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Cité des métiers : un label "souple, évolutif et pragmatique"

Lorsque Olivier Las Vergnas crée au début des années 90 le concept de Cité des métiers au sein de la Cité des sciences et de l’industrie de Paris, l’idée n’a alors pas vocation à être dupliquée. Mais lorsque les demandes arrivent, la nécessité d’un label détaillant les valeurs et principes de fonctionnement d’une Cité des métiers apparaît. Aujourd’hui, le label se révèle davantage avoir été conçu pour accompagner le développement du réseau que pour figer le modèle d’origine. Zoom sur ses différentes dimensions.

Si la première Cité des métiers ouvre ses portes à Paris en 1993 au sein de la Cité des sciences et de l’industrie, il faudra attendre 1999 pour que le concept prenne une dimension nationale avec l’ouverture des Cités des métiers de Belfort, des Côtes d’Armor et de Nîmes. Dès l’année suivante, le réseau s’ouvrait à l’Europe avec l’inauguration en Italie de deux Citta dei mestieri e delle professionni, l’une à Milan, l’autre à Gênes. Confirmé dans sa volonté de s’exporter avec la création de l’association du réseau international des Cités de métiers en 2001, le réseau n’a depuis cessé de s’étoffer pour compter aujourd’hui 30 Cités des métiers ouvertes ou en projet, dont une dizaine à l’étranger. Une belle croissance pour un concept qui, rappelle Bernadette Thomas, chargée du label Cité des métiers à Universcience (Paris), n’avait pas même vocation à essaimer : « il n’a jamais été de notre volonté d’aller conquérir des territoires, ce sont les collectivités territoriales et les porteurs de projet potentiels qui nous ont sollicité », assure-t-elle. Et parce que les demandes sont diverses, la réponse sera « souple, évolutive et pragmatique ».

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Cité des métiers de Rome et du Lazio

Du label "Projet" au label "Fonctionnement"

Fondée sur un partenariat d’acteurs qui n’est jamais simple à réunir, la conception d’une Cité des métiers peut s’étaler sur plusieurs années. Pour que ce temps de gestation puisse être accompagné du fait de l’appartenance au réseau, la commission de labellisation (voir encadré) peut décerner un label "Projet". « Un projet, détaille Bernadette Thomas, c’est premièrement l’identification d’un territoire sur lequel les partenaires ont compétence. C’est deuxièmement le design du projet en termes de partenariat et, troisièmement, la définition des pôles de conseil, lesquels doivent répondre aux problématiques des habitants du territoire. Quatrièmement, c’est la déclaration d’un lieu où va s’implanter la plate-forme physique et, enfin, c’est la définition d’un mode de gouvernance ». Si le label Projet est une description de ce que sera la Cité des métiers, des variantes peuvent être introduites pour tenir compte de situations spécifiques. Existe ainsi notamment la labellisation Projet « avec autorisation d’ouverture en préfiguration » . Destinée à permettre l’ouverture d’espaces physiques alors que le projet n’est pas totalement bouclé, l’autorisation d’ouverture en préfiguration permet par exemple de compléter un tour de table ou, plus prosaïquement, de célébrer le lancement du projet par des porteurs confrontés à des échéances électorales.

Autre variante du label Projet : la Cité des métiers « éphémère » , qui permet de monter un espace temporaire proposant les services d’une Cité des métiers de façon à donner un aperçu réaliste de ce qui est en train de se construire. « C’est ce qui vient de se passer à Clermont-Ferrand », commente Bernadette Thomas : « labellisée Cité des métiers en projet en octobre 2011 dans le cadre du programme CapaCités, la CRCI d’Auvergne a profité des Olympiades des métiers qui se sont tenues en octobre 2012 pour bâtir un espace éphémère destiné à mobiliser les partenaires potentiels qui ne seraient pas encore convaincus de la pertinence du projet ». Dans les deux cas, la préfiguration apparaît comme une « période de test du projet et des partenariats » , destinée in fine à faciliter le passage au "label Fonctionnement", attribué aux Cités des métiers disposant d’une plate-forme physique ouverte et d’une offre de services complète.

