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CIO et SPRO : un pied dedans, un pied dehors ?

Par Centre Inffo

Depuis le 1er janvier, les centres d’information et d’orientation (CIO) sont à part entière de acteurs de l’information des publics adultes dans la sphère des services publics régionaux de l’orientation (SPRO). Mais tiraillés entre leur appartenance à l’Éducation nationale et leurs nouveaux pilotes régionaux.

C’est un spectre qui hante le monde de l’orientation depuis 2003 et l’époque de la deuxième génération de lois sur la décentralisation : la perte, pour les CIO, de leur statut d’établissements sous tutelle de l’Éducation nationale et leur transfert aux Régions. Une crispation qui ressurgit à chaque tentative de réforme de l’orientation. La dernière en date, initiée par Vincent Peillon en 2012, qui ambitionnait de les placer sous une double autorité régionale et rectorale s’était heurtée à une fronde syndicale à laquelle s’étaient jointes plusieurs fédérations de parents d’élèves. Plus prudent, l’accord-cadre donnant naissance, dès le 1er janvier, aux services publics régionaux de l’orientation que l’État et l’Association des Régions de France (ARF) ont signé le 28 novembre dernier – accord qui n’était pas ouvert aux signatures syndicales – insiste sur le respect des spécificités et rattachements administratifs de tous les acteurs de ces futurs services régionaux d’orientation.

Respect des spécificités de tous les acteurs

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Yvan Souleliac (DR)

« L’enjeu n’est pas de les substituer aux acteurs existants, mais de créer les conditions de leur mise en réseau effective », veut rassurer François Bonneau, patron de la Région Centre et signataire de l’accord en sa qualité de président de la commission éducation de l’ARF. Chacun maître chez soi ? « En résumé : l’État, au travers de l’Éducation nationale, reste maître des questions d’orientation scolaire. Les Conseils régionaux, eux, ont pour mission d’animer et de coordonner les réseaux de l’orientation des adultes », décrypte Yvan Souleliac, président de l’Association nationale des directeurs de CIO (ANDCIO) lui-même directeur de celui d’Arcachon.

Pas si simple, pourtant. Pour beaucoup de personnels de CIO, le SPRO est vécu comme une intrusion des Régions dans le pré carré de l’Éducation nationale, étant donné que c’est aux Comités régionaux de l’emploi, de la formation et l’orientation professionnelles (Crefop) que l’accord – complété, à terme, par autant de conventions particulières entre chaque Région et l’État – prévoit de confier l’animation et la coordination des stratégies régionales d’orientation. Ce que contestent d’ores et déjà certaines organisations syndicales. « Les CIO ne font pas partie du SPRO. Ils y contribuent dans les limites fixées par une convention signée entre le recteur, le préfet et le président de Région », nuancent ainsi Frédérique Rolet et Roland Hubert, co-secrétaires généraux du Snes-FSU, « les Régions ne coordonnent pas les actions des centres d’information et d’orientation qui restent des services de l’État, mais celles des autres organismes auxquels, en fonction de leurs missions et des publics concernés, les CIO peuvent s’associer en complémentarité ».
Moins sémantique qu’il n’y paraît, le débat traduit surtout la crainte des personnels de CIO de se voir dilués dans des services régionaux au sein desquels ils perdraient toutes leurs spécificités professionnelles de conseillers d’orientation-psychologues (« CoPsys ») pour ne rester que des agents d’accueil interchangeables. Craintes aussi, que les futures conventions relatives au SPRO ne puissent constituer, pour les Régions, des moyens de contourner la loi du 5 mars 2014 réaffirmant la place des conseillers de CIO au sein de l’Éducation nationale.

Prospectives

« Les CIO agissent dans le cadre du service public de proximité », explique Jacques Paris, secrétaire général du SNFOLC, le syndicat FO des lycées et collèges, « les Régions pourraient être tentées de rationaliser leur présence pour les coller au plus près des bassins d’emploi et de créer, ainsi, des déserts territoriaux en termes d’orientation scolaire. Et si l’orientation scolaire est désertée par le service public, le marché du coaching privé n’a plus qu’à s’y engouffrer. »

Visibilité accrue

Un mouvement de rationalisation déjà entamé, indépendamment des SPRO, depuis le désengagement financier de plusieurs Conseils généraux [1] s’étant traduit par des fermetures nettes de centres. Courant décembre, les rectorats étaient d’ailleurs amenés à plancher, en concertation avec les syndicats et les collectivités territoires, sur une nouvelle carte de l’implantation des CIO sur les territoires en vue « d’une répartition équitable selon les spécificités locales ».
Côté Régions, cependant, on se refuse à parler de fusion ou même de régionalisation, préférant plaider pour une visibilité et une efficacité accrues du service. « La profusion de structures d’orientation sur le terrain est telle que, pour l’usager, cela devient illisible », indique François Bonneau, « aujourd’hui, chaque acteur de l’orientation reste sur son savoir-faire, sans connaissance du savoir-faire des autres. Ce que nous voulons, c’est que la personne qui accueille l’usager soit capable de situer sa demande par rapport à un spectre d’offres coordonnées. » À suivre.

Identifier les décrocheurs
Outre la question du SPRO, l’accord du 28 novembre comprenait également un volet spécifique au renforcement de la lutte contre le décrochage scolaire et à la mise en œuvre du "droit à bénéficier d’une durée complémentaire de formation qualifiante", notamment par le biais du compte personnel de formation ouvert à chaque individu dès ses 16 ans et ses abondements particuliers prévus pour les décrocheurs._ Identifier les décrocheurs : une problématique sur laquelle les CIO se positionnent en première ligne dans le cadre des plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs (PSAD) mises en place en 2011. « Des plateformes à pilotage régional dont les CIO sont cependant souvent chefs de file, avec succès », témoigne Yvan Souleliac. Un exemple à suivre pour réussir l’intégration des CIO au SPRO ?

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2015

[1] Sur les quelques 500 CIO français, près de 250 sont statutairement gérés par les Départements et non par l’Éducation nationale. Voir Eduscol.

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