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Bilan de compétences

Questions à... Serge Rochet, délégué général de la Fédération nationale des CIBC

Le bilan de compétences revient de loin ! Oublié dans la réforme de la formation professionnelle du 5 mars 2014, il est revenu deux ans plus tard dans la loi El Khomri du 8 août 2016. Grâce, notamment, à l’implication de la Fédération nationale des centres inter-institutionnels des bilans de compétences (CIBC) qui a mobilisé les partenaires sociaux pour réintégrer cet outil dans les dispositifs liés au conseil en évolution professionnelle (CEP). De quoi ouvrir de nouvelles perspectives pour le bilan de compétences qui fête ses 30 ans cette année. Rencontre avec Serge Rochet, délégué général de la Fédération nationale des CIBC.

Comment avez-vous réagi après avoir constaté la disparition du bilan de compétences des dispositifs d’évolution professionnelle dans la loi Sapin du 5 mars 2014 ?

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Serge Rochet (DR)

Avec beaucoup d’inquiétudes ! L’absence du bilan de compétences du texte définitif était d’ailleurs au cœur de notre colloque du 4 septembre 2014 où nous avions invité les partenaires sociaux qui avaient négocié l’accord national interprofessionnel (ANI) préalable à la loi, afin de les interroger sur ce sujet et leur demander des explications. D’ailleurs, cette interrogation n’était pas propre au seul réseau des CIBC. Tous les organismes dispensateurs du bilan de compétences étaient concernés ! À l’issue de cette rencontre, le Copanef (Comité paritaire national interprofessionnel pour l’emploi et la formation) a mis en place un groupe de travail relatif aux articulations possibles entre le bilan de compétences et le conseil en évolution professionnelle (CEP) animé par Jean-Pierre Therry qui était alors le secrétaire général en charge des questions de formation à la CFTC. C’est la dynamique enclenchée par ce groupe de travail qui a permis la rédaction d’un rapport de préconisations concernant les évolutions du bilan de compétences (rendu le 7 avril 2015) qui s’est vu ensuite validé par le Copanef et par la Délégation générale à l’emploi et à la formation professionnelle (DGEFP) et qui, in fine, a permis le retour du bilan de compétences dans la loi El Khomri en 2016 grâce à des amendements déposés par les députés Gérard Cherpion (Les Républicains) et Jean-Patrick Gille (PS).

De quel bilan de compétences avez-vous besoin ?
Dans la profession, on est tous conscients que le bilan de compétences tel qu’il existe depuis sa création en 1986 a fait son temps. Il a permis de belles choses durant ces 30 dernières années, mais aujourd’hui, il faut tenir compte de l’évolution de la société et le faire évoluer. Et cette évolution doit tenir compte de son rôle-clé dans les processus de transitions professionnelles, de mobilité et d’employabilité. Par exemple, les expérimentations en cours mettent en avant le besoin de personnalisation renforcée du bilan de compétences afin de mieux adapter la prestation au parcours de la personne qui vient solliciter cette prestation. De la même manière, il est nécessaire de sortir du carcan horaire de 24 heures qui avait été institutionnalisé comme un standard administratif en décembre 1991. C’est un maximum réglementaire, mais en fonction des publics et de leurs besoins, la réalisation d’un bilan peut s’étaler de 10 à 24 heures (Pôle emploi avait calculé que ses bilans duraient en moyenne entre 18 et 20h, mais les expérimentations réalisées par certains Opacif rendent compte de variations plus importantes). D’un autre côté, certains publics en difficulté peuvent, au contraire, avoir besoin d’une prestation plus longue dans le temps. D’ailleurs, avec la possibilité de faire financer un bilan de compétences avec le compte personnel de formation, des prestations supérieures au plafond des 24 heures sont désormais possibles.

En revanche, vous n’êtes pas vraiment enthousiaste à l’idée d’un bilan de compétences réalisé entièrement par voie numérique…
Il existe des publics autonomes qui peuvent réaliser l’exercice par voie numérique et d’autres non. Le contact avec un conseiller in situ reste important.

Quelle serait la place des CIO, organismes sous tutelle de l’Éducation nationale, dans les réseaux des centres de bilans de compétences ?
Nous ne sommes fermés à personne. L’activité de prestataires de bilans de compétences rassemble beaucoup d’acteurs. Les CIBC, bien sûr, mais aussi des organismes privés qui ont encore du mal à se parler et à parler avec leurs homologues d’autres réseaux ou, depuis la mise en œuvre de la loi du 5 mars, les cinq prestataires du conseil en évolution professionnelle (Opca/Opacif, Pôle emploi, missions locales, Agefiph, Apec). Pour l’instant, l’offre privée représente 60 à 70 % du marché, mais il est nécessaire à terme que tout ce monde commence à travailler avec des pratiques globalement homogènes et noue des partenariats les uns avec les autres.

Bref, à se penser en branche…
Ce serait un gros travail à réaliser que de créer une branche des professionnels de l’orientation. En préalable, il est surtout indispensable de réfléchir à un développement du métier de professionnels de l’orientation. À partir du moment où l’on se pense en métier, énormément de passerelles s’ouvrent à nous. Il sera toujours temps ensuite d’entamer les réflexions politiques et réglementaires qui aboutiraient à la création d’une branche, mais nous n’en sommes pas là. À ce stade, nous avons deux visions du métier d’ « orienteur » : soit cette activité finira par relever d’un corps de spécialistes – et c’est la vision qui se dessine actuellement au niveau européen, soit nous considérons que c’est une activité qui peut s’adosser à d’autres métiers. Actuellement, c’est un peu ce qui prédomine en France puisqu’avec la réforme, des conseillers de Fongecif ou de missions locales jusqu’alors affectés à d’autres tâches sont désormais identifiés pour délivrer le conseil en évolution professionnelle. Il faudra clarifier ça à l’avenir.

Combien de bilans de compétences sont réalisés chaque année ?
Difficile à dire puisque depuis 2008, il n’existe plus de statistiques dédiées. Selon les chiffres du Fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP), qui se basent sur les remontées des Opacif, on tourne autour de 24 000 dossiers par an. Mais étant donné qu’environ 40 % des bilans ne sont pas financés par les Opacif et se situent donc sous le radar statistique, on peut avancer le chiffre d’environ 50 000 bilans annuels. C’est beaucoup, mais ce n’est pas assez au regard des besoins. L’accroissement de ce chiffre est d’ailleurs l’un de nos chevaux de bataille.

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2016
propos extraits de l’entretien "Développer le métier de professionnel de l’orientation" (Serge Rochet, délégué général de la Fédération nationale des CIBC), publié dans Le Quotidien de la formation, édition du 5 septembre 2016

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