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Emplois d’avenir : premières « séparations »

Par Centre Inffo

Six jeunes de moins de 26 ans ont été remerciés trois semaines après leur prise de fonction au sein de la Caf (Caisse d’allocations familiales) du Var, qui les avait embauchés dans le cadre des emplois d’avenir. La Caisse avait recruté 18 personnes suite à des tests réalisés par Pôle emploi. Cette “séparation”, comme la nomme la direction, a eu lieu alors que s’achevait la période d’essai d’un mois, telle que prévue par le dispositif.

Au cours de cette période, il s’est avéré que ces jeunes ne pouvaient pas assurer les fonctions de téléconseillers. Ceci n’a pas manqué de déclencher des interrogations, notamment sur l’utilisation du dispositif comme “effet d’aubaine” pour les employeurs.

Formations pendant le mois d’essai

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Patrick Deroux (DR)

“Après avoir procédé à leur formation et à six évaluations en situation, ces jeunes continuaient à faire les mêmes erreurs et présentaient certaines difficultés d’adaptation à l’écrit”, explique Patrick Deroux, directeur de la Caf du Var, à Centre Inffo. Les 18 embauchés ont suivi pendant trois semaines une formation en deux parties : le matin une formation destinée à la maîtrise des règles propres à la Caf et les bases juridiques, ainsi que les capacités relationnelles ; l’après-midi, une formation pratique sur poste. “Un mois d’essai n’est pas suffisant pour bien évaluer une personne, et pour l’employeur, c’est une prise de risque. S’il garde une personne qui ne convient pas au bout d’un mois, rien ne dit qu’elle conviendra plus tard. Et le contrat dure trois ans. En tant que directeur, je ne pouvais pas prendre de risque”, précise-t-il, tout en rappelant que 12 autres personnes sont restées et qu’il remplacera les 6 jeunes dont il s’est séparé.

Adapter les tests aux réalités du poste

Ces jeunes avaient pourtant réussi les tests d’embauche. Cependant, “ces tests sont basés sur la méthode des habiletés, par rapport à des réponses « lambda » qui ne correspondent pas au poste qui sera occupé”. Il serait donc nécessaire, selon Patrick Deroux, d’adapter ces tests aux réalités du poste. Pour autant, le directeur ne remet pas en cause l’intérêt du dispositif, dont il est “un fervent partisan”. Selon lui, revoir la durée de la période d’essai pour l’établir à trois mois permettrait de mieux former les jeunes et de savoir s’ils sont véritablement aptes à tenir le poste.
“Il n’existe pas de système idéal, nous ne pouvons malheureusement pas atteindre les objectifs à 100 %”, vient préciser
Olivier Poty, directeur de la relation de services de la Caf du Var. Cependant, “nous faisons un énorme effort de formation et nous avons obtenu avec les autres candidats d’excellents résultats. Et nous allons poursuivre cet effort, car 4000 heures de formation vont être dispensées pendant trois ans, ce qui n’est pas neutre”.

“Effet d’aubaine” ?

“En tant qu’employeur, le dispositif est très intéressant pour des raisons financières, reconnaît Patrick Deroux. Les aides débloquées me permettent de rapatrier la plateforme téléphonique dans nos locaux, alors qu’elle était jusqu’à présent externalisée et donc coûteuse.” Mais il ajoute que l’intérêt majeur est de “redonner leur chance aux exclus du système scolaire. Moi qui n’ai pas le bac, je suis sensible à cet objectif”.

Alors ? L’insertion professionnelle et la formation de ces jeunes éloignés de l’emploi “n’est pas une affaire de semaines, mais de mois et peut-être d’années”, peut-on lire sur le blog de Michel Abhervé, professeur associé d’économie sociale et de politiques publiques à l’Université de Paris Est Marne-la-Vallée. “Il semblerait tout à fait souhaitable de vérifier que la Caf a bien compris quel était le profil des jeunes recevables à ce programme et qu’elle est bien prête à les accompagner dans leur progression.” Des interrogations se font donc jour sur l’intérêt qu’ont des employeurs à faire appel au dispositif.
Pour Michel Abhervé, il ne s’agit “pas d’une simple mesure de gestion, mais bien de la mise en cause d’un programme que le gouvernement considère comme emblématique”.

par Sandrine Guédon, Centre Inffo, 2013

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