Abonnez-vous

Votre adresse courriel :

 

Mots-clés

Rechercher par mots-clés

Archives

Toutes les archives
Accueil > Handicap : mettre fin à l’orientation par défaut

Handicap : mettre fin à l’orientation par défaut

Par Centre Inffo

Au terme du projet européen Orienter autrement (Ora),qui s’est déroulé pendant deux ans et que nous vous avions présenté en 2012, plusieurs guides méthodologiques et une “charte européenne pour l’orientation active des personnes handicapées” ont vu le jour. Présentation.

Améliorer le processus d’orientation
socioprofessionnelle des personnes
en situation de handicap”, tel était
l’objectif du projet européen
Orienter autrement (Ora) [1]. Lancé
à Lorient en novembre 2011, le projet
vient de se conclure avec un séminaire
de restitution qui s’est tenu à Bruxelles.
L’occasion de présenter les nombreuses
productions réalisées : guides méthodologiques
issus des expérimentations locales,
guide européen Ora, charte européenne
pour l’orientation active des personnes
handicapées. Fruits d’une réelle collaboration
des différents partenaires trop
souvent absente des projets européens, ce
sont là des “résultats inespérés”, a estimé
Denis Stokkink, président du think tank
européen “Pour la solidarité”, pilote du
projet.
Pourquoi une approche européenne ?
Intervenant en ouverture du séminaire
de restitution, Johan Ten Geuzendam,
chef d’unité Droits des personnes handi-
Au terme du projet européen Orienter autrement (Ora), qui s’est déroulé pendant deux ans sous
l’impulsion de l’Université de Bretagne-Sud, plusieurs guides méthodologiques et une “charte
européenne pour l’orientation active des personnes handicapées” ont vu le jour. Présentation.
capées à la Direction générale de la justice
de la Commission européenne, répond
par la nécessité de fournir un cadre
politique européen afin de soutenir les
États membres. En effet, relève-t-il, bien
que les États membres soient compétents
en la matière, les obstacles s’opposant aux
personnes en situation de handicap sont
partout identiques. Pour ce faire, l’Union
européenne dispose de différents outils,
allant de l’appareil législatif [2] au financement
via l’intégration du public cible
dans les initiatives de l’Union.

Des personnes pas jugées “capables de s’orienter”

Si les lacunes des personnes en situation
de handicap (PSH) en matière de
formation sont fréquemment évoquées
pour expliquer leurs difficultés d’insertion
professionnelle, la question de
l’orientation est beaucoup plus rarement
citée. Alors que le lien constitutif de la
chaîne orientation-formation-emploi
n’est plus à démontrer, il apparaît aux
porteurs du projet que les personnes en
situation de handicap sont trop souvent
orientées par défaut. Ceci, d’abord
parce qu’“elles ne sont pas prises en compte
comme des personnes capables de s’orienter
et d’exprimer leurs avis et attentes”, mais
aussi parce qu’elles font “face à une offre
de service d’orientation très découpée, peu
lisible”. D’où la démarche du projet
Ora de transférer une méthodologie
de recherche-action sur la démarche
qualité en orientation et un guide des
indicateurs d’amélioration de la qualité
de l’orientation, développés par l’Université
de Bretagne-Sud. Concrètement,
chaque partenaire du projet a expérimenté
la nouvelle procédure dans
des ateliers de suivi d’au moins cinq
personnes en situation de handicap et
cinq accompagnateurs-moniteurs.
De l’orientation à l’orientation active :
à partir de la définition de l’orientation
fournie par la résolution du Conseil de
l’Union européenne du 21 novembre
2008, les partenaires du projet Ora
ajoutent une dimension “active” qui
“doit nécessairement placer l’usager au
coeur du processus” : le projet professionnel
identifié pour un usager doit être “son”
projet, correspondre le plus possible à “ses
souhaits éclairés et librement exprimés, et
lui assurer un bien-être”.

Un guide pratique européen

Présenté par Sanjin Plakalo, chargé de
projet à Pour la solidarité et coordinateur
du projet Ora, et Roseline Le Squère,
chargée de la cellule projets européens
et projets innovants au Service de
formation continue de l’Université de
Bretagne-Sud, le Guide européen pour
la mise en œuvre de l’orientation active
des personnes en situation de handicap
constitue “une base de travail et une balise
pour les futurs projets”. Destiné aux professionnels
désireux d’implémenter la
démarche Ora sur leur territoire, le guide
s’organise en trois parties : présentation
de la démarche et des clés de succès identifiées
dans le cadre des expérimentations
locales ; constitution de réseaux locaux
d’acteurs autour d’un projet fédérateur
commun ; synthèse des recommandations
européennes.

Cinq guides méthodologiques locaux

Produits à partir de l’analyse d’actions
engageant les organisations partenaires
du projet Ora, les guides méthodologiques
visent à améliorer et modéliser
les pratiques existantes au regard des
grands principes de l’orientation active.
Exemple avec une action proposée par
l’Esat [3] Ateliers du Hainaut-Apei A [4] du
Valenciennois et le service d’aide à l’insertion
sociale et professionnelle (Sisep).
Dans un souci de modélisation, huit clés
de succès sont identifiées et associées à
des indicateurs et à des exemples de
bonnes pratiques. Ainsi de la clé de
succès 7, (“Permettre le développement
et la valorisation des compétences tout au
long de la vie”), que l’on pourra mesurer
par le nombre de formations adaptées
(indicateur 1), le nombre de personnes
handicapées diplômées (indicateur 2)
et le nombre de personnes embauchées
en milieu ordinaire (indicateur 3). En
l’espèce, une bonne pratique est par
exemple l’accompagnement adapté et
personnalisé et l’accompagnement à
la validation des acquis de l’expérience
(VAE) prodigués par un CFA spécialisé.
L’atteinte des objectifs est ensuite facilitée
par une présentation des “déplacements
de posture à adopter au niveau local”. Par
exemple, passer d’une “démarche isolée
et limitée à l’existant” au “déblocage de
situations par la création de partenariats
et de situations nouvelles”. Enfin, des
“recommandations locales” sont “posées”
comme “axes d’actions pour des politiques
nationales et européennes afin de permettre
l’amélioration de l’accompagnement en
orientation active”.
Si les expériences françaises semblent
surtout avoir permis de formaliser et
partager des pratiques “jusqu’alors vécues
de manière solitaire et éparse”, Cristina
Safta, de l’Université Petrol-Gaz de
Ploiesti (Roumanie), n’hésite pas à faire
remonter les difficultés rencontrées par
le groupe de travail local. Sont ainsi
notamment apparus “l’existence et le
maintien de certaines différences entre les
aspirations, les possibilités des personnes
en situation de handicap et les demandes
sociales”, ainsi qu’un déficit d’information
“sur le monde des professions” et “la relation
insuffisante entre le processus d’enseignement
et l’activité sociale-productive”.

Une charte européenne

Présentée par le partenaire bulgare, la
charte européenne pour une orientation
active des personnes en situation de
handicap formule grands principes et recommandations
européennes. Véritable
fil conducteur, l’appel à un changement
des mentalités basé sur une meilleure
compréhension des enjeux détermine
le succès de la démarche. Il s’agit avant
tout de “réorienter les politiques publiques
et faire avancer une logique de responsabilité
sociale” qui privilégie une “approche
personnalisée”. À rebours de la tendance à
l’individualisation des responsabilités, le
document insiste sur la notion d’accompagnement
et d’implication collective.
Ainsi de la promotion de la reconnaissance
et du développement des compétences,
pour lesquelles les personnes
“doivent recevoir un support personnalisé
lors de leur passage de l’éducation à la
formation professionnelle, en partageant la
responsabilité de la planification de cette
transition de l’école vers la vie active”.
Reste qu’alors que la charte s’ouvre sur la
mention des nombreux documents internationaux
de nature à spécifier les droits
des personnes en situation de handicap,
elle en rappelle aussitôt l’inefficience
pratique. Destinée à sensibiliser le grand
public et à faciliter le lobbying auprès
des décideurs, la charte devra trouver le
moyen d’amener ses lecteurs à dépasser le
stade de la réception consensuelle.
Parmi les autres productions du projet
Ora, on peut notamment citer la compilation
des “systèmes et services en orientation
offerts aux personnes en situation
de handicap”, la brochure “Culture
commune de la notion d’orientation
active dans le contexte du handicap” et
la “synthèse européenne commune du
transfert et du diagnostic territorial”.

LES PARTENAIRES DU PROJET
Piloté par le think tank européen
Pour la solidarité, le projet Ora
associait sept organisations issues de
quatre pays : Belgique (Entente wallonne
des entreprises de travail adapté) ;
Roumanie (Université Petrol-Gaz de
Ploiesti) ; Bulgarie (Confédération du
travail Podkrepa) ; France (Université de
Bretagne-Sud, Association des parents
et amis de personnes handicapées
intellectuelles du Valenciennois, Esat
des Ateliers du Haut Vinage, Association
des paralysés de France).

LES NEUF PRINCIPES
DE LA CHARTE

- Réorienter les politiques publiques
et faire avancer une logique de
responsabilité sociale ;
- donner priorité à la mise en oeuvre
d’une approche inclusive ;
- respecter le droit à la citoyenneté et
l’intégrité des personnes en situation
de handicap ;
- permettre la démarche de progrès ;
- promouvoir la reconnaissance et
le développement des compétences ;
- encourager la coopération
internationale et la recherche-action
en orientation active ;
- garantir l’accompagnement
personnalisé de qualité ;
- respecter le droit à l’accessibilité de
tous et pour tous ;
- soutenir le travail en réseaux.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2014

À consulter :

[1Programme Leonardo da Vinci - Transfert
d’innovation.

[2Exemple de la loi européenne sur l’accessibilité.

[3Établissement et services d’aide par le travail.

[4ssociation de parents et amis de personnes
handicapées intellectuelles.

Partager ce contenu

© 2017 - Centre Inffo / Onisep - Voir le courriel
Charte rédactionnelle - Mentions légales - Désabonnement