvent convaincre
d’autant plus facilement qu’ils ont été
amenés à identifier un poste : partis
d’une investigation et d’une recherche
d’information, ils finissent par chercher
leur job.”

Aussi une expérience de management de groupe

Tout l’enjeu est de les amener à “identifier
l’environnement de travail adapté
à leur personnalité, leurs valeurs et leur
ambition et, surtout, de déclencher une
réflexion de fond qui les suivra tout au
long de leur vie”
. En la matière, le résultat
semble être atteint, dans la mesure
où la diffusion de la méthode repose
aujourd’hui largement sur l’apport
des anciens : “C’est l’un des principes,
explique-t-elle, les participants d’un
groupe de co-orientation, une fois diplômés
et insérés, peuvent et moyennant une
formation de trois jours revenir pour
animer un groupe.”
Pourquoi le fontils
 ? “Pour rendre un peu ce qu’on leur
a donné et acquérir une expérience de
management de groupe qui peut être un
plus sur leur CV, sans évaluation de la
part de leur entreprise”
, répond-elle.

La méthode donne naissance à une formation

Autre forme d’essaimage, l’intérêt
manifesté hors les murs de ParisTech a
conduit Isabelle Liotta à monter sur demande
des sessions de formation destinées
plus particulièrement aux responsables
emploi d’autres institutions [2]. En
deux jours, la créatrice de la méthode
assure ainsi livrer une “méthode clé en
main pour s’orienter”
 : “Quand on sort
de la formation, on a une méthode très
précise, avec des techniques d’animation
d’origine canadienne inspirées notamment
du co-développement, qui permettent
de créer un contexte bienveillant
et positif.”

Méthode affinée

Marque déposée à l’Inpi [3], la co-orientation
a également fait l’objet d’un guide
pratique [4], publié une dizaine d’années
après, qu’Isabelle Liotta ait commencé
à bâtir sa méthode à la manière d’un
“work in progress”. Y sont notamment
présentées les six étapes qui structurent
le processus de co-orientation. Soit
et en première semaine, deux heures
trente de “rêves et cauchemars” pour
définir ses aspirations et valeurs, suivies
de deux heures consacrées au choix des
métiers. Puis, en deuxième semaine,
deux heures pour valider ses “coeurs de
cible”
et se préparer aux “interviews”,
qui permettront de “confronter ses valeurs
et croyances à la réalité du terrain”
.
Réalisées en semaines 3 et 4, les interviews
sont restituées au cours des deux
séances suivantes, également consacrées
à l’élaboration du plan individuel d’actions
et à un tour de table d’évaluation
finale du projet professionnel. Enfin
et de manière optionnelle, une ultime
séance peut être consacrée à l’approfondissement
de la démarche réseau pour
donner vie au projet professionnel.

Dynamique de co-construction

Évoluant dans l’univers des grandes
écoles, Isabelle Liotta n’évoque pas
d’elle-même un transfert au monde de
l’orientation et de la formation tout au
long de la vie. Pourtant, à l’heure où
le conseil en évolution professionnelle
entend accompagner les parcours, la
co-orientation pourrait bien apporter
une valeur ajoutée au service rendu
aux demandeurs d’emploi comme aux
actifs en poste : aujourd’hui limité au
binôme bénéficiaire-conseiller, la posture
de co-construction instaurée par le
cahier des charges du conseil en évolution
professionnelle se trouverait élargie
aux pairs. Il y a là des avantages qui
vont bien au-delà de la symbolique, de
la sortie de l’isolement à la valorisation
collective.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

[1Arrêté du 16 juillet 2014 fixant le cahier
des charges relatif au conseil en évolution
professionnelle. Voir aussi L’Inffo n° 861, p. 4.

[2Parmi lesquelles l’Ecole polytechnique, Centrale Supelec, Sup de Co La Rochelle, INP Grenoble, etc.

[3Institut national de la propriété industrielle.

[4Premier job, réussir son premier choix de vie, Presses des Mines coll. Vademecum, 154 p., 2011.

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