La Commission de labellisation : une instance internationale
Réunie en tant que de besoin, la commission de labellisation est le niveau opérationnel du comité de labellisation. Elle est présidée par Claudie Haigneré, présidente d’Universcience, établissement propriétaire du label, et dans les faits souvent représentée par Olivier Las Vergnas en tant que délégué général à l’insertion, la formation et l’activité professionnelles. Elle est composée de la chargée de label, d’au minimum deux directeurs de Cités des métiers françaises et deux directeurs de Cités des métiers étrangères ainsi que de personnalités qualifiées, dont un représentant de la direction générale de Pôle emploi. Le comité de labellisation est composé en formation plénière de l’ensemble des directeurs des Cités des métiers en fonctionnement depuis plus d’un an et justifiant d’un an d’expérience dans leur fonction de manager.

Facteur d’aménagement territorial

Au delà du label, les Cités des métiers s’incarnent physiquement dans des « sites » et des « centres associés » . Une Cité des métiers est désignée par son territoire géographique. Toute Cité des métiers est composée d’au moins un lieu physique intégré, appelé « site CDM », structuré pour répondre aux demandes de tous types d’usagers. En fonction du territoire à couvrir, une Cité des métiers peut proposer plusieurs sites.

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Cité des métiers de Genève

Ainsi par exemple, la Cité des métiers de Nord Franche Comté est composée des sites de Belfort et de Montbéliard. Un centre associé apparaît lui pertinent, lorsque l’étendue du territoire rend difficile l’équité territoriale. Sont alors ouverts des espaces qui rendent des services Cités des métiers dans des lieux existants, une bibliothèque municipale, un CRIJ par exemple, qui acceptent pendant une plage horaire définie de recevoir tous les publics dans l’esprit de la charte Cité des métiers. Prodigué par un conseiller polyvalent qui peut provenir de n’importe quelle institution du moment qu’il se conforme aux principes d’accueil définis dans la charte Cité des métiers, le service vise alors à aiguiller les personnes, soit sur la documentation de la bibliothèque, soit sur les partenaires de proximité, soit sur un site Cité des métiers. Emblématique du pragmatisme de la démarche vantée par Bernadette Thomas, l’exemple d’Annemasse permet de comprendre comment un label peut évoluer en fonction des réalités des bassins de vie et d’emploi. « Alors que la Maison du développement économique d’Annemasse avait été labellisée en 2011 projet Cité des métiers d’Annemasse et du Genevois français, le territoire s’est finalement révélé trop étroit et ne permettait pas au projet d’évoluer en véritable Cité des métiers en fonctionnement dans un délai raisonnable », explique-t-elle. Profitant de la communauté d’agglomération franco-valdo-genevoise qui recouvre le territoire d’Annemasse et celui de la Cité des métiers de Genève, déjà existante, la commission de labellisation a dès lors octroyé un label transfrontalier. À la clé, la transformation du projet d’Annemasse et du Genevois français en centre associé d’une nouvelle entité, la Cité des métiers du Grand Genève, dotée d’une gouvernance ad hoc. Et de saluer l’opération d’une formule : « la frontière est trop souvent une coupure pour les habitants, avec le label transfrontalier, elle devient une couture ! »

À noter enfin que la Cité des métiers de Paris est la seule qui n’a pas de territoire explicitement délimité. Rappelant que cette dernière a été créée à l’initiative d’un établissement national sans référence à une collectivité territoriale, Bernadette Thomas s’amuse de constater qu’elle ne serait aujourd’hui pas labellisée : « il serait plus logique d’avoir une Cité des métiers d’Île-de-France, déclinée en sites (Paris, Nanterre, Saint-Quentin-en-Yvelines, etc.) ». Ah, l’exception parisienne...

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

Questions à Bernadette Thomas, chargée du label Cité des métiers à Universcience

Il faut clarifier le label Orientation pour tous

Qu’attendez-vous du futur service public de l’orientation à naître de l’acte III de la décentralisation ?

