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Entreprises et Éducation nationale parient de plus en plus sur le décloisonnement

Par Centre Inffo

Développer des partenariats, monter des passerelles, voire “détruire les barrières culturelles” entre ces deux mondes  : un leitmotiv qui n’a cessé d’être énoncé. Et qui connaît une traduction réelle sur le terrain.

L’ancienne ministre, Nadine Morano, ne manquait pas de soulever les réticences du monde de l’éducation, jugé “trop réfractaire” et “trop attaché aux diplômes”. Pourtant, depuis plusieurs années, des liens se sont noués entre la sphère de l’enseignement initial et les entreprises. Ces partenariats ont été largement encouragés, notamment par le rapport Proglio (2006) sur l’insertion des jeunes sortis de l’enseignement supérieur. Ce document proposait de décloisonner le système éducatif et les structures économiques. Dès 2007, une convention nationale était signée sur le principe de l’enseignement de la découverte des métiers et des formations qui y mènent, dans les collèges, accord paraphé par l’Éducation nationale et les organisations professionnelles. Le décloisonnement s’est ainsi construit petit à petit, au gré des volontés. Peu à peu, les référentiels de formation sont élaborés par des groupes de travail regroupant les différents acteurs. Trouvant un intérêt particulier à collaborer, les organisations professionnelles et certaines grandes entreprises s’investissent aux côtés des ministères et des Rectorats, en formalisant des accords-cadres de coopération.

En juin 2010, le Medef a lui-même signé un accord-cadre avec les ministères de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, prévoyant de développer des actions avec les publics scolaires, d’accompagner le rapprochement entre les Universités et le monde économique et de renforcer les passerelles entre les enseignants et les entreprises. Ce dernier point est récurrent dans les différents accords existants  : il s’agit d’impulser une meilleure connaissance réciproque entre ces deux mondes afin que les enseignants soient le relais d’information et d’orientation. Un certain nombre d’actions sont ainsi déclinées  : mise en place de “comités locaux école-entreprise” ou organisation de “découverte de l’entreprise” pour les futurs enseignants. Pour rapprocher l’entreprise de l’Université, l’accord prévoit une forte implication des chefs d’entreprises et le développement d’actions destinées aux étudiants des filières dites généralistes. Cet accord-cadre a été repris par de nombreux représentants des entreprises de diverses branches professionnelles.

Dialogue constructif

Plus récemment, l’hôtellerie-restauration a signé le 14 mars un partenariat avec le ministre d’alors, Luc Chatel, pour “concrétiser la nécessité de préparer l’évolution des métiers et des formations. Il y a parfois un décalage entre ce que les jeunes apprennent au lycée et ce qu’ils utilisent en entreprise”, avait-il déclaré. Dialogue, information, concertation, développement de l’apprentissage, VAE, formation des enseignants sont les principaux objectifs de cet accord-cadre, qui a été rapidement décliné par le groupe Accor au travers d’une convention signée le 18 avril dernier avec le ministère.
Autre exemple récent, celui de la banque, qui a signé le 28 mars un deuxième “protocole d’orientation” avec l’Enseignement supérieur, destiné à organiser leurs relations. L’objectif étant d’instaurer, là encore, “un dialogue constructif” et de “préparer ensemble l’insertion professionnelle des jeunes”. Figurent dans cet accord des mesures concernant l’information sur les métiers bancaires, le développement de l’alternance et un engagement pour développer des partenariats pédagogiques avec les Universités.

Certains secteurs se sont investis très tôt dans le décloisonnement, appréhendé comme outil de développement. Il en est ainsi des entreprises de la propreté, partenaires de l’Éducation nationale depuis vingt ans. Leur représentante, la Fep (Fédération des entreprises de propreté), a renouvelé le 12 janvier 2011 ce partenariat aux quatre objectifs déclinés en régions  : rapprocher les univers suite professionnels et éducatifs, rendre le secteur plus attractif auprès des jeunes, les attirer vers les sections de formation et les fidéliser, adapter l’offre de formation diplômante en fonction des besoins professionnels. En septembre prochain, une convention interacadémique va être signée avec les trois académies franciliennes, afin de déployer et de mobiliser des moyens communs. “Il s’agit de créer les conditions les plus favorables pour intéresser les jeunes aux métiers de la propreté et surtout de structurer des relations de proximité avec les académies, les délégations régionales de la Fep et les établissements, tels que les lycées professionnels, explique Nizarr Bourchada, chef de projet formation à la Fep. Nous pouvons rapprocher ces deux univers en diffusant notamment des outils co-construits avec le ministère et en organisant des événements destinés à sensibiliser la communauté éducative et les jeunes.” En effet, le secteur souffre à la fois d’un déficit d’image et de difficultés à fidéliser les jeunes entrés dans la filière.

Des binômes établissements-entreprises

S’agissant des entreprises, la Fep soutient leur implication dans le système. “Certaines de nos entreprises connaissent mal le monde éducatif, nous élaborons donc actuellement un livret explicatif”, précise Nizarr Bourchada. Par ailleurs, “nous mettons en place un réseau d’ambassadeurs pour mailler les territoires, avec des binômes entreprises-établissements présents lors des portes ouvertes, des forums, des salons.” Et il ajoute  : “Nous utilisons aussi le job dating pour permettre aux jeunes et aux entreprises de se rencontrer autour d’offres de stages et d’emploi.” Quels résultats  ? “Le bilan est plutôt satisfaisant, dans leur diversité, les métiers et les formations commencent à être bien appréhendés. Mais il faut continuer à renforcer notre visibilité, principalement sur les territoires, par l’intermédiaire des comités de pilotage qui discutent notamment des nouvelles actions et de la mise à jour de l’offre de formation.”
Effectivement, diverses opérations voient le jour sur les territoires. La FFB (Fédération française du bâtiment) Grand Paris a organisé en mars dernier la campagne “Un jour en entreprise” pour la quatrième année consécutive. Cette manifestation a pour objectif de promouvoir les métiers auprès du corps enseignant autour de conférences et visite de CFA. En avril, l’opération Talents 2020 a conduit des enseignants de la vallée d’Arve à visiter cinq entreprises industrielles, dans l’objectif “d’ouverture entre l’Éducation nationale et les entreprises”.

Les entreprises soulignent que leur succès dépend avant tout de la volonté des acteurs de travailler ensemble, afin de faire tomber les barrières culturelles si souvent dénoncées. Aujourd’hui, la balle est dans le camp des services du nouveau ministère.

par Sandrine Guédon, Centre Inffo, 2012

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Laurence Caron (DR)

Entretien avec Laurence Caron, directrice de l’Académie Accor

“Nous travaillons avec des interlocuteurs motivés”

L’accord-cadre signé par la profession vous a-t-il décidé à collaborer avec l’Éducation nationale, ou aviez-vous déjà établi des relations  ?
L’accord que nous avons signé avec l’Éducation nationale le 18 avril dernier est, de fait, le prolongement de l’accord-cadre signé par l’hôtellerie-restauration. Cependant, nous avions depuis longtemps matérialisé notre volonté commune de travailler ensemble. Dès 1993, en effet, nous avons été la première entreprise à signer avec le ministère un plan emploi, renouvelé en 1999 et 2003. Ce nouvel accord prolonge notre collaboration en tenant compte de l’esprit de l’accord-cadre signé par la branche et en mettant en exergue d’autres points qui nous semblent essentiels, notamment l’employabilité
de nos salariés.

Quels sont les apports du nouveau texte  ?
Nous avons clairement mis l’accent sur la VAE et l’accompagnement, car tous nos collaborateurs peuvent prétendre obtenir un CAP, un bac pro ou un BTS. Par ailleurs, nous avons tenu à accompagner la formation des enseignants.

Comment participez-vous à la formation de ces enseignants  ?
Nous sommes un secteur qui se transforme et il n’est pas simple pour les professeurs des lycées hôteliers d’être toujours à la pointe. Par exemple, le “revenue management”, ou gestion optimale de la capacité d’un hôtel, est une nouvelle pratique qui a transformé la commercialisation. Nous formons les enseignants à ce sujet. Nous travaillons également sur la mise en place de réseaux de professeurs formés qui pourront former eux-mêmes leurs collègues. Et puis, nous avons développé une formation e-learning sur le management de la diversité (projet qui a obtenu récemment un trophée), elle sera mise en place cet été. Une autre formation va être déployée concernant le développement durable.
Par ailleurs, nous plaçons sur le site de l’Éducation nationale des offres de stages dans nos hôtels pour les professeurs.

Qu’en est-il de votre collaboration concernant les jeunes  ?
Nous multiplions les efforts de séduction à l’égard des jeunes et nous travaillons notamment la manière d’accompagner les stages de troisième, avec l’accueil de classes dans les hôtels sur le style “vis ma vie” par exemple, ou l’accompagnement des jeunes des lycées hôteliers par une équipe qui organisera des ateliers de préparation à l’embauche.

Comment contribuez-vous à l’adaptation et la création de nouvelles formations  ?
L’Éducation nationale sollicite les entreprises pour travailler sur les référentiels de compétences et
Accor participe par exemple à l’intégration du revenue management dans les programmes de formation.
Nous avons aussi travaillé avec elle sur le référentiel relatif au BTS hébergement, afin de valider les liens entre la formation et la pratique, combler les éventuels manques et adapter le contenu. Nous avons la chance d’avoir des interlocuteurs compétents et motivés.

Propos recueillis par Sandrine Guédon, Centre Inffo, 2012

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