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Banque : les besoins en formation d’un secteur en mutation

Par Centre Inffo

Doublement impactées par la révolution numérique et la redéfinition de leur modèle économique, les banques voient l’avenir avec pessimisme. Pour l’heure, le secteur recrute encore… sans compenser les départs induits par la pyramide des âges. À moins d’un effort colossal sur la formation, les syndicats craignent une catastrophe sociale.

« Dans les cinq ou dix ans qui viennent, la révolution numérique va balayer des secteurs entiers d’activité. Elle va faire que des chargés de clientèle, par exemple dans le secteur bancaire, vont perdre leur activité car ils seront remplacés par des logiciels, des robots. C’est la vérité ! » Dans le milieu des banques, cet avertissement, lancé le 10 décembre dernier par Emmanuel Macron à l’occasion de son grand meeting parisien, a eu l’effet d’une bombe. Non parce que les professionnels du secteur ignorent les réalités des mutations technologiques en cours dans le monde bancaire – l’observatoire des métiers de la branche a publié un rapport en ce sens en décembre 2014 – mais parce que ce constat a remémoré à chacun les prévisions alarmistes du rapport Nora-Minc de 1977 qui prophétisait pour les banques le même destin que celui connu par la sidérurgie durant la décennie 1970. « C’est ce qui peut nous arriver si personne ne fait rien », avertit Régis Dos Santos, le président du syndicat national des banques CFE-CGC, la deuxième organisation de salariés du secteur.

3000 emplois perdus par an

Si la France n’a pas connu les mêmes faillites brutales d’établissements que l’Espagne ou l’Allemagne qui se sont traduites par des plans sociaux massifs impliquant plusieurs dizaines de milliers de licenciements bruts, la situation de son secteur bancaire est cependant loin d’être idyllique puisque chaque année, ce sont près de 3000 emplois – soit entre 0,8 et 1% de l’effectif global — qui disparaissent au gré des départs en retraite non remplacés, des fermetures d’agences ou des restructurations internes. Un paradoxe, en apparence, puisqu’en 2015, l’Association française des banques (AFB) [1], la principale fédération patronale du secteur, se vantait d’avoir recruté quelque 39 000 nouveaux collaborateurs. « Mais ce sont surtout des emplois dans les fonctions support : dans les faits, le nombre de conseillers diminue », objecte Régis Dos Santos. Sur le terrain, en tout cas, le rythme des fermetures d’agences semble donner raison au syndicaliste : la Société Générale prévoit de fermer 20% de ses agences d’ici 2020, la BNP en supprime annuellement une cinquantaine... « Et dans deux ou trois ans, les employeurs ne pourront plus se cacher derrière les départs à la retraite pour dissimuler les destructions sèches d’emplois », prévient le président du SNB.

Risque cybernétique

Signe des temps, le Crédit Mutuel-CIC a donné, en avril dernier, quelques sueurs froides à ses collaborateurs en déployant en son sein le logiciel Watson, une plateforme cognitive développée par IBM, capable de repérer les mots-clés dans les mails des clients et de générer une réponse personnalisée, le conseiller humain n’étant désormais là que pour relire et remettre en forme les écrits du logiciel. Une innovation technique à 20 millions d’euros qui pourrait, selon les estimations de FO-Banques, détruire près de 50% des emplois du groupe dans les prochaines années. A la CFDT, toutefois, on préfère relativiser le risque cybernétique : « Ça fait 40 ans que la banque est confrontée à l’informatisation. Nous y sommes préparés », relativise Luc Mathieu, secrétaire général de la fédération cédétiste des banques et des assurances. La CFDT fut d’ailleurs, en 2014, la seule organisation syndicale à signer le relevé de conclusions sur les contreparties au pacte de responsabilité qui prévoyait un effort supplémentaire sur l’adaptation des collaborateurs au numérique. En vain, puisqu’à elle seule, la CFDT ne représente que 28% des voix et ne peut imposer un accord.

Un plan Marshall de la formation

Car au-delà de l’irruption des nouvelles technologies, c’est tout le modèle économique du secteur des banques de détail qui souffre, tant du fait des contraintes légales (baisse des taux de renégociation des prêts immobiliers, diminution des frais bancaires sur les paiements par carte, frais de contrôle et de résolution…) que de nouveaux entrants sur le marché (banques en ligne, PayPal, comptes-Nickel accessibles chez les buralistes…). « La banque est attaquée de partout et le numérique n’est que l’arbre qui cache la forêt », conclut Luc Mathieu. La plupart des syndicats s’accordent sur la nécessité de repenser la fonction de conseiller bancaire pour sauver l’emploi en abandonnant la posture du "conseiller généraliste" pour privilégier l’expertise sur les produits complexes (crédits, patrimoine, épargne, etc.). Encore faut-il que la future négociation formation, qui s’ouvre début 2017, en tienne compte. Dans les banques mutualistes, qui n’adhèrent pas à l’AFB, les accords GPEC ont déjà ouvert la voie. C’est le cas dans les Caisses d’épargne dont l’accord formation signé en 2015 prévoit de faire progresser les collaborateurs vers des compétences transversales en "bancassurance". Ailleurs, la transition risque d’être plus compliquée. « C’est un plan Marshall de la formation qu’il nous faut ! », assure Régis Dos Santos. A voir si la négociation qui débute répondra à ses attentes…

Le plan de formation dans le secteur bancaire
En 2015, le secteur de la banque a consacré près de 4,6% de sa masse salariale à la formation. Traditionnellement, cependant, les employeurs flèchent massivement ces fonds vers les formations réglementaires au détriment de la culture générale. Les rapports des observatoires des métiers récents que L’Inffo Formation a pu consulter indiquent néanmoins l’existence d’une prise de conscience sur le nécessaire développement des compétences des salariés. Particularisme du secteur bancaire : les établissements gèrent eux-mêmes leur plan de formation et ne versent à l’Opca que les autres lignes de collecte (CPF, Cif, professionnalisation…). Seules les banques de détail adhèrent à Opcabaia, l’opca de branche, qui, en 2016, a reçu par ailleurs 1,4 million d’euros du FPSPP pour développer les compétences numériques. Les établissements mutualistes versent à d’autres Opca.

par Benjamin d’Alguerre, Centre Inffo, 2017

[1L’AFB ne regroupe que les banques de détail (BNP, Société Générale, HSBC, Barclays, etc.). Soit 50% des établissements. Les banques mutualistes (Crédit Agricole, Caisses d’épargne, Crédit Mutuel-CIC...) ne relèvent pas de la convention de branche et négocient leurs propres accords en interne.

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