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Questions à Eleonora Waltraud Schmid, chargée de mission au Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop)

"Chaque pays a ses besoins, des situations socio-économiques particulières et des pratiques propres"

En France, la nouvelle réforme de la formation professionnelle vise à simplifier le système. Les systèmes de formation dans les autres pays européens sont-ils aussi complexes ?

Eleonora Waltraud Schmid : Oui, les systèmes de formation dans l’UE sont complexes. En effet, on rencontre souvent dans un même pays des formations de niveau secondaire qui sont organisées en milieu scolaire, d’autres qui sont organisées en alternance (apprentissage), toutes menant à des certifications différentes et parfois voisines. Si elles donnent toutes accès au marché du travail, la plupart donnent aussi souvent accès aux études supérieures, parfois directement (sans examen supplémentaire), mais souvent indirectement. On a aussi de plus en plus tendance à offrir des programmes de formation professionnelle au niveau post-secondaire.

L’Autriche est un excellent exemple de cette complexité. Mais c’est précisément cela qui lui permet de prendre en compte et de développer tous les talents et de répondre à tous les besoins du marché du travail.

Il y a autant de systèmes de formation que de pays européens. Mais y a-t-il des points communs entre eux ?

Eleonora Waltraud Schmid : Souvent des réalités légèrement différentes se cachent sous une même appellation. Par exemple, beaucoup de pays proposent une formation par “apprentissage” (apprenticeship/Lehre/duales System, etc.). Mais il s’agit soit d’une formation en alternance, soit de stages en entreprise, soit de formations en ateliers spécifiques organisés lorsque les places en entreprise manquent. Dans les faits, ce n’est pas la même chose. Dans le sens traditionnel, l’apprentissage implique qu’un contrat est signé entre l’apprenti et l’entreprise, mais il arrive que le contrat soit passé entre l’établissement scolaire et l’entreprise. Même dans les pays traditionnellement associés à l’apprentissage, comme en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas ou en France, les pratiques ne sont pas les mêmes. Il est aussi important de savoir que l’apprentissage est profondément ancré dans l’histoire d’un pays et que son fonctionnement ou son prestige ne peuvent pas être les mêmes en Allemagne et en Grèce, en Espagne ou en France.

Cependant, on note des points communs entre les différentes formations professionnelles : beaucoup se déroulent en établissement scolaire et comprennent cours théoriques et cours pratiques en milieu professionnel ou en atelier. Comme je l’ai déjà indiqué, la plupart de ces formations donnent accès à l’enseignement supérieur, soit directement, soit par d’autres voies de qualification.

Les travaux menés sur le cadre européen de certifications (CEC) permettent de disposer d’un cadre de référence commun qui sert d’outil de transposition pour les différents acquis et niveaux de certification, notamment pour l’enseignement et la formation professionnels. Il fait apparaître des bases communes entre les systèmes européens. Adopté en 2008, le CEC a pour but de promouvoir l’éducation et la formation tout au long de la vie et la mobilité.

À votre avis, ne serait-il pas plus simple et plus efficace, en Europe, d’avoir une politique globale de formation professionnelle, voire un système plus harmonisé, commun ?

Eleonora Waltraud Schmid : En Europe, il existe une politique de formation professionnelle qui appuie et complète les actions des États membres, tout en respectant leur responsabilité pour le contenu et l’organisation de la formation professionnelle. Des priorités communes ont été identifiées. Mais il ne faut pas oublier que chaque pays a ses besoins, des situations socio-économiques particulières et des pratiques propres. Dans quelques pays l’accès à certaines professions est plus libéralisé que pour d’autres, alors que dans d’autres pays, il est plus réglementé. On ne peut pas faire du copier-coller d’un pays à l’autre. Pour comprendre l’ensemble du système de formation professionnelle européen, il faut considérer chaque système dans son contexte propre. Ce n’est parce qu’un modèle réussit dans un pays qu’il faut le répéter dans un autre. Cela étant dit, un cadre de coopération s’est installé entre les États membres, la Commission et les partenaires sociaux européens en vue de faire converger les politiques nationales pour réaliser certains objectifs communs.

Propos recueillis par Knock Billy, Centre Inffo, 2014
extrait du dossier "L’Europe de la formation tarde à voir le jour", par Knock Billy, Célia Coste et Nicolas Deguerry, L’Inffo Formation n° 856, mai 2014.

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