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JobIRL, la promesse d’une rencontre d’un pro "dans la vraie vie"

Par Centre Inffo

“Rater son orientation”, au pays du diplôme-roi, peut coûter cher. Qui n’a jamais regretté de n’avoir pas pu, à 18 ans, parler avec des personnes expérimentées dans les métiers envisagés, pour éviter de tomber dans quelques pièges ? C’est ce que propose un service complémentaire aux prestations traditionnelles d’orientation, JobIRL.

Combien de jeunes étudiants sont véritablement allés à la rencontre d’un professionnel avant de choisir leur voie ? Combien de scolaires appuient leurs choix APB [1] par la confrontation de leurs hypothèses avec la réalité des métiers ? Si l’enquête professionnelle a tendance à se généraliser dans le cadre des bilans de compétences et des reconversions, elle demeure exceptionnelle pour nombre d’entre eux. Laissée à l’initiative des individus, la démarche suppose une compétence relationnelle peu encouragée par le système éducatif. D’où l’intérêt de JobIRL, réseau social pour l’orientation des 14-25 ans créé par Christelle Meslé-Génin, ex-professionnelle du marketing et de la communication.

Aider les jeunes à pousser la porte...

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Christelle Meslé-Génin (DR)

Objectif : aider les jeunes en quête d’orientation à valider leur choix final par une rencontre avec un professionnel du métier envisagé. Bien sûr, du stage de découverte professionnelle à Jobs en boîte [2] en passant par Via métiers ou les évaluations en milieu de travail proposées par Pôle emploi, les formules ne manquent pas. Mais l’originalité de JobIRL est double : d’une part, elle adresse spécifiquement les jeunes de 14 à 25 ans ; d’autre part, elle repose sur un modèle associatif et participatif gratuit pour l’usager final. Pourquoi les jeunes ? « Parce que l’on s’oriente à partir de la troisième jusqu’à 25 ans, âge qui marque la fin des études. C’est un bon début et je pense que l’on a plus de jeunes qui n’ont aucun réseau pour s’orienter que d’adultes, qui ont quand même plus de leviers pour s’aider », estime Christelle Meslé-Génin. Quant au modèle associatif et participatif, il faut se pencher un peu sur le parcours de la fondatrice pour comprendre. D’un côté, une carrière internationale dans le marketing et la communication, de l’autre, un engagement social de longue date. Accueil de sans domicile fixe, accompagnement de chômeurs de longue durée, suivi de jeunes en déshérence, etc., les activités bénévoles ont longtemps occupé ses soirées.
Pourquoi l’orientation ? « Cela faisait des années que je rêvais de monter un projet de solidarité. J’avais depuis longtemps cette idée d’aider les plus jeunes à s’orienter car j’aurais adoré, à 18 ans, pouvoir rencontrer des professionnels pour parler des métiers et être davantage éclairée sur ce que je pouvais faire ou pas. » Et si elle même estime, à 41 ans, « être à sa place », c’est seulement vingt ans après avoir eu le sentiment de « rater son orientation »... Au-delà de ce ressenti personnel, elle évoque ses deux ans de présidence de la fondation du groupe General Electric à laquelle elle consacrait dix heures par semaine. Parmi la trentaine de projets annuels qui mobilisait quelque 15 % des salariés, celui dédié à l’accompagnement scolaire de jeunes de Nanterre l’avait alors quelque peu frustrée : « Sympa, mais quel dommage de ne pas prendre le temps de leur parler de nos métiers, de les initier à l’entreprise et de les ouvrir au monde professionnel », se souvient-elle. Si bien que lorsqu’elle quitte en 2010 son dernier poste dans le privé [3], sa décision est prise : « Je me suis dit que j’allais créer une plateforme qui permette aux jeunes et aux pros de se mettre en relation directe. »

Le dernier maillon

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HappyJob - Levallois-Perret

Conçu comme un service complémentaire aux prestations traditionnelles d’orientation, JobIRL entend intervenir là où le conseiller classique atteint ses limites : « Les filières sont tellement complexes que personne n’est capable de tout connaître », estime-t-elle, « sur JobIRL, nous avons aujourd’hui une nomenclature de 800 métiers et 47 secteurs d’activité que l’on enrichit tous les jours. J’entends régulièrement les gens critiquer les acteurs de l’orientation mais personne n’est capable de tout faire. » D’où le message : « Arrêtez de critiquer, il faut juste que chacun ait son rôle. Nous proposons simplement qu’un jeune vienne rencontrer un professionnel pour affiner sa compréhension du métier et en comprendre la réalité, après avoir vu un conseiller, un coach ou autre... » Développé en marge des réseaux historiques de l’orientation, le JobIRL repose également sur une conception élargie de l’éventail des possibles qui transparaît dans le discours de Christelle Meslé-Génin : « La rencontre d’un professionnel, c’est aussi un moyen de donner un sens à sa scolarité. J’ai une stagiaire issue d’une licence de lettres à la Sorbonne qui veut aller dans la communication, personne ne voulait la prendre car elle ne sortait pas du Celsa [4], je l’ai prise car je crois beaucoup au potentiel des personnes : quand on a la volonté et que l’on est intelligent, on peut à peu près faire tous les jobs », veut-elle croire.

