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CIO et territoires : une place difficile à trouver

Évoqués avec bienveillance dans le rapport interministériel sur le
service public de l’orientation, mis de côté dans le projet de loi de
mobilisation des régions pour la croissance et l’emploi et de
promotion de l’égalité des territoires, les Centres d’information
et d’orientation (CIO) voient leur avenir se dessiner en pointillés.
Réactions syndicales à l’actualité récente.

“Le Conseil général du Val-d’Oise est confronté à des difficultés budgétaires majeures qui l’obligent à se concentrer sur ses champs de compétence obligatoires ; tel n’est nullement le cas des Centres d’information et d’orientation. À la lumière des intentions marquées de l’État et des Régions, le Conseil général du Val d’Oise a décidé d’arrêter ses financements au profit des six Centres d’information et d’orientation départementaux (contre deux État) à compter du 1er septembre 2013, en prenant en compte, dans un souci de parallélisme des formes, le fait que l’État soit passé de trois CIO à deux au cours des années précédentes.”
Des courriers comme celui-ci, adressé fin août 2012 par le président du Conseil général du Val-d’Oise au ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon ne doit plus les compter.

“Une restructuration souvent opportuniste et non réfléchie”

À la question de savoir combien de Conseils généraux auraient l’intention de se retirer, Marie-Solange Guiard, secrétaire générale du Sgen-CFDT en charge du dossier orientation, répond sans ambiguïté : “Tous, plus ou moins vite en fonction de leurs problèmes budgétaires, mais cela n’a plus de sens pour eux de financer les CIO.”
Et d’expliquer : “Historiquement, les CIO étaient au départ des centres d’orientation professionnelle, puis des centres d’orientation scolaire et professionnelle qui dépendaient des mairies ou des départements. Ce n’est que dans les années 70 que l’État a créé les Centres d’information et d’orientation, mais le ministère de l’Éducation nationale n’a jamais mis les crédits suffisants pour transformer les CIO départementaux en CIO d’État.”
Résultat : “Les deux types ont perduré et c’est pour cela que l’on a encore aujourd’hui la moitié des CIO qui sont à gestion départementale, ce qui ne correspond plus à rien, puisque le niveau pertinent est le régional.”

La Région n’est-elle pas le nouveau chef de file de l’orientation ? “L’Association des Régions de France était pour reprendre la compétence orientation et avait accepté le transfert des CIO, mais elle a reculé devant la pression exercée par la FSU. C’est un énorme pas en arrière et ce sont finalement les Régions qui ont décidé du « chacun chez soi »”, estime-t-elle. Et de commenter : “Ce qui se passe à l’heure actuelle, c’est une restructuration des CIO souvent opportuniste et non réfléchie ; qu’ils soient transférés aux Régions ou qu’ils restent à l’État, l’objectif est de les réduire de moitié.”
Problème supplémentaire pour les CIO départementaux qui doivent massivement faire face au désengagement des Conseils généraux, leur avenir n’est à ce jour clairement assuré ni par l’État ni par les Régions. Et avec des horizons budgétaires restreints de tous côtés, c’est moins une vision de ce que devrait être l’orientation qui semble parfois conduire la refonte du système que le “parallélisme des formes” invoqué par l’exécutif val-d’oisien.

“Impasse totale”, pour le CIO de Nanterre

Déjà critique, cette situation a au moins le mérite de la clarté quand on la compare à celle du CIO à gestion départementale de Nanterre qui, sans jamais avoir été officiellement fermé, fonctionne sans locaux propres et dans une autre ville depuis 2011.

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Le C.I.O. de Nanterre vous accueille au...
C.I.O. de Rueil-Malmaison

À l’époque, l’édition du 20 mai du journal Le Parisien avait titré “Les lycéens de Nanterre devront aller à Rueil”, pour annoncer le déplacement temporaire du CIO à Rueil-Malmaison en raison d’un loyer devenu trop cher. Mais alors qu’il était prévu que le CIO réintègre Nanterre en investissant les locaux rénové d’un collège de la commune, le temporaire prend des allures de limbes, depuis que la solution a été balayée par Patrick Devedjian, nouveau président du
Conseil général des Hauts-de-Seine, qui a abandonné la politique d’adossement des CIO en collège décidée par son prédécesseur Isabelle Balkany.
Autre solution abandonnée, celle évoquée un temps d’héberger le CIO dans les murs de la Maison de l’emploi et de la formation. D’autant plus satisfaisante que le lieu accueille déjà une Cité des métiers, le projet ne verra cependant pas le jour, la mairie de Nanterre ayant mis en vente les locaux, en invoquant des difficultés financières.
Contactée par Centre Inffo, Annick Soubaï, directrice du CIO de Nanterre, évoque une “situation d’impasse administrative totale, dans une conjoncture politique tendue”. Pêle-mêle, l’horizon des municipales de 2014, la volte-face des Régions qui ne veulent plus du transfert des CIO, l’État suspendu à l’acte III de la décentralisation et un Conseil général en retrait parce qu’il ne souhaite plus abonder la ligne budgétaire, tout concourt à ce que l’entre-deux qui caractérise la situation perdure. “Mais attention, précise Annick Soubaï, le Conseil général des Hauts-de-Seine n’a jamais dit qu’il ne voulait plus payer le fonctionnement des CIO, c’est plutôt une politique de retrait feutré, à petit pas…” Et de citer pour preuve la “disparition programmée du remboursement des frais de déplacement”. Alors que la directrice nous déclare ne plus avoir à ce jour ni interlocuteur ni négociation en cours, Nanterre semble résumer l’hésitation des décideurs face à l’incarnation historique de l’orientation : capital à faire fructifier ou encombrant héritage ?

Le Snes-FSU souhaite que les CIO restent de la responsabilité de l’État

En matière d’orientation, il reste bien difficile de trouver des points d’accord entre le syndicat majoritaire, la FSU, et son principal concurrent, très présent au sein des personnels de direction, le Sgen-CFDT.
Pour ou contre la décentralisation ? Là où ce dernier s’est montré, à maintes reprises, favorable aux perspectives de décentralisation, la puissante FSU reste, elle, globalement acquise au pilotage par l’État et le ministère de l’Éducation nationale : “Nous pensons que l’on ne réglera pas les dysfonctionnements de l’orientation en changeant l’échelon qui régit ces questions, assure Bernadette Groison, secrétaire générale de la FSU. Autant nous avons toujours dit qu’il faut que l’État travaille avec les Régions, l’Afpa, Pôle
emploi, etc., autant nous pensons que c’est un faux problème de laisser à penser qu’il s’agit d’un problème de structure.”
Et d’ajouter : “Nous souhaitons que les CIO restent de la responsabilité de l’État, même si l’organisation et la mission des personnels sont certainement à retravailler.”
Commissaire paritaire Snes-FSU de l’académie de Versailles et Cop, Cécile Cherouvrier reste elle aussi globalement
hostile à la décentralisation et n’accueille guère favorablement les perspectives d’orientation tout au long de la vie ouvertes par la loi du 24 novembre 2009 : “Il est clair que même si les conseillers d’orientation psychologues (Cop) peuvent recevoir tous types de profil, la majorité de leur public est scolaire et adolescent, avec des projets qui se construisent progressivement et par tâtonnement, ce qui n’est pas la même chose qu’un chef de famille contraint de trouver une insertion rapide”, estime-t-elle.

Le Sgen-CFDT juge l’échelon régional pertinent

Soit un point de vue quasi opposé à celui de Dany Beaubeau, représentant académique Sgen-CFDT et directeur du CIO de Gonesse (95), qui précise, lui, recevoir un tiers de public non scolaire, et regrette la dispersion des efforts : “Alors que nous avons d’ores et déjà des adultes qui nous questionnent sur des démarches type VAE, le Conseil régional finance les locaux et les personnels des points d’information VAE, indique-t-il. L’échelon régional me paraît tout à fait pertinent, mais alors que nous faisons un gros travail sur les jeunes qui ont abandonné le système scolaire, le lien ne se fait pas avec les projets « décrochage » financés par la Région. C’est une perte d’énergie pour tout le monde, alors que nous travaillons globalement dans le même sens…” Ce qu’il redoute plus que tout ? “Que la Région monte son service d’orientation d’un côté et qu’il y ait des conseillers enfermés dans leur établissement scolaire de l’autre.”

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CIO de Gonesse

La crainte est d’ailleurs reprise par Marie-Solange Guiard, la secrétaire fédérale Sgen-CFDT, qui critique fermement l’article 14 du projet de loi de décentralisation, lequel prévoit : “C’est la Région qui coordonne l’action des autres organismes.” Les “autres” organismes, “cela veut dire que la Région ne coordonne même pas l’action de l’État en matière d’orientation dans les établissements scolaires, déplore la secrétaire fédérale. C’est une séparation très nette entre le service public de l’orientation de l’Éducation nationale et le SPO régional.”

Quelle vision de l’autonomie juridique et financière ?

Autre question épineuse abordée dans le cadre de la réforme de l’orientation, celle du statut des CIO. Alors que le rapport interministériel sur la mise en œuvre du SPO préconise la création d’un GIP régional qui regrouperait CIO et Dronisep [1], Cécile Cherouvrier s’y oppose : “Un GIP, ce n’est plus du public, mais un mélange de public et de privé : on l’a déjà, mais pourquoi l’officialiser ? C’est aussi parce que des familles ne peuvent se payer de l’orientation que l’on souhaite
que cela reste national et public”
, affirme-t-elle, avant d’ajouter : “De toute façon, que les regroupements soient d’État, régionaux, départementaux ou dans un GIP, cela permet surtout d’en supprimer.” Et elle précise : “Sur l’académie de Versailles, quatre CIO sont supprimés à la rentrée [2], en plus de celui de Meudon, déjà fermé.” Plutôt qu’un GIP, le Sgen-CFDT plaide, lui, pour la création d’“établissement publics locaux d’orientation” (Éplo), conçus sur le modèle des lycées établissements publics locaux d’enseignement (Éple) : “Avec ce statut, les directeurs de CIO auraient un statut assimilé à celui des chefs d’établissement, le CIO serait ancré dans l’Éducation nationale et, comme c’est le cas pour les lycées, aurait ses locaux et frais de fonctionnement assurés par la Région”, explique Marie-Solange Guiard. Détaillant leur répartition, elle précise : “À l’heure actuelle, il y a un CIO par district scolaire, ce qui n’a plus grand sens.” La solution ? “Nous pensons que le découpage pertinent est le bassin de formation. S’agissant des Éplo, il n’y en aurait pas un par CIO, mais un par département, auquel seraient rattachés les différents CIO.” Soit encore un beau chantier d’aménagement territorial en perspective...

par Nicolas Deguerry, Centre Inffo, 2013

[1Délégations régionales de l’Onisep.

[2La Celle Saint-Cloud, Montmorency, Taverny et Asnières.

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