Bernadette Thomas - Avant tout une clarification par rapport au label Orientation pour tous. Sans financement, ce label ne nous apporte rien et ne contribue pas à clarifier les choses. À partir du moment où vous avez des successions de lieux un peu partout, cela ne clarifie rien. Quand les gens viennent nous voir, ils sont bien souvent déjà passé par d’autres lieux. Et c’est bien parce qu’ils n’ont pas eu de réponses qu’ils viennent ensuite chez nous. Il me paraît plus intelligent d’avoir un lieu unique où les usagers viennent en première instance, avant d’aller chercher ensuite des services plus approfondis chez chacun des partenaires en fonction de leurs besoins. La grande différence avec le label Orientation pour tous, c’est que nous allons beaucoup plus loin dans la mutualisation et que nous sommes toujours sur une notion d’évolution. le label Orientation pour tous est davantage une labellisation sanction qui vient couronner un existant qui ne bougera plus pendant deux ans, alors que nous sommes plutôt dans le processus.

Que pensez-vous de la notion de premier accueil ?

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Bernadette Thomas (DR)

Bernadette Thomas - Le vocabulaire est ambigu en ce sens qu’il peut renvoyer à des qualités de service différentes, alors qu’il y a une bonne qualité de service dans les Cités des métiers, de même que dans les CIO et ailleurs. Idem avec la notion d’accompagnement : prendre les gens là où ils en sont, c’est aussi de l’accompagnement, même si ce n’est pas au sens où on l’entend à Pôle emploi ou dans une Mife [1]...

Le label Cité des métiers est encore aujourd’hui propriété d’Universcience. Faut-il envisager un transfert ?

Bernadette Thomas - Il faut surtout qu’il reste un label international. En ce sens, il pourrait relever de n’importe quelle institution interministérielle ou, mieux, d’un organisme international. Surtout, le label Cité des métiers ne peut être l’instrument d’un pouvoir, même si les fonctionnements peuvent être différents en fonction des pays. En France, où nous sommes quelque part un prolongement du service public, cela peut être intéressant de se rapprocher des Régions comme de l’État. Mais pour que l’on puisse continuer à fonctionner dans cet esprit de service public, il faut que l’on puisse avoir des moyens, lesquels ne peuvent nous être donnés par la tutelle Universcience. Il ne faut pas oublier que nous sommes sur des missions transversales à plusieurs ministères...

De quels moyens parlez-vous ?

Bernadette Thomas - Il s’agit notamment, d’une part, de renforcer la tête de réseau pour accompagner le développement des projets, d’autre part, d’adresser un signal fort aux partenaires pour qu’ils soient eux-mêmes en capacité de renforcer les mises à disposition.

Propos recueillis par N. D.

Deux démarches qui voisinent...
Avant que les textes d’application de la loi du 24 novembre 2009 relative à l’orientation et la formation tout au long de la vie ne viennent à la mi-2011 préciser les conditions de mise en œuvre du service public de l’orientation, le label "Orientation pour tous" semblait largement inspiré du label "Cité des métiers" auquel il empruntait la notion de « lieu unique ». Depuis, les deux démarches voisinent. Le premier, consacré par la loi, est attribué aux acteurs de l’orientation qui acceptent de formaliser leur coopération sur un territoire donné. Le second, qui appartient encore aujourd’hui à Universcience, est décerné aux acteurs qui délivrent ensemble une partie de leurs services en un lieu unique organisé sur le modèle des Cités des métiers. Alors que le label "Orientation pour tous" a été créé pour accompagner le déploiement du service public de l’orientation, le label "Cité des métiers" est lui né de la volonté d’acteurs de dupliquer le modèle créé au début des années 90. L’un n’excluant pas l’autre : les Cités des métiers ont été les premières à intégrer le SPO avec la labellisation Orientation pour tous de la Cité des métiers de Marseille fin 2011.

[1] Maison de l’information sur la formation et l’emploi.

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