In Real Life : sortir des fiches métiers

Basé sur une plate-forme internet, le service annonce la couleur jusque dans son appellation : JobIRL, pour « Job In Real Life » soit, « un métier dans la vraie vie ». Pas question, donc, d’avoir pour seule interface un écran. Même si le système autorise les échanges en ligne, l’objectif reste bien sûr la rencontre physique sur le lieu de travail du professionnel concerné. Au cœur du modèle inventé par Christelle Meslé-Génin, la « solidarité intergénérationnelle ». Concrètement, les professionnels qui s’inscrivent le font, « soit qu’ils trouvent tout simplement l’initiative sympathique parce qu’eux-mêmes ont mal vécu leur orientation ou qu’ils ont des enfants à orienter, soit parce que leur entreprise est partenaire de l’association et mobilise ses salariés pour promouvoir ses métiers et son activité », explique-t-elle. En amont des métiers, une rubrique formation qui accueille les CFA et les écoles de l’enseignement supérieur permet également de s’informer directement auprès des étudiants et anciens étudiants sur les organismes qui conduisent aux métiers visés. Gratuit pour l’usager final, le système repose sur le bénévolat des intervenants et le soutien d’institutions. Aide au démarrage de la Région Île-de-France, mécénat fondateur du laboratoire pharmaceutique Lilly, montage juridique assuré gracieusement par un cabinet d’avocats, partenariat avec le service recrutement de la police nationale, accompagnement par Entropia, l’incubateur social de l’Essec, etc., JobIRL sait s’entourer.

En pleine croissance

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HappyJob - Levallois-Perret

Lancé en janvier 2013, le site connaît une véritable activité depuis la rentrée de septembre dernier. « Nous étions 700 membres fin août, nous sommes 8500 aujourd’hui dont 900 professionnels qui représentent 800 entreprises et 650 écoles. Avec 20 000 visiteurs uniques et 100 000 pages vues mensuels, nous commençons à exister et à devenir un vrai média de l’orientation, preuve de l’appétence des jeunes et que nous répondons à un vrai besoin », assure-t-elle. Objectif affiché : « Etre au moins 3000 professionnels avant la fin de l’année et toujours améliorer l’offre de services, comme l’ajout récent d’une fonction de chat. » Lauréat d’un appel à projets de l’Essec, JobIRL bénéficie aussi d’une équipe d’étudiants qui travaille jusqu’à fin juin 2014 sur la question des leviers à activer pour augmenter le nombre de professionnels inscrits sur le site. Et en réponse à certains posts qui présentent JobIRL comme « un service d’orientation sans conseillers », Christelle Meslé-Genin souligne : « Nous ne sommes pas là pour orienter les jeunes mais pour les aider à contacter des professionnels qui vont parler de leur métier et les conduire vers des conseillers d’orientation dont c’est le métier. » Soucieuse de témoigner d’une bonne entente avec les acteurs traditionnels de l’AIO, la fondatrice de JobIRL souligne avoir déjà développé des liens avec des Missions locales et des Bureaux d’information jeunesse, ces derniers pouvant intervenir comme relais d’information ou soutenir des événements JobIRL. Et d’insister : « Etre conseiller d’orientation ne s’improvise pas, quand un professionnel s’inscrit, il signe une charte dans laquelle il est indiqué qu’il n’est pas conseiller en orientation et qu’il est juste là pour parler de son métier. Nous n’avons pas la puissance des CIO mais nous pouvons travailler tous ensemble. » Conclusion sur sa vision de JobIRL : « On est 28 millions d’actifs, il y a 5 millions de jeunes de la troisième à la fin des études supérieures, si on en rencontrait tous deux par an, on ferait beaucoup pour l’orientation ! »

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

À consulter :

[1Admission Post-bac.

[2Voir notre article.

[3Directrice marketing et communication du groupe Aon France.

[4École des hautes études en sciences de l’information et de la communication.

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