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De l’échec scolaire à la réussite professionnelle

Par Centre Inffo

Fière de ses 80 ans qui font d’elle l’une des plus anciennes écoles de production, l’Ecole libre d’apprentissage de Grenoble (Elag) est le fleuron local de la formation aux métiers de la productique mécanique.

« Vous vous rendez compte, mon mari est professeur d’économie à l’université et c’est un tourneur-fraiseur qui est ministre de l’Économie ! » Proféré par un autre professeur d’économie — de lycée —, ce propos rageur qui visait Pierre Bérégovoy nous avait au moins enseigné que le diplôme ne protège pas de la bêtise. L’histoire bégaierait-elle ? trente ans plus tard, nous voici devant une ribambelle de jeunes anciens élèves en mécanique s’évertuant à convaincre leurs encore plus jeunes successeurs qu’un bel avenir se présente à eux. Évoquant comme tant d’autres ses souvenirs d’échec scolaire, Thibaut, promotion 2005 et aujourd’hui technicien de programmation résume : « La mécanique, c ’est disgracieux à souhait mais c’est une mine de jobs en or ! » Alternant cours théoriques et pratiques dans la même journée et sur un même lieu, le format de l’école de production convient parfaitement à des jeunes qui délaissent l’enseignement général sans pour autant vouloir – ou pouvoir – intégrer l’apprentissage. Directrice de l’Ecole libre d’apprentissage de Grenoble (Elag), Françoise Romero en est convaincue, le concept de l’école-entreprise [1] propose aux jeunes des « conditions pédagogiques optimales pour "apprendre un métier en faisant" ». Et les résultats semblent lui donner raison : après les 100 % de réussite au bac pro Technicien d’usinage en 2015, l’école peut s’enorgueillir de 50 % d’insertion directe dans le monde du travail et 50 % de poursuite d’études en BTS ou IUT. Spécialisée dans la productique mécanique, l’Elag prépare, il est vrai, à un domaine qui recrute et offre des débouchés locaux : rien qu’en Rhône-Alpes, la mécanique représente plus de 5 000 entreprises et près de 12 000 emplois dans l’usinage [2]. Ancien président d’une entreprise locale et aujourd’hui adjoint de direction de l’Elag, Gérald Lupo témoigne : « Nous sommes réputés au niveau mondial et reconnus comme la Silicon Valley de la mécanique de haute précision et de la nanomécanique. » Lui qui estime que c’est l’échec scolaire qui l’a amené à devenir chef d’entreprise, rappelle aux jeunes qu’il a formé une centaine d’apprentis et qu’aucun n’est en échec professionnel. Petit bémol : « Je me reconnais dans votre parcours, parfois moins dans votre attitude... » Manière de leur rappeler qu’au-delà des promesses d’avenir radieux qui leur sont présentées, il leur revient tout de même de parfois éteindre leur portable... PDG de l’entreprise locale MGF qui accueille en permanence des alternants, Ange Grimaldi nous confirme sa difficulté à trouver des gens motivés : « On paie les frais de beaucoup de dénigrement de l’industrie », estime-t-il. Seule fille de l’école, Marine Blasquez, 15 ans, ne semble pas avoir de problème de discipline. Concédant quelques difficultés dans les matières générales, elle dit toute sa motivation à travailler en atelier. Chef d’atelier chez MGF, David Marchand confirme : « Partir d’un plan et arriver à une pièce, c’est grisant, il y a vraiment une fierté et une dimension artistique », sourit-il.

Vers une évolution statutaire ?

Reconnue école technique privée hors contrat depuis 2006, l’Elag est financée à 50 % par les commandes des entreprises, à 25 % par la taxe d’apprentissage et à 25 % par la Région. À cet égard et alors que la nouvelle mandature régionale a émis le souhait de voir leur statut évoluer pour permettre la diversification des financements, Françoise Romero exprime sa perplexité face à une demande qui ne dépend pas de la seule volonté des écoles de production.

De fait et à l’heure l’heure où sont écrites ces lignes, la principale piste en la matière repose sur des amendements à la loi Travail visant à les rendre éligibles à une partie de la taxe d’apprentissage.

Ouvert aux évolutions statutaires, le réseau entend par ailleurs bien conserver la spécificité de son modèle. Prudente face à la formation continue, l’Elag n’accueille ainsi que deux personnes en reconversion. Et à ce stade, pas question pour Françoise Romero de jouer l’effet d’aubaine en profitant de l’augmentation des fonds dédiés aux demandeurs d’emploi ou d’attirer à tout prix les candidats au congé formation. Passionnée quand il s’agit d’accompagner des jeunes dans l’apprentissage de leur premier métier, elle paraît plus soucieuse de préserver la spécificité du modèle qui leur réussit tant que de l’ouvrir davantage aux adultes déjà installés dans la vie professionnelle. Reste qu’avec une promotion de 20 élèves pour une capacité de 30 à 35 personnes, l’école a besoin d’accroître ses effectifs.

Un réseau en expansion
Nées il y a plus d’un siècle en Rhône-Alpes où elles sont longtemps restées cantonnées, les écoles de production connaissent un regain d’intérêt depuis 2009. Face à la variété des difficultés d’insertion, le modèle de l’école-entreprise séduit désormais des acteurs politiques de tous bords. Leur nombre a plus que doublé en moins de dix ans pour atteindre vingt établissements aujourd’hui répartis sur huit régions. Une quinzaine de projets supplémentaires sont à l’étude ou en cours de réalisation, à découvrir sur www.ecoles-de-production.fr.

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2016

En savoir plus :

[250 000 entreprises et 620 000 salariés au niveau national.

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