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Des métiers rares revivent par l’apprentissage

Par Centre Inffo

Redécouvrir des métiers rares. C’est le pari que se lancent les apprentis de l’École La Bonne Graine. Entre théorie et redécouverte de savoir-faire ancestraux, une vingtaine de formateurs sont mobilisés pour inscrire la tradition dans la modernité...

À la jonction du XIe et du XIIe arrondissement de la capitale, le faubourg Saint-Antoine est historiquement connu pour être le quartier du meuble. Ateliers d’ébénistes et magasins de meubles anciens y foisonnent. Pas étonnant de trouver au détour du boulevard Voltaire une école qui tend à faire perdurer cette tradition. Logé dans un bâtiment moderne de plus de 3000 m2, l’Ecole d’ameublement de Paris, La Bonne Graine accueille plus de 300 apprentis qui se forment à des métiers rares. Ebénistes, encadreurs, doreurs ou encore tapissiers, le centre de formation offre une redécouverte de métiers d’exception en assurant la transmission de gestes ancestraux.

Voyage dans le temps

À l’arrivée dans les locaux, c’est une véritable expérience sensorielle qui s’offre à nous. L’odeur du bois et de la colle se mêle à celle du papier vieilli. Les émanations du vernis enivrent la tête et plonge dans un univers pétri par la tradition pour façonner la modernité. C’est d’ailleurs dans cette dualité que se construit l’action d’une vingtaine de formateurs, plus artistes qu’artisans, plus transmetteurs qu’enseignants, tant ils sont animés par la passion de leur métier. C’est à ce titre que Jérôme Théveny, directeur du CFA, est entré en contact récemment avec l’Unesco pour faire entrer la transmission de ces savoirs au patrimoine immatériel de l’humanité. « La transmission est très spécifique car nous sommes confrontés à des savoir-faire anciens. On se bagarre pour faire reconnaître la rareté de nos métiers. »

"Perpétuellement en éveil"

La visite du centre s’effectue comme un voyage dans le temps. D’ailleurs, pour les professeurs, la maîtrise du passé est essentielle. Les cours d’histoire des styles sont délivrés dans le but de conférer des notions aux apprentis essentiels à la compréhension et à l’exécution de leur métier futur. L’autre sens déployé pour permettre de favoriser l’apprentissage, c’est la vision. Toutes les salles de cours et les ateliers sont tapissés de vastes panneaux tant pour valoriser les travaux des élèves que pour évoquer les connaissances du passé. « Tout est fait pour que les apprentis soient perpétuellement mobilisés. Ils doivent bien évidemment acquérir un geste professionnel, mais les mains habiles ne suffisent pas. La mobilisation de la pensée est essentielle, d’où l’importance de connaître l’histoire. »
Même combat dans la maîtrise des techniques. Exemple dans l’atelier de tapisserie, où les jeunes apprennent à garnir des chaises de tissu. Ils renouent avec des méthodes anciennes qu’ils doivent s’approprier au fur et à mesure avant d’effectuer un travail plus contemporain. Un retour aux sources indispensable pour s’adapter aux techniques nouvelles, selon les formateurs.

Formation d’adultes en reconversion

Les technologies nous ont tous habitué à l’immédiat et à l’instantanéité des échanges. D’où l’importance d’apprendre... la patience.Et le défi, de taille, en appelle plus d’un autre. « Nous recevons largement assez de demandes pour combler nos capacités d’accueil. » La véritable difficulté se situe ailleurs. En effet, si le CFA peut accueillir près de 600 élèves, il doit se contenter de la moitié de cet effectif, faute d’entreprises prêtes à signer un contrat : « Il est difficile d’en trouver qui acceptent d’intégrer nos jeunes. D’où une pédagogie nécessaire à mener auprès des patrons pour qu’ils s’engagent à former les apprentis. ».
Autre piste de recrutement évoquée : celle de l’État. Même s’il est encore difficile, culturellement pour celui-ci de s’ouvrir à l’apprentissage, le directeur note un effort particulier depuis quelques années de la part du ministère de la Culture. « Nous avons aujourd’hui un ébéniste au Louvre, un doreur au musée d’Orsay et un tapissier à Versailles ! » Pour combler le manque à gagner, l’école forme également des adultes dans le cadre de reconversions. Les circuits de financement sont variés mais certains n’hésitent pas à payer de leur poche pour suivre le cursus.

Générosité et impertinence

Au-delà des formations techniques et pratiques, l’équipe pédagogique a à cœur de faire vivre une âme bien propre à l’école et aux valeurs qu’elle défend : « C’est cet esprit assez antinomique qui mêle gentillesse, générosité et ouverture d’esprit à un côté plus frondeur et impertinent. La confrontation et la contestation sont centrales dans les échanges. » Plus qu’une formation, donc, un véritable mode de vie. D’ailleurs, l’intégralité des formateurs sont eux mêmes issus de l’école. Et le directeur n’échappe pas à la règle. Il a d’ailleurs impulsé plusieurs changements pour permettre aux apprentis de se sentir au centre comme chez eux : « Nous disposons d’une salle où règne la convivialité propice aux échanges. De plus, nous avons plusieurs projets en cours tels que des concerts, la création d’un ciné club ou encore l’élaboration d’un livre. »

Une vocation sociale
L’histoire de La Bonne Graine ne remonte pas à hier. C’est en 1866 qu’est crée le Patronage des Enfants de l’Ebénisterie afin d’aider les jeunes déshérités. Une vocation sociale qui a su perdurer dans le temps. Patronage devenu en 1929 Chambre d’apprentissage des industries de l’ameublement (CAIA). Aujourd’hui, les apprentis peuvent préparer une dizaine de CAP dans des spécialités diverses telles que l’ébénisterie, l’encadrement ou encore l’emballage professionnel. Des étudiants sont recrutés au niveau IV pour suivre un enseignement de deux ans préparant à un brevet des métiers d’art ou un brevet professionnel ameublement.

par Célia Coste, Centre Inffo, 2015

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