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Entreprises du paysage : crise de croissance ?

Par Centre Inffo

Les chiffres le prouvent, les entreprises du paysage ont plutôt bien résisté à la crise. Plus 7 % d’entreprises entre 2010 et 2012, un chiffre d’affaires au plus haut en hausse de 5,5 %, 1 500 créations nettes d’emplois, les représentants du secteur ont tout lieu de se réjouir. Pourtant...

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Emmanuel Mony (DR)

En dépit des bons résultats annoncés, la prudence est cependant de mise pour Emmanuel Mony, président sortant de l’Unep [1]. Qu’il s’agisse du triplement de la TVA pour les entreprises de services à la personne ou de la remise en cause des heures supplémentaires, certaines décisions du gouvernement sont de nature à jeter le trouble, estime-t-il. « Peu importe les lois que les élus nous pondent, mais que l’on arrête de désorganiser la stratégie des entreprises en changeant sans arrêt les règles du jeu », réclame-t-il.

Peu affecté par la crise jusqu’à présent, le baromètre Unep-Agrica du 1er septembre 2013 n’est pas loin de tirer la sonnette d’alarme : -3,5 % de croissance au premier trimestre 2013 et aucune croissance au deuxième, l’activité de création de jardins et espaces verts a particulièrement souffert (-4 % sur le premier trimestre), devant l’entretien (-2,5 %) qui recule également. Si le climat peu favorable — hiver rude et prolongé — n’est pas sans lien avec ce recul de l’activité, il n’explique pas tout et doit aussi à la morosité du contexte.

Avec la raréfaction programmée des ressources publiques, les marchés publics enregistrent ainsi à eux seuls une baisse record de -5 % sur le premier trimestre et aucune croissance au deuxième. Les craintes sur l’avenir sont d’autant plus fortes que certains chiffres positifs de la période 2010-2012 masquent les difficultés du secteur, explique Marc Loiseleur, premier vice-président en charge de l’économie : ainsi du chiffre d’affaires, à son plus haut historique si on le considère globalement mais en « baisse préoccupante » si on précise le chiffre d’affaires moyen par actif (de 63 600 € par personne en 2010 à 57 200 € en 2012).

Afflux de jeunes et éco-sensibilisation favorisent la formation. Avec 92 500 actifs en 2012, les salariés du paysage apparaissent jeunes (33 ans de moyenne) et à près de 80 % détenteurs d’un diplôme de la filière. Près de 95 % des entreprises du secteur ont moins de 10 salariés et 63 % n’en emploient aucun. Conséquence : deux tiers des entreprises ne réalisent que 11 % de l’activité, quand les 6 % d’entreprises de plus de 10 salariés sont comptables de 60 % du chiffre d’affaires.

Avec des structures récentes (plus d’une entreprise sur deux a moins de six ans d’ancienneté) et beaucoup de créations ces dix dernières années (deux fois plus d’entreprises en dix ans), la formation apparaît comme un enjeu prioritaire bien compris : un salarié sur cinq dispose d’un diplôme équivalent ou supérieur à bac +2, 30 % des salariés du secteur ont bénéficié d’une formation en 2012 et 14 % des salariés sont des apprentis, formés pour être embauchés. Précision de Catherine Muller, vice-présidente en charge du pôle social-emploi-formation et unique candidate à la succession d’Emmanuel Mouny : « Un salarié sur huit avait au moins le bac il y a dix ans, un sur cinq aujourd’hui. » De fait, les professionnels doivent suivre l’évolution profonde de leur métier en lien avec les préoccupations environnementales (toitures et murs végétaux, remplacement des produits phytosanitaires par des méthodes alternatives, etc.).

En 2012, 21 % des entreprises ont formé au-delà de l’obligation légale, à hauteur de 0,2 % du chiffre d’affaires. Les salariés sont deux fois plus nombreux à avoir suivi une formation dans les entreprises de plus de 50 salariés (43 %) que dans les entreprises de 1 à 5 salariés (22 %). Longtemps présenté comme facilement accessible, le secteur du paysage compte encore 22 % de salariés sans diplôme ou autodidactes mais l’élévation du niveau est certaine : près des deux tiers des effectifs sont titulaires d’un diplôme de niveau V (CAP, BEP) ou IV (bac, bac pro, brevet professionnel). Surtout, la part des salariés de niveau IV a pratiquement doublé en dix ans, tendance accrue par la généralisation du bac pro en 2009. Les bac +3 et +5 progressent également fortement, passant de 1 % en 2001 à 5,5 % en 2012. À noter que 30 % des entreprises sont concentrées en région Paca et Rhône-Alpes.

Plébiscité, l’apprentissage se tasse. 31 900 salariés ont été embauchés entre 2010 et 2012, très majoritairement en CDI (82 %). En 2013, la part des ouvriers-paysagistes est toujours majoritaire (53 %) mais moins importante qu’à la même époque en 2012. Signe d’une certaine crainte de l’avenir, 54 % des embauches effectuées au premier semestre 2013 ont été réalisées en CDD. D’après le baromètre Unep-Agrica, cette évolution de la nature des embauches s’est effectuée aux dépens de l’apprentissage et des contrats d’alternance (11 % des embauches contre 34 % en 2012). Comme dans bien d’autres secteurs, le recrutement se montre paradoxal : « 41 % des entreprises ayant recruté ont fait part de leurs difficultés à trouver les candidats adéquats, invoquant principalement le manque de motivation ou de compétences. »

Curieusement, l’Unep n’est pourtant pas partie prenante du plan de formations prioritaires pour l’emploi décidé à la conférence sociale de juillet 2013. Évoquant les besoins en matière d’encadrement, Catherine Muller souligne qu’ « il est très difficile d’intégrer des personnes issues de l’insertion à ces niveaux de qualification ». Semblant percevoir le plan de formations prioritaires comme une aide ponctuelle destinée aux personnes en très grande difficulté, Marc Loiseleur renchérit en pointant un souci d’insertion durable. Ainsi, la préférence de l’Unep va-t-elle au recrutement de jeunes engagés dans le cadre de l’apprentissage, « formés sur le terrain et dans la réalité du monde du travail », insiste le président Mouny.

Bonne nouvelle pour les années à venir, 6 500 des 28 400 entreprises sont à transmettre dans les dix prochaines années, 2 000 d’ici à 2015. Pour se perpétuer, elles devront à la fois s’adapter aux nouvelles réglementations (maîtrise de la consommation d’eau, démarche zéro produits phytosanitaires, etc.) et aux nouvelles tendances : de « l’éco-pastoralisme » au concept du « jardin, pièce à vivre », la formation continue a un bel avenir dans le secteur...

Quand l’Onisep consacre les métiers du paysage...

Très active sur le champ de la formation, l’Unep se félicite d’avoir produit en collaboration avec l’Onisep un Zoom Métiers consacré exclusivement aux métiers du paysage. « Pour nous qui sommes si souvent rattachés aux métiers du bâtiment dans les sphères de l’orientation, c’est une forme de reconnaissance », se réjouit Catherine Muller, vice-présidente en charge du pôle social-emploi-formation.

Publiée en août 2013, la brochure souligne la réalité des débouchés et des perspectives d’évolution : « Nombreux sont les chefs d’entreprise, les conducteurs de travaux ou les directeurs d’agence qui ont démarré simples jardiniers », est-il précisé. Du CAP à bac +6, le Zoom Métiers du paysage décrit une vingtaine de fonctions présentées dans leur contexte.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

À consulter :

[1Union nationale des entreprises du paysage.

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