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Et si vous testiez votre futur métier ?

Par Centre Inffo

Avant d’acquérir une voiture que nous garderons en moyenne 4,9 années, nous avons pour réflexe de procéder à un essai. Pour choisir notre métier, nous nous en remettons le plus souvent à l’avis des autres. À l’instar d’autres dispositifs, Jobs en boîte permet de s’embarquer pour un test. Nous avons essayé...

« Bonjour, je peux essayer... ? »

Lundi 8 avril, 13h15. Départ de Centre Inffo pour rejoindre le 28, rue du Chemin-Vert, quartier de la Bastille à Paris. Objectif : passer l’après-midi en compagnie d’un social media manager pour découvrir un réseau social orienté découverte métiers. Belle opportunité de se confronter à la réalité d’un emploi qui n’existait pas il y a dix ans, et qui compte aujourd’hui pas moins de trente-quatre formations référencées sur le portail gouvernemental des métiers de l’internet.

L’occasion aura été fournie par la création début 2013 de Jobs en boîte, nouveau service privé et payant de découverte métiers proposé sur internet. Simple, le concept est basé sur le principe d’un "Vis ma vie..." qui consiste à mettre en relation des professionnels en poste acceptant d’accueillir pour une durée moyenne d’une demi-journée à une journée des personnes en phase d’orientation et/ou de reconversion. Pour choisir, chacun sa méthode : la plus rationnelle voudrait que l’on se rende sur le site pour vérifier la présence du métier que l’on a déjà en tête ; la plus répandue est peut-être celle qui permet à tout un chacun de consulter sans inscription préalable les différents profils. Ainsi, avons-pu nous hésiter en toute quiétude : spécialiste de la restauration automobile ? Pas encore disponible. Boulanger ? Déjà fait. Fleuriste ? Allergique. Avec une trentaine de profils référencés lors de notre visite, l’offre n’est pas encore de nature à couvrir l’éventail des possibles mais présente déjà une carte intéressante où les classiques voisinent avec les suggestions moins convenues. Nous choisirons d’aller rendre visite à celui qui se présente comme Lionel L., Social media manager / Community manager, un métier émergent en pleine croissance qui s’affiche en français sous l’appellation d’animateur de réseaux sociaux / animateur de communauté. La dualité de l’appellation recouvrerait-elle une dualité de sens ? C’est ce qu’il ne nous faudra, entre autres, pas oublier d’apprendre. Pour l’heure, Lionel L. indique : « Chef de projet web et community manager, j’organise des opérations de communication digitale pour mes clients. J’aide aussi quotidiennement ces entreprises à mesurer l’efficacité de leurs campagnes sur les réseaux sociaux, notamment en se focalisant sur l’engagement de leur communauté. Venez voir ce que ça donne avant de vous lancer ! J’ai quelques tuyaux à vous communiquer... »

Étape préalable à la prise de contact : l’inscription sur Jobs en boîte, qui requiert de renseigner son profil. Désormais membre de la communauté, vous pouvez dès lors aborder la prise de rendez-vous. En ce qui nous concerne, tout se passera par échange de courriels. Ne sachant pas vraiment à quoi nous attendre, nous préparons quelques outils pour profiter au mieux de la rencontre. Premier réflexe, récupérer un vademecum de l’enquête professionnelle à la Cité des métiers de Paris. Deuxièmement, voir ce que l’on peut trouver sur internet au sujet du métier de social media manager et sélectionner quelques documents à soumettre à l’expertise de notre hôte. Nous nous sommes volontairement abstenus de questionner ce dernier sur son profil, il ne nous en dira pas plus avant que nous franchissions le palier de la pépinière d’entreprises qui l’héberge.

« C’est vrai ce qu’on m’a dit… ? »

Il est maintenant 14 heures et les présentations peuvent se faire de visu : Lionel Le Palec, 30 ans, social media manager depuis octobre 2011 chez Engagement Labs, société canadienne présente en France et au Mexique. Surprise, le plateau accueille également la responsable marketing d’Edu-performance, acteur bien connu du e-learning. Pas de mystère à cela, les deux entreprises sont filiales de Parta Dialogue. La spécialité d’Engagement Labs, c’est bien sûr l’optimisation de la communication digitale. Une fois paraphée la convention d’accueil Jobs en boîte qui régit les relations entre l’hôte et le testeur, la session peut commencer.

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Lionel Le Palec (DR)

Alors, Lionel Le Palec, community manager ou social media manager ? « Dans les deux cas une dénomination un peu fourre-tout mais maintenant, on dit plutôt social media manager. Community manager, c’est un peu réducteur, cela veut dire que l’on s’occupe uniquement de l’animation de communautés alors que le métier inclut la gestion de projet et les recommandations stratégiques », explique-t-il. Reste qu’à part les indépendants qui se doivent d’’être très complets, rares sont ceux qui répondent à tous les critères. Pour vérifier qu’une représentation commune de la fonction existe, nous décidons de sortir la K666, fiche ROME décrivant le métier à l’aide d’une dizaine d’appellations approchantes. Verdict ? « Pas mal mais un peu vieillot et trop technique, il manque la dimension gestion de projet et le volet stratégique ; cette fiche arrive au moment où tu sais déjà tout ce que tu veux faire, l’amont fait défaut... », estime notre social media manager. Et cette unique formation conventionnée à destination des demandeurs d’emploi franciliens, pertinente ? « Oui, le cursus paraît complet », apprécie-t-il. Occasion est donnée par l’impressionnante liste de formations référencées sur le portail des métiers de l’internet d’échanger sur le profil requis : « Même si c’est moins vrai pour le volet technique où les formations professionnelles plus courtes sont appréciées, un bac +5 est souhaitable si l’on souhaite couvrir tout l’éventail du métier, y compris en gestion de projet. » Au chapitre des qualités personnelles, Lionel Le Palec évoque en premier la curiosité, qui ne doit pas être synonyme de dispersion : habitué aux changements de rythmes et d’activités, le social media manager se doit d’être organisé et capable de prioriser ses tâches. Il faut aussi de très bonnes qualités rédactionnelles, une bonne orthographe et une rigueur certaine dans le reporting client. Original et créatif, le bon professionnel doit savoir être force de propositions et innovant dans les usages : forcément « super intéressé » par le web, il doit sans cesse tester de nouveaux outils et connaître les technologies, « pas forcément pour les pratiquer mais pour pouvoir proposer des scénarios cohérents ».

« Vous faites vraiment tout ça … ? »

Le programme de l’après-midi nous permet d’avoir un premier aperçu de la réalité du métier. Supervisée par Lionel Le Palec, une jeune femme en contrat de professionnalisation « chef de projet multimédia », s’emploie à référencer des contenus à destination d’un « générateur d’idées vertes » en ligne développé pour une marque. C’est bien là l’une des dimensions du métier : trouver ou rédiger des contenus, les faire valider par le client, les mettre en ligne, les modérer et en assurer le reporting. Dans le même temps, Lionel Le Palec prépare en anglais une visio-conférence qui le reliera à ses collègues canadiens et mexicains. Objectif ? Harmoniser la communication globale de l’entreprise dont il est le responsable pour la France. À peine terminée, nous sommes maintenant conviés à assister à l’un des trois entretiens de recrutement prévus dans l’après-midi. Dans les locaux parisiens, Lionel Le Palec, assisté de Joyce Nahas, directrice social media. À l’autre bout de Skype, une candidate française qui achève bientôt une année d’études à Dublin. Avis aux postulants, les questions s’attardent peu sur le parcours académique mais privilégient la pratique et laissent peu de chances à ceux qui ne s’avéreraient pas un tant soit peu accros à leurs tweets quotidiens...

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Lionel Le Palec (DR)

18h30 et alors que nous quittons les locaux d’Engagement Labs, Lionel Le Palec nous aura étonné par sa disponibilité et sa totale transparence : disert sur son métier, suffisamment expérimenté pour parler des conditions d’emploi ici et ailleurs, évoquant ouvertement son salaire, n’hésitant pas à nous mettre à contribution, il aura bien répondu à l’objectif annoncé par Jobs en boîte : « Testez un métier et partagez une expérience avec un professionnel passionné ! » Surtout et malgré la documentation que nous avions amassée en amont de la session, notre vision du métier aura évolué à la faveur de la rencontre. Mission accomplie, donc, à une condition toutefois : se préparer à être véritablement acteur de son parcours de découverte. Faute de quoi, une meilleure préparation des hôtes à l’animation de session paraît nécessaire, ce qui est justement l’un des axes d’amélioration envisagé par les fondateurs du site (voir interview).

D’autres façons de s’y prendre...
L’enquête professionnelle à des fins d’orientation et/ou de reconversion ne date pas d’hier. Pour les adultes et côté dystème D, rien de plus simple : un réseau personnel, un annuaire professionnel, voire les simples Pages Jaunes peuvent suffire à identifier sa cible, préalable au lancer de tirade genre : "Non mais allô quoi, votre métier m’intéresse, acceptez-vous que je vienne vous rencontrer pour en savoir davantage ?" Vous préférez vous adresser à des professionnels référencés ? Jobs en boîte a des précurseurs, au premier rang desquels Viamétiers, qui propose différents parcours payants d’une durée de deux à quatre jours et plus avec un suivi à six mois par un consultant. Ceux qui préfèrent les rencontres collectives peuvent se tourner vers des dispositifs du type Ambassadeurs des métiers [1], lequel permet de partir à la découverte de métiers en tension, peu connus ou particuliers. Enfin et à destination des demandeurs d’emploi, l’Évaluation en milieu de travail (EMT) proposée par Pôle emploi permet à la fois de découvrir les conditions d’exercice du métier envisagé et de vérifier ses compétences et capacités professionnelles par rapport à l’emploi recherché.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

Questions à... Loïc Michel, co-fondateur de Jobs en boîte

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Loïc Michel (DR)

Comment vous est venue l’idée du concept Jobs en boîte ?
Au plan personnel, j’ai toujours été curieux d’activités professionnelles qui n’étaient pas les miennes. J’ai donc moi-même essayé pendant quelques heures les métiers de mes amis, ce qui m’a permis de tenir une boutique, d’être bijoutier ou encore manager dans une société d’entretien industriel. Je voulais être en immersion à leur côté pour vraiment voir ce qu’ils faisaient au quotidien parce que j’étais persuadé que c’était intéressant. Professionnellement, avoir été consultant en management et marketing m’a souvent amené à changer de mission, de projet, de client et donc d’entreprise. J’ai pu voir la curiosité, et même l’envie, que ça pouvait susciter, notamment auprès de ceux qui avaient choisi une voie et avaient du mal à en sortir. Pour moi, passer de la casquette de consultant à la casquette d’entrepreneur, c’était aussi une sorte de reconversion. J’ai beaucoup fréquenté l’environnement start-up de Paris et de Montréal, où j’ai travaillé deux ans. Je suivais le milieu sans pour autant me lancer, mais j’ai beaucoup échangé...

Formez-vous les professionnels qui s’inscrivent sur Jobs en boîte ?
À ce jour, pas au sens où l’on monterait des sessions ad hoc pour leur apprendre à bien présenter leur métier. Mais nous qualifions les profils par téléphone et les rencontrons au moins une fois. S’ils apparaissent pertinents, nous leur fournissons ensuite des indications pour qu’ils puissent proposer le parcours d’immersion le plus instructif possible. C’est un point que nous prévoyons de formaliser davantage très prochainement, d’une part en enrichissant les informations que nous leur délivrons sur l’accueil et, d’autre part, en proposant des événements où les hôtes pourront échanger leurs bonnes pratiques. Plus en amont et en fonction des retours, nous envisageons aussi de proposer une découverte du rôle d’hôte via une session de formation de courte durée.

Quels sont vos objectifs ?
En ce qui concerne la richesse de l’offre, nous souhaiterions avoir au moins deux cents offres d’ici fin 2013 sur Paris et Lyon, mais aussi sur d’autres grandes villes et régions. Nous voulons aussi proposer plus d’accompagnement sur l’orientation et le choix du métier, même avant l’immersion. Aujourd’hui, nous laissons les gens se débrouiller, demain, nous souhaitons les aider à mieux identifier ce que pourrait être leur parcours. Nous avons déjà différentes options à l’étude, peut-être des modules interactifs d’aide à l’orientation et un système de recommandations en fonction du profil des utilisateurs...

propos recueillis par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

À consulter

[1Voir L’Inffo n° 820, 16 au 31 octobre 2012.

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