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Facteur, ce métier méconnu

Par Centre Inffo

Proposé par le Crépi Île-de-France depuis septembre 2009, le dispositif “Ambassadeurs des métiers” permet à des personnes en recherche d’emploi de découvrir des métiers en tension, peu connus ou particuliers. Comment ? Par l’organisation de rencontres avec des professionnels. Reportage.

“Au rond-point, prenez la deuxième sortie. Continuez tout droit sur 50 mètres, vous êtes arrivé à destination.” Ah bon ? Le nom de la rue ne correspond en rien à l’adresse officielle du rendez-vous, mais le GPS n’a pas tort : le bâtiment qui se dresse devant nous ne laisse aucun doute, il s’agit bien de la PPDC d’Aulnay-sous-Bois (93). PPDC ? Plateforme de préparation et de distribution du courrier. Cela n’a l’air de rien, mais c’est en partie parce que vous éviterez de parler de “centre de tri” en évoquant une PPDC que vous serez crédible lorsque vous postulerez à un emploi de facteur. Se familiariser avec le jargon, apprécier l’ambiance de travail in situ, rencontrer des professionnels, autant de motivations dans lesquelles auront puisé une dizaine de franciliens pour déjouer l’énigmatique 3, rue Charles-Gouppy. Abdelghani, René, Vincent, Bandjougou, Jean-Marie, Alexandrine, Daniel, bientôt rejoint par Cyrille et Sabrina, tous ont répondu favorablement à l’appel de leur conseiller qui les invitait à participer à une session “Ambassadeurs des métiers” [1], organisée le 27 septembre par le Crépi Île-de-France, en partenariat avec La Poste.

Un public en quête d’insertion

Âgés de 20 à 57 ans, ils ont en commun la quête d’un véritable métier et d’un emploi stable. Qu’ils soient suivis en Mission locale, titulaires de la RQTH [2] , bénéficiaires du RSA ou engagés dans un chantier d’insertion, ils partagent une certaine difficulté à s’insérer durablement et sont venus ce jour découvrir un métier que tout le monde croît connaître. Et, peut-être, postuler. Car au delà de la traditionnelle “action d’information et d’orientation professionnelle” que représente le dispositif Ambassadeurs des métiers, la session a ceci d’exceptionnel que les participants qui auront validé leur projet pourront postuler sur des postes en CDD. Avant cela et pendant quatre heures, ils apprendront, entre autres, que les facteurs ne sont plus des fonctionnaires, que la principale voie d’accès au métier est aujourd’hui l’alternance, qu’ils seront amenés à travailler en équipe et que les saisons reprennent tout leur sens lorsqu’on enfourche son vélo au lever du jour… Eux auront eu l’occasion de se présenter et d’esquisser un argumentaire justifiant leur intérêt pour le métier, La Poste leur aura grand ouvert ses portes. Traversant le hangar où s’affairent les facteurs qui partiront bientôt en tournée, les participants accèdent à la salle de réunion où les accueillent Jean-Luc Esberard, le directeur de l’établissement, Denis Emma, chef d’équipe, Aléka Vaïos, responsable du développement RH pour le 93. Animée par Emmanuel Mascé, chargé de mission au Crépi IdF, la matinée démarre par un tour de table. Un à un, les parcours s’égrènent et les motivations s’esquissent : lorsque l’on en a un, on s’attarde rarement sur son métier, si ce n’est Cyrille, qui voit un parallèle entre son activité de vérificateur de colonnes montantes en immeuble et le métier de facteur : métier de terrain, métier physique, il se montre d’autant plus intéressé que les horaires matinaux du facteur le libérerait à temps pour aller chercher sa fille ; Vincent, étonnant jeune professeur de guitare classique qui arrondit ses fins de mois en distribuant des courriers publicitaires, pense lui trouver à La Poste un supplément relationnel ; René, le senior du groupe, renouerait bien avec une entreprise qu’il a connu il y a maintenant 40 ans mais s’interroge quant au poids de ses années ; Bandjougou, coursier à vélo, apprécie son travail de messager et cherche une issue positive à son CDD d’insertion ; René, travailleur handicapé issu de l’audiovisuel en reconversion professionnelle, cherche à vérifier si le facteur est bel et bien toujours l’acteur de proximité qu’il a connu à la Réunion…

Initiation à la culture d’entreprise

Rythmée, la matinée se poursuit par la remise d’un dossier de présentation commenté conjointement par les cadres de La Poste et le Crépi IdF. Aléka Vaïos s’appuie sur le référentiel métier pour introduire des éléments de jargon et rappeler quelques spécificités locales : “Dans les départements d’Île-de-France, la plupart des facteurs circulent à vélo alors qu’ils se déplacent plutôt à pied à Paris et en voiture en province”, rappelle-t-elle. L’occasion pour Emmanuel Mascé de souligner qu’il est impératif de détenir le permis B, même si l’on est “à pied”. Précision utile, si l’on en juge par les réactions de plusieurs participants qui s’inquiètent de savoir si le permis fait partie de la formation délivrée par La Poste. La réponse nécessite de s’attarder un instant sur les différentes voies d’accès au métier de facteur : entre l’alternance, le CDD et le CDI, la première option est désormais privilégiée. Pour y accéder, il faut en passer par un concours d’entrée au CFA Formaposte. Les lauréats de moins de 26 ans peuvent alors signer un contrat d’apprentissage qui peut inclure, dans certains cas, le financement du permis de conduire, auquel ne peuvent prétendre leurs aînés demandeurs d’emploi qui sont eux embauchés en contrat de professionnalisation. Reste les CDD et (rares) CDI, pour lesquels le permis est un préalable à l’embauche, à charge pour les candidats de se retourner vers les éventuelles aides régionales ou départementales.

À la demande d’Emmanuel Mascé, Aléka Vaïos rappelle la signification de quelques acronymes qui valent initiation à la culture d’entreprise : “Une PDC, c’est une plateforme de distribution du courrier, c’est-à-dire un établissement où ne travaillent que des facteurs, d’environ 6h30 à 13h, qui trient le courrier et le distribuent.” À ne pas confondre avec la PPDC, plateforme de préparation et de distribution du courrier, où exercent des facteurs le matin mais aussi des “collecteurs” l’après-midi : affectés au service “départ”, ou “concentration”, les collecteurs travaillent en voiture et sont chargés de récupérer le courrier. Et les centres de tri ? “Cela s’appelle une PIC, plateforme industrielle courrier”, un bâtiment largement automatisé où le tri manuel est réservé aux cas difficiles (adresses mal libellées, colis volumineux, etc.). À l’instar des “hubs” − les centres chargés d’assurer l’échange de courrier entre plates-formes − d’autres subtilités restent à évoquer mais, heureusement, une vidéo retraçant le parcours d’une lettre vient opportunément placer quelques images sur un long discours… Les participants apprécient et sont désormais parfaitement préparés à rencontrer les véritables ambassadrices de la session.

Le métier par ceux qui l’exercent

“Savoir s’adapter”, “aider les autres”, “arriver à l’heure”, “remplacer ceux qui sont absents”… le message avait bien été délivré par la responsable RH, mais le voici repris par un pétillant duo : tournée avancée pour l’occasion et à peine terminée, Élisabeth, factrice expérimentée, fait son entrée accompagnée de Mélanie, factrice en contrat d’apprentissage. Dès lors, l’identification est permise, les questions fusent. L’un brandit sa casquette et s’enquiert de savoir si le facteur en a une, un second s’inquiète des conséquences si l’on a pas fini sa tournée à 13h, un troisième veut savoir si c’est dur et tous se passionnent pour les relations avec la clientèle. Sourire aux lèvres, Élisabeth répond à tous avec enthousiasme et franchise : “Avoir le sens du service ? Être ponctuel ? Ce n’est même pas une question, c’est une obligation. Ce que l’on demande au facteur, c’est de la rigueur et de la volonté !” Ou encore : “Au début, c’est démoralisant. Cela vous paraît facile de mettre une lettre dans une boîte, mais devant une tonne de courrier, vous ne savez pas comment commencer. Quand j’ai débuté, je commençais à 6h30 et finissais à 17h” [3]. Peut-être parce qu’elle s’en souvient encore, elle insiste sur l’importance du travail en équipe et explique à maintes reprises que l’ancien se doit d’accompagner le nouveau. Et ce n’est pas Mélanie, qui vient de bénéficier du vélo électrique de sa tutrice, qui démentira. Et la rémunération ? Avec ses 1 700 euros nets mensuels pour son poste à responsabilités et ses douze ans de service, Denis Emma se déclare heureux, mais estime que l’on ne vient pas à La Poste pour le salaire… Reste qu’avec 1 300 euros, Élisabeth juge quant à elle enviable sa situation en rappelant qu’elle bénéficie de primes [4], d’un logement social, de la sécurité de l’emploi et d’une possibilité de mutation. En fin de matinée, toutes les activités du métier de facteur auront été évoquées : distribution, relation clients, qualité, sécurité et environnement ou encore comportement au travail, sans oublier la question de la progression dans l’emploi qui peut s’effectuer par prise de responsabilité ou évolution vers d’autres métiers du groupe.

En route vers l’emploi ?

Verdict final ? Pour Jean-Marie, reconnu travailleur handicapé, l’intérêt est réel mais la précipitation n’est pas de mise. Méthodique dans son élaboration de projet professionnel, il reste avant tout concentré sur la poursuite de son programme : rejoindre le Quai Branly pour explorer les opportunités offertes par la journée handicap organisée par le CIDJ ; pour Bandjougou, la motivation est renforcée, mais avant tout pour le processus de sélection Formaposte ; pour Cyrille, c’est l’engouement pour une carrière au sein du groupe plus que pour le métier spécifique de facteur qui semble transparaître ; Vincent, lui, s’y voit déjà et se demande surtout à quel moment il doit donner son préavis à l’entreprise qui l’emploie quelques heures par semaine. Pour eux comme pour les plus réservés, aucune décision n’est cependant à prendre dans l’urgence. Ils devront d’abord faire un point avec leur conseiller, avant d’être reçus s’ils le souhaitent par le Crépi Île-de-France. À charge pour ce dernier d’opérer alors une première sélection avant de les envoyer postuler à La Poste. Le tout dans un cercle vertueux aux bénéfices partagés : accompagnement approfondi pour les candidats, satisfaction de l’insertion par l’emploi pour l’opérateur régional, candidatures qualifiées pour l’entreprise.

Un regret pour notre part en ces temps de story-telling… : que les participants ne soient pas repartis munis d’une invitation à visiter L’Adresse, le magnifique Musée postal sis 34, boulevard de Vaugirard, aux pieds de la gare Montparnasse. Croyez-nous, il y a assurément là de quoi inscrire des vocations dans la grande histoire du courrier !

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2012

À consulter

[1] Voir L’Inffo n° 768, page 9, ou consulter l’article en ligne (réservé aux abonnés)

[2] Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé.

[3] La Poste applique la règle du “fini, parti” : un facteur ayant terminé sa tournée avant 13h peut être libéré ; inversement, il devra achever sa distribution sans compensation salariale même si l’horaire théorique est atteint.

[4] Équivalentes à un 13e mois.

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