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Au CFA de Blois, des adultes en reconversion intègrent les classes d’apprentis

Par Centre Inffo

Dans ce centre de formation d’apprentis, certains “apprentis” sont plus âgés que d’autres... Il s’agit en réalité de stagiaires de la formation continue, qui partagent non seulement les locaux, mais les cours. Une expérience “intergénérationnelle”.

Jusqu’à présent, le CFA accueillait
ponctuellement des adultes, de cinq
à six par an, mais nous recevons de
nombreuses demandes. "Pour l’année
2013-2014, nous accueillons
une vingtaine d’adultes âgés de 27 à
55 ans"
, indique Isabelle Berlu, chargée
d’études au centre interprofessionnel
de formation d’apprentis de Blois. Les
adultes, salariés ou demandeurs d’emploi,
se retrouvent ainsi en classe avec de
jeunes apprentis pour préparer un CAP
en dix mois, au lieu de deux ans pour les
jeunes. “Cette mixité est vraiment enrichissante
pour tout le monde. Cela apporte
une vraie dynamique de groupe. Nous
rencontrons d’ailleurs moins de problèmes
d’indiscipline de la part des jeunes”
, souligne
Isabelle Berlu.

Pas de groupes spécifiques d’adultes

Les adultes, engagés dans une démarche
de reconversion, sont stagiaires
de la formation professionnelle − les
salariés en congé individuel de formation
(Cif ) et les demandeurs d’emploi
dans le cadre d’une convention conclue
entre le CFA et Pôle emploi. “Notre
capacité d’accueil ne nous permet pas de
créer des groupes spécifiques d’adultes.
Ils intègrent donc les classes d’apprentis
fin août-début septembre, pour une formation
qui prend fin en juin de l’année
suivante. Ils s’engagent dans une reconversion
professionnelle pour deux raisons
principales : soit par choix personnel
(changer de métier), soit pour des raisons
économiques. Pour les demandeurs d’emploi,
il s’agit souvent de se réorienter après
un licenciement”, expose Isabelle Berlu.
Avant leur intégration au sein du CFA,
les adultes sont reçus en entretien individuel
“pour vérifier leur motivation et
leur projet professionnel”
. “Ce n’est pas
simple pour un adulte de s’engager dans
une telle démarche, surtout pour les gens
qui ont subi un licenciement. En outre,
certains peuvent être perdus face au mécanisme
de l’apprentissage.”

De futurs repreneurs d’entreprise

Le CFA interprofessionnel de Blois
prépare à vingt métiers dans cinq secteurs
professionnels (services à la personne,
restauration, alimentation,
automobile, et gestion d’entreprise).
“Nous retrouvons les adultes dans ces cinq
secteurs mais, depuis 2011, nous avons
beaucoup de demandes pour celui de l’alimentation,
car il y a plus de débouchés en
termes d’emploi salarié. Une fois titulaire
d’un CAP, les personnes peuvent envisager
de créer ou de reprendre une entreprise.
C’est le cas d’un couple qui, cette année,
prépare dans notre CFA un CAP boulanger,
chacun dans le cadre d’un Cif, avec
pour objectif de reprendre une boulangerie”
,
rapporte Isabelle Berlu.
De manière générale, les adultes n’assistent
pas à tous les cours, dans la
mesure où “leur emploi du temps est personnalisé
en fonction de leurs diplômes et
parcours professionnels”
. Ils suivent alors
certains cours de première et seconde
années de CAP. Une exception pourtant
pour cette femme, en Cif, qui est
inscrite en brevet professionnel (BP)
coiffure. “Déjà titulaire d’un CAP coiffure,
elle travaille dans la grande distribution.
Elle a souhaité revenir à la coiffure
en préparant un BP, ce qui lui permettra
d’ouvrir son propre salon ou d’en gérer un.
Pour elle, les cours sont obligatoires, soit
deux ans au sein de la même classe d’apprentis.
Pour l’obtention de ce diplôme de
l’Éducation nationale, le Rectorat impose
vingt et un mois de formation plus des
semaines passées en entreprise”
.

Prendre un adulte en stage ?

Sur la vingtaine d’adultes accueillis au
CFA, dix suivent une formation aux
métiers de bouche, quatre en boulangerie,
deux en pâtisserie, trois en boucherie
et une en cuisine. D’autres ont choisi la
mécanique auto, la formation d’assistant
de gestion PME-PMI, ou encore un
CAP esthétique. Comme les apprentis,
les adultes effectuent des stages dans les
entreprises. La convention de stage est
délivrée par le CFA de Blois. “En plus de
l’appréhension de retourner en classe avec
des jeunes, les adultes sont confrontés à des
difficultés à trouver l’entreprise d’accueil,
les artisans se montrant parfois frileux à
prendre un adulte en stage”
, reconnaît
Isabelle Berlu. “Nous proposons aux stagiaires
adultes de rencontrer les chefs d’entreprise.
Nous les aidons à trouver un stage
dans une ou plusieurs entreprises. Certains
stagiaires souhaitent en effet se confronter
à différents types de travail ou modes de
production”
, explique-t-elle.
Le CFA est ouvert à tous, “prioritairement
aux apprentis quel que soit leur profil
(titulaire d’un bac, jeune à la limite de
l’illettrisme, etc.) et à partir du moment
où un contrat d’apprentissage est signé avec
une entreprise”
. Les adultes y trouvent
leur place, sans diplôme ou avec un bac
+ 5, car “nous avons l’habitude d’accueillir
des publics hétérogènes”
. Pour la rentrée
prochaine, le CFA instruit d’ores et
déjà de nouveaux dossiers présentés par
des adultes. “Notre seul critère d’acceptation
est la motivation, et si cela est le cas,
une place sera réservée à la personne pour
la prochaine rentrée”
, conclut Isabelle
Berlu.

Des CFA font de la résistance

“D’autres CFA de la région Centre accueillent
des adultes et cela fait partie
de notre volonté politique en matière de
formation, inscrite dans la convention
d’objectifs et de moyens de la Région”
,
précise Isabelle Gaudron, vice-présidente
du Conseil régional Centre, déléguée
à la formation et à l’apprentissage.
Cependant, certains CFA font de la
résistance en arguant que la pédagogie
développée pour les adultes est bien différente
de celle à destination des jeunes.
Leur réticence intervient toujours avant
de s’être engagés dans ce type d’expérience,
et une fois l’expérience menée,
ils y sont favorables.
En région Centre, deux CFA, celui
de Châteauroux et celui de Bourges,
accueillent également des demandeurs
d’emploi, mais en répondant aux appels
d’offre du Conseil régional. Une
manière pour ce dernier d’acheter des
places individuelles de formation aux
deux établissements. “Au regard de la
formation tout au long de la vie, il est
tout à fait logique pour des adultes de
revenir dans un lieu de formation comme
un CFA. La mixité jeunes-adultes est
toujours bénéfique et c’est une manière
de multiplier les sources de financement”
,
ajoute Isabelle Gaudron.

Une convention-type

La Région Centre a signé avec les CFA
une convention-type qui a été adaptée
en fonction de leur spécificité et qui définit
des objectifs de progression. “Nous
avons mis en place un dialogue de gestion
annuel avec les CFA pour vérifier leur
état de santé. La Région a en effet investi
dans des plateaux techniques qui peuvent
être optimisés. Nous nous inscrivons
dans une recherche de mutualisation des
moyens.”
Cette convention-type stipule
que le CFA s’engage à proposer dans
ses locaux, “en complément de l’activité
apprentissage, des actions de formation
professionnelle entrant dans le champ du
Code du travail”
. Concernant les stagiaires
accueillis au sein des formations
préparées par l’apprentissage, le CFA
doit prendre toutes les mesures nécessaires
afin de maintenir la spécificité de
l’enseignement dispensé. De plus, dans
un souci constant d’adapter sa structure
à l’environnement de la formation professionnelle,
le CFA s’engage à mettre
en place ou à poursuivre la démarche
de projet d’établissement appelée “projet
de CFA”
, lancée par la Région lors
de la convention 2005-2010. Il doit
ainsi définir les grandes orientations de
son activité en matière d’ouverture à
de nouvelles activités dans le domaine
de la formation tout au long de la vie,
à savoir : formation continue pour les
adultes (salariés ou en recherche d’emploi)
 ; actions de formation en direction
du public jeunes (remise à niveau afin
de faciliter l’entrée en apprentissage de
jeunes en difficulté, autres actions de
formation en direction des jeunes en
grande difficulté, etc.) ; développement
de partenariats avec les autres acteurs
de la formation : actions de formation
conjointes (sous-traitance et “co-traitance”
de formation), mise à disposition
de plateaux techniques, etc.

Dans le sens de la nouvelle loi

Par rapport aux autres organismes de
formation dédiés aux adultes comme
l’Afpa, Isabelle Gaudron considère que
“le rôle de la Région est de vérifier qu’il n’y
ait pas de concurrence qui déstabilise cet organisme
de formation et les autres. La nouvelle
loi formation renforce d’ailleurs notre
pouvoir de mise en cohérence de l’ensemble
de l’offre de formation initiale et continue.
En outre, face aux diverses mutations, les
organismes de formation doivent s’adapter
d’autant plus que la loi va ouvrir, avec le
compte personnel de formation (CPF), de
nouvelles perspectives et beaucoup d’opportunités
à des personnes qui ne pouvaient
pas jusqu’à présent financer une formation
pour changer de métier”
.

par Philippe Grandin, Centre Inffo, 2014

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