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E-tuteur : un emploi d’avenir ?

Par Centre Inffo

Plus jamais seul face à la machine  ! À l’heure où le e-learning classique commence à montrer ses limites, le tutorat en ligne (ou “e-tutorat”) apparaît comme l’une des béquilles permettant aux apprenants 2.0 de ne pas se décourager dans la jungle des pixels. Une fonction d’animation et de soutien d’ores et déjà devenue un véritable métier en Amérique du Nord. En France, la situation apparaît plus complexe. Décryptage.

Lorsque le e-learning s’est imposé au début des années 2000 comme modèle de formation, nombre d’entreprises ont perçu dans ce passage du “tout-présentiel” au “tout-distanciel” un moyen de réduire considérablement les coûts liés à la formation, qu’il s’agisse des frais de transport et d’hébergement des stagiaires ou les charges induites par les rémunérations des formateurs. Former efficacement un maximum de collaborateurs sur leur lieu de travail en réduisant drastiquement les frais  : quel responsable de formation n’en avait pas rêvé  ? Le réveil fut dur, pourtant.

À un clic du découragement
“Ce modèle n’a pas fonctionné”, se souvient Michel Diaz, directeur du cabinet Féfaur, spécialisé dans le conseil en e-learning. “Beaucoup d’entreprises ont perçu les dispositifs distanciels comme un effet d’aubaine économique, mais dans les faits, peu avaient anticipé la nécessaire conduite du changement à mener au sein de leurs structures, d’autant qu’à l’époque, la technologie ne suivait pas. Les plateformes étaient peu ergonomiques, les bandes passantes des entreprises étaient généralement insuffisantes pour les héberger correctement et les contenus se révélaient souvent de qualité médiocre”.
Une analyse partagée par Jacques Rodet [1] , consultant en ingénierie de formation et maître de conférences à l’Université de Rennes  : “Le e-learning incite beaucoup d’apprenants à la procrastination, voire au découragement et à l’abandon, d’autant que les conditions d’un bon apprentissage n’avaient pas été forcément réfléchies par les entreprises qui déployaient le e-learning en leur sein. Est-il par exemple possible de mobiliser toute la concentration requise par un processus de formation dans un openspace, au milieu de ses collègues  ? Je ne le pense pas  !”

Questions avant tout économiques
Dès lors, l’idée d’un accompagnement humain des e-stagiaires s’est imposée, alors même que les premiers échecs du tout-distanciel étaient constatés. “Les entreprises avaient imaginé pouvoir faire l’impasse sur le support humain pour réduire les coûts, explique Jacques Rodet, aujourd’hui, elles sont amenées à reconstituer des systèmes tutoraux pour que leurs dispositifs e-learning fonctionnent efficacement.” Car aujourd’hui comme hier, les problématiques qui s’imposent aux responsables de formation demeurent avant tout économiques. “Même avant l’arrivée de la formation à distance, la tendance était déjà à la réduction des heures présentielles, indique Michel Diaz. Idéalement, l’apport en termes de connaissances peut relever du e-learning. En revanche, les compétences et les savoir-faire acquis dans le cadre d’un cycle de formation ne peuvent passer par d’autre biais que celui du présentiel, dès lors qu’il s’agit d’opérations de formation continue et non d’information ou de communication”.

Le tutorat était la solution
D’abord instauré dans le domaine de la bureautique, le tutorat est alors devenu la réponse aux besoins d’accompagnement exprimé par les e-stagiaires et ce, bien avant l’arrivée des outils de blended-learning dans les entreprises, puisque les premières expériences e-tutorales ont été déployées en France aux alentours de 2005, comme l’indiquait une étude réalisée conjointement par Demos et le cabinet Féfaur en 2009  : 89 % des sondés notifiaient que le e-tutorat répondait à leurs besoins d’accompagnement et de conseil. Ils étaient par ailleurs 79 % à reconnaître que ce soutien dématérialisé leur permettait d’obtenir des compléments de formation par rapport à un parcours e-learning classique. L’étude avait alors déterminé que “les deux besoins les plus importants couverts par le tutorat correspondent aux deux missions de base habituellement attribuées au tuteur  : d’une part, être guidé, conseillé et suivi au niveau de la méthode pédagogique  ; d’autre part, obtenir des compléments de formation”.

Les Québécois ont un temps d’avance
Deux missions qui ouvrent le débat du profil et de l’identité des tuteurs. Formateurs “upgradés” aux besoins du web 2.0  ? Managers de proximité formés à l’accompagnement  ? Experts venus de l’extérieur  ? Collaborateurs gratifiés  ? “Dès que les besoins e-tutoraux se sont fait ressentir, de grands organismes de formation ont intégré une dimension tutorale dans leur proposition commerciale”, souligne Michel Diaz qui reconnaît cependant qu’à l’heure actuelle, aucun statut du e-tuteur n’existe dans les entreprises françaises, contrairement, par exemple, au Canada, où la Télé-Université du Québec (“Téluq”) [2] a créé le métier de “tuteur à distance” (et non de “e-tuteur”, francophonie oblige), doté d’une convention collective (depuis 2005) et même d’un syndicat professionnel. “Chacun des 140 tuteurs de la Téluq suit et conseille entre 100 et 200 étudiants à plein temps, précise Jacques Rodet, d’ailleurs, en février 2008, ces professionnels de l’accompagnement se sont même mis en grève pour obtenir une semaine de congés, entre Noël et Nouvel An, où ils pourraient, justement, ne pas être sollicités par leurs étudiants”.

Ce n’est pas de la hot-line...
Alors, le e-tutorat va-t-il être amené à devenir un véritable job à plein temps  ? “Oui et non”, tempère Muriel Janoir-Bessioud, associée au sein du cabinet Training Angel et développeuse de stratégies e-tutorales pour les entreprises  : “Les formateurs ressentent des craintes légitimes à l’idée de voir leur métier évoluer vers ce qu’ils imaginent être une fonction de hot-liner améliorée, et je les comprends… D’un autre côté, l’acquisition de compétences en matière de pédagogie multimédia et d’accompagnement technique des stagiaires impliqués dans des formations en e-learning leur permettrait de développer leur profession et, au-delà, d’améliorer leur employabilité.”
Cependant, à en croire Michel Diaz, la France demeure encore très en retard en la matière par rapport à l’Amérique du Nord. “La conception française du e-tutorat demeure encore très artisanale. Les Universités n’y consacrent pas spécialement de travaux et même les entreprises se montrent sceptiques quant à en faire un métier.” Quant aux Opca, habituellement réticents au financement de la formation en ligne, leur non-reconnaissance de la signature électronique n’est pas de nature à faciliter le développement de cette voie d’apprentissage. “Je peux comprendre la position des Opca, qui ont besoin de pouvoir présenter les attestations de présence à la DGEFP pour justifier de leurs dépenses, admet Jacques Rodet, mais cela conduit à des situations parfois ubuesques. Ainsi, les étudiants du e-master dont j’ai la charge à Rennes se voient contraints de s’envoyer leurs feuilles de présence par La Poste pour pouvoir la signer  ! Il serait temps de réfléchir à d’autres moyens d’attestation de présence, car je mets au défi n’importe quel directeur de centre de formation de me prouver qu’il n’a jamais maquillé d’attestation pour couvrir des stagiaires absents  !”

... ni de la “classe virtuelle”
Lui aussi, d’ailleurs, estime qu’en matière de professionnalisation du e-tutorat, le chemin est encore long. “En dépit de quelques évolutions, comme celles observées au Cned, les processus de reconnaissance, de formation et de rémunération des tuteurs en ligne demeurent balbutiants, reconnaît-il. Aujourd’hui, la tendance générale est à l’usage de la classe virtuelle, mais ça ne correspond pas exactement à la définition du e-tutorat, vu que cela revient à donner un cours magistral en ligne.”

Un outil pour le contrat de génération  ?
Des propos corroborés par Michel Diaz, pour qui “la situation du e-tutorat n’a pas vraiment évolué depuis la dernière étude réalisée sur ce sujet en 2009”. Une situation qu’il déplore, particulièrement à une époque où l’on évoque régulièrement la nécessité d’une transmission des savoirs en entreprise, par le biais, notamment, du récent contrat de génération. “Le e-tutorat ouvre pourtant de très intéressantes perspectives en la matière  !”, souligne le directeur du Féfaur.
Plus optimiste, Muriel Janoir-Bessioud considère le métier de e-tuteur comme l’un des avenirs possibles de la fonction de formateur. “Bien entendu, il n’est pas question de substituer le «  tout e-learning  » à la formation présentielle, indique-t-elle. N’empêche. Le e-tutorat représentera, à terme, une fonction complémentaire à celle-ci, assurée par des professionnels qui, outre leur mission pédagogique, devront également être susceptibles d’intervenir sur les problèmes techniques rencontrés par les apprenants, ainsi que de s’impliquer dans l’ingénierie pédagogique de leurs programmes de formation”. Une seule condition, selon elle, pour parvenir à cette complémentarité harmonieuse  : “La fonction e-tutorale ne doit jamais être imposée à un formateur qui doit, de lui-même, faire le choix de se former à ces pratiques.” Et quel serait la voie de formation idéale pour acquérir ces compétences  ? “En ligne, évidemment  !, conclut-elle, … et effectuée dans le cadre d’un parcours d’apprentissage tutoré.”

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2013

[1] Son blog : http://blogdetad.blogspot.fr

[2] Université dont l’enseignement est dispensé exclusivement à distance.

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