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L’orientation en quête de refondation

Par Centre Inffo

Face au sentiment dominant que le flou des objectifs n’a pas aidé à la mise en œuvre du service public de l’orientation, l’expérimentation régionale qui vient de débuter dans huit Régions semble déterminée à prendre le temps de la réflexion. Démonstration avec Even Loarer, Francis Danvers et André Chauvet, trois des plus éminents spécialistes français de l’orientation qui appellent à travailler les complémentarités.

Un concept « inépuisable »

Invité à commenter des définitions de l’orientation, Francis Danvers, professeur des universités en sciences de l’éducation, prévient : au pays de Descartes, la passion de définir a tout à voir avec le désir de maîtrise, mais ceci n’est qu’illusion en matière d’orientation, concept « inépuisable » qui renvoie à « l’objet du désir, dimension fondamentale de notre humanité ». Et plutôt que de figer cette « belle idée » dans un mot, lui préfère « s’orienter dans la vie », titre de son dernier ouvrage qui inscrit le concept dans l’action. Revenant sur ce qu’il nomme comme « l’illusion créatrice » de l’individu acteur, le spécialiste de l’éducation avertit : l’orientation ne repose pas exclusivement sur les individus, « d’autant plus qu’ainsi que l’a rappelé [la vice-présidente de Région] Georgette Bréard dans son propos introductif, il y a une gouvernance de la société sur ce sujet et que le pouvoir politique a des choses à dire ».

Un « travail risqué »

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André Chauvet (DR)

Citant la philosophe et députée italienne Michela Marzano, le consultant André Chauvet associe, lui, le travail d’orientation à l’idée de « confiance », cette « trace d’humanité [dont le] résultat n’est jamais garanti ». Confiance dont ont justement besoin les acteurs pour risquer, donc, de « passer d’une logique d’addition à une logique de coopération, (...) pour que l’ensemble soit plus que la somme des parties ». Ainsi, le risque apparaît comme la solution, y compris pour des usagers qui réclament pourtant et surtout « des réponses relativement garanties dans des temporalités relativement brèves ». Et obtiennent en retour « plutôt de l’incertitude, de la complexité et du risque ». Lesquels ne naissent pas de l’incompétence des accompagnants mais du « passage d’un monde relativement prévisible et linéaire à un monde incertain et discontinu dans lequel la planification de ce que l’on imagine ne garantit absolument pas le résultat ». Conséquence pour la posture de conseiller : la nécessité de travailler à l’émergence de « perspectives d’évolution fondées et éclairées » qui ne s’inscrivent pas en négation des « aléas nécessairement arrivant tout au long d’une vie professionnelle ».

Naissance d’une « culture commune »

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Francis Danvers (DR)

Dans sa contribution, Even Loarer, directeur de l’Inetop-CNAM [1], est lui revenu sur l’analyse du « jeu d’acteurs » qu’il a pu observer pendant deux ans à l’occasion de la mise en œuvre du service public de l’orientation en Seine-et-Marne. Si la mise en commun passe forcément par un temps de « crispation identitaire » entraînant son lot de frilosités et de méfiances, explique-t-il, ce temps laisse bientôt place au développement d’un « sentiment d’appartenance à une identité commune ». Non pas un tout homogène mais un espace où les points d’accord font office de ponts invitant à dépasser « ses propres frontières ». Par exemple, la « finalité, qui vise à offrir la meilleure prestation d’orientation au citoyen ». Autre possible terrain d’entente : « les grands principes déontologiques qui fondent le conseil », comme les règles de confidentialité, l’indépendance, l’impartialité, l’égalité des chances, etc., rappelle-t-il. De même pour « les registres de pratique et les différentes postures que l’on peut adopter, (…) avec la conscience que ce que l’on ne fait pas laisse la place à d’autres acteurs ». Soit une découverte de l’altérité qui « contribue à ce sentiment de faire partie d’un ensemble plus large ».

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Even Loarer (DR)

Également au cœur des ambitions portées par Georgette Bréard, cette notion de culture commune restera sans doute comme le principal message du colloque organisé par la Région Bretagne. Et c’est peut-être aussi ce qui relie le plus facilement les objectifs du SPO version loi de 2009 et ceux de l’expérimentation régionale version loi de décentralisation. Prêts pour la co-gouvernance ?

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

[1Institut national d’étude du travail et d’orientation professionnelle